Embrasse-moi !

Tendre, fougueux, pressant, délicieux, le baiser nous embrase. 

Toujours autant au fil du temps ? C’est à voir… 

(Rédigé à partir d’un dossier sur lycos.com  en réponse aux trente commentaires reçus à ce jour !)

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 - Le premier baiser ! 

Sur la bouche, bien sûr : celui qui mêle les langues et les souffles à perdre haleine, qui dit tout le désir poussant deux êtres l’un vers l’autre, irrésistiblement. Le baiser malhabile certes mais si sincère, fébrile parce qu’appréhendé mais si étourdissant de nouveauté. Un baiser insatiable qui se nourrit de lui-même, qui donne soif du suivant, à moins qu’il ne s’agisse du même cent fois repris. Celui aussi que l’on se donne de moins en moins à mesure que l’habitude émousse les sensations, jusqu’au jour où l’on tend gentiment la joue. Ce sont les femmes qui le regretteraient les premières. Mais peut-on éternellement s’embrasser comme au premier jour ?  

 - C’est si bon d’embrasser ! 

Tendre ses lèvres pour la première fois… Avec les jambes qui tremblotent, une bonne décharge d’adrénaline qui fait battre la chamade à votre pauvre coeur ! Car la peur d’oser ce premier geste, d’affirmer son désir, prend au ventre. Si l’on ressent très vite que l’autre en a autant envie que nous, chacun se demande où il va en s’abandonnant ainsi. C’est que, par ce contact intime, on se découvre et on découvre l’autre sur un terrain tellement nouveau.  

Mais quel enivrement ! L’intensité du premier baiser est telle qu’on la recherche indéfiniment par la suite. De baiser en baiser, on explore toutes les ressources sensuelles de ce contact tendre. Car les lèvres, comme la langue, sont dotées de mille et un capteurs qui aiguisent nos sens. On touche, on goûte, on dévore ; on se livre, on se prend, on se laisse porter par cette esquisse de pénétration. De tels baisers sont si forts et si intimes qu’ils sont d’ailleurs réservés à l’être aimé.

- Un baiser n’est jamais sans conséquence 

Moment capital ressenti comme suspendu entre l’avant, où la relation amoureuse n’existait pas encore, et l’après, s’entrouvrant sur d’autres plaisirs désirés encore que craints et dont l’attente est forcément excitante. Mais plus ou moins consciemment, chacun sait que ce baiser sera l’acte fondateur d’un lien amoureux… Un lien – l’image en est saisie d’instinct – qui non seulement relie, mais lie, engage, oblige.  

C’est pourquoi il n’est jamais innocent et sans conséquence d’embrasser son meilleur ami, comme, par exemple, dans le film d’Emmanuel Mouret « Un Baiser s’il vous plaît ». C’est pourquoi aussi les prostituées n’embrassent pas. Si les baisers enflammés sont si bons, c’est bien qu’ils expriment à la fois la force du désir et la puissance de l’amour.

- Pourquoi alors arrive un jour où l’on ne s’embrasse plus ? 

C’est un fait qu’au fil du temps, les baisers gourmands se font plus rares. Quand on se retrouve, le soir, on se donne un bisou rapide sur les lèvres. Et encore, on ne s’accorde parfois même plus cette dépense de tendresse. Comment en est-on arrivé là ? Insensiblement.  

On fait tellement corps qu’on ne voit plus vraiment l’autre. On connaît par coeur son goût, son odeur, ses réactions. On n’est plus curieux de se redécouvrir par de simples baisers. Certes, on s’embrasse à la Saint-Valentin, ou en faisant l’amour car cela fait partie des jeux érotiques. Et encore, ce n’est pas obligatoire… 

Préliminaires des préliminaires, les baisers se font bientôt aussi rares que les préliminaires eux-mêmes, au point que certains, surtout les femmes, vont voir un thérapeute, craignant la disparition de tout désir.

- Pour s’embrasser encore et toujours 

Les films à la télévision ont ça de bon : les baisers de cinéma sont de vraies piqûres de rappel. Devant les amours mythiques du grand écran, l’une se dit soudain : « Moi aussi, j’aimerais être embrassée comme ça ! » tandis que l’autre rêve : « Ah, la sentir chavirer comme ça sous mes baisers ! » Chacun de son côté se verrait bien vivre les histoires des héros du septième art et éprouver de nouveau la flamme du premier baiser. Au risque de chercher ailleurs ce qu’on ne peut vivre avec son conjoint…  

Et si l’envie nous prenait un beau jour de sauter au cou de notre partenaire de toujours pour lui coller un baiser fougueux ? Quelle surprise ! Mais que dirait-il ? On a soudain peur de sa réaction, on préférerait qu’il prenne les devants. Après tout pourtant, que risque-t-on ? Rien que du plaisir, probablement. A cette pensée, le cœur s’emballe, les jambes mollissent… Tiens, cette pointe d’incertitude réveille de vieux et précieux souvenirs : la fièvre de la première heure, l’émotion inoubliable du premier baiser. 

Premier, ce nouveau baiser le sera en quelque sorte. Ce sera  l’occasion de réinventer l’art de s’embrasser, en y mettant plus de certitude et de nuances qu’au tout début. En profitant aussi de ce qu’on connaît de l’autre pour mieux le combler.

- Alors ?  Lequel osera faire le premier pas ?

Lequel des deux se lancera un soir prochain, après un bon restau, ou simplement sur le canapé, au lit avant que l’autre ne prenne son livre… ? Il est rare qu’un tel élan ne trouve d’écho. On reçoit ce qu’on donne, et l’amour qu’on peut faire ensuite n’en aura que plus de ferveur… 

Une réponse à “Embrasse-moi !”

  1. denis jansolin dit :

    Ah oui, c’est bien, ce blog ! On y lit des choses senties et bien pensées. Moi, je voulais savoir pourquoi les péripatéticiennes n’embrassent pas . On m’avait dit que c’était une pratique ancienne destinée à les protéger de la syphilis, mais maintenant quand on sait que par le baiser on ne risque pas d’attraper le sida, il ne nous reste plus que l’analyse sentimentale. Finalement le baiser sur la bouche, ça reste un acte d’amour sincère. Mais pourquoi ne ferait-on pas commerce sincèrement de son corps, surtout si d’après Brassens la femme mariée s’emmerde en baisant 95 fois sur 100 !

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