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L’art de la séduction de 5 à 7

Mardi 14 avril 2009

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Parti un grand mois et sans accès à Internet, je découvre tant de commentaires qui illustrent, chacun à sa manière, les tours et détours de la séduction, quand ce n’est pas ce que d’aucuns appellent non plus un « crochet » mais un « direct », l’un ose le « rentre dedans », que j’ai résolu d’en faire un dossier plus ordonné, comme le suggérait Paul. De 5 à 7… points ! 

1- Le déclic 

Le premier regard   Hommes et femmes s’accordent pour souligner que tout se joue quand les regards se croisent, qu’une seconde suffit pour ressentir soit de l’attirance, soit de la répulsion. Encore faut-il être en état de capter dans ce coup d’œil un appel, une interrogation, une invite au contact. De l’avis unanime donc, la rencontre des regards est déterminante. 

La première impression : Ici, les conseils émanent plutôt des hommes. Le mot « cool » revient souvent, ce qui signifie avoir l’air détendu et serein, être bien dans sa peau, ne pas se sentir complexé, bref assumer son physique en tablant sur sa personnalité. Autant de qualités qui plaisent aux femmes et qui, affirment-ils, ne les laissent jamais insensibles. Il s’agit donc de se montrer confiant, entreprenant et, en mâle sûr de soi et conquérant, ne pas avoir froid aux yeux. De l’audace, encore et toujours de l’audace ! 

Pour les lectrices, la clé de… contact réside dans l’acceptation joyeuse de soi : il faut avant tout se plaire à soi même et être en accord avec sa féminité. 

La silhouette : 

Surprise : cet aspect de soi auquel les femmes sont extrêmement sensibles, sans doute sous l’influence omnipotente des magazines et des images de publicité, n’a pas une part déterminante aux yeux des messieurs. Certes ils sont nombreux à admettre que l’élégance de la silhouette attire leur attention, mais que le sveltesse ou des formes plus rondes dépendent des goûts de chacun. Mesdames, sachez qu’ils sont en majorité friands de « volumes bien placés » ! 

L’habillement, le maquillage, les accessoires… 

Il ressort de vos réflexions qu’ils n’ont finalement de valeur qu’autant qu’ils révèlent le soin qu’on accorde à sa personne, mais surtout qu’ils signent un « style » : ce mot revient souvent comme étant le révélateur immédiat d’une personnalité. Certes ils accrochent le premier regard mais passent vite au second plan. 

2- La prise de contact 

Lors de la prise de contact, la conversation est essentielle dans la manière de se faire connaître, mais aussi dans la séduction que chacun exerce sur l’autre. C’est que la conversation est un art et que la parole est « magique ». 

Nos lecteurs, qui paraissent d’un coup bien simples et carrés, y voient quasiment tous l’occasion d’une démonstration de performance ! Briller, étonner, en mettre plein la vue, avoir du bagout, montrer sa culture, étaler ses goûts, plaisanter et faire rire, et parler de leur travail, voilà leurs objectifs. Alors que pour nos lectrices, si l’humour a une part non négligeable aussi bien au premier abord que par la suite, le contenu de la discussion semble ne  pas avoir grande importance : l’essentiel pour elles est dans les non-dits et dans le subtil langage non verbal où la femme excelle. 

Si la femme aime en effet connaître très rapidement l’identité de la personne : prénom et situation, elle est très vite « à l’écoute » : une oreille fixée sur le contenu de la conversation, l’autre sur les résonances qui se produisent en elle sous forme de sensations et d’émotions – doux frissons, vague de chaleur, petits courants allègres, gorge serrée, accélération du pouls et de la respiration –  toutes antennes sorties pour capter les affinités !    Ses réponses passent surtout par des gestes qu’elle sait plaire aux hommes – et apparemment ils sont plus que d’accord ! –  : se passer la main dans les cheveux, découvrir sa nuque, jouer avec son collier dans l’échancrure du corsage, poser un doigt sur une lèvre, montrer par ses regards qu’elle est littéralement captivée, tendre imperceptiblement le bras pour y espérer une main qui viendrait l’effleurer… 

3- La séduction verbale 

Lors des premiers échanges, le choix et le contenu des thèmes sont généralement dévolus aux hommes, qui en font leur point fort ; mais ce faisant ils se découvrent plus qu’ils ne le croient ! 

Le discours 

- Les sujets abordés dévoilent vite chez eux leurs centres d’intérêt, mais les femmes, certes très sensibles au niveau de culture, y cherchent surtout la tendance à la frivolité ou au sérieux, au matérialisme ou à l’idéalisme, à l’optimisme, à la morosité, au dénigrement, aux positions rigides ou à l’ouverture d’esprit, toutes qualités ou défauts dont la vie sentimentale est affectée. 

- Le suivi des arguments ou du récit, par quoi les hommes croient impressionner et montrer leur force de conviction, ou bien le décousu et les sauts du coq à l’âne par quoi ils s’essaient au feu d’artifice, intéressent les femmes dans la mesure où elles y découvrent le philosophe, le débatteur, le fantaisiste ou le raisonneur avec lequel il leur faudra vivre ! 

- Au vu des qualités d’analyse, l’homme de son côté teste la finesse d’esprit, la pénétration, l’intuition dont toute féminité est parée ; la femme, elle, se demande s’il a le sens du détail et des nuances ; par son esprit de synthèse, il prouve qu’il a de la largeur de vue, qu’il domine son sujet, qu’il a les idées claires ; elle traduit : saura-t-il organiser, décider, prendre les choses en main ? 

L’art et la manière 

Si un dîner ne se conçoit pas sans conversation, les nuits câlines se passent aisément de discours ! mais non de mots doux, de murmures frissonnants, d’ardente passion. C’est pourquoi la manière de parler compte plus que ce qui est dit. 

- La façon de raconter, à laquelle les femmes sont très attentives, révèle l’originalité, l’imagination qui sait surprendre, l’art du suspense, l’ironie ou l’humour, la légèreté insouciante, la drôlerie ou la gravité. Une femme qu’on fait rire est conquise ! 

-  Le ton laisse paraître la détermination ou la timidité, l’ardeur et la passion ou le respect poli des distances ; l’esprit critique, caustique ou râleur ; l’être intériorisé ou extériorisé. Le débit fait transparaître le volubile, le timide, le taciturne. La vibration de la voix traduira l’enthousiasme ou l’émotion contenue. 

- Le tour d’esprit, la facilité à jouer avec les mots, et surtout le sens de la repartie… sont autant d’atouts maîtres dans le jeu aussi bien des hommes que des femmes. 

- Et le temps de parole mesurera la discrétion à parler de soi ou la propension à étaler son Moi, le vaniteux donc, ou l’égocentrique  qui ramène tout à lui et accapare la parole, et encore le baratineur ! 

4- La séduction vocale 

La voix est un atout indéniable dans la séduction, chez les hommes comme chez les femmes. Beaucoup de femmes sont séduites par la voix d’un homme, surtout par l’intonation et le rythme : d’où l’importance des murmures et de la chaleur mise dans l’expressivité. Pour un homme, le  timbre compte davantage : une voix plutôt grave est ressentie comme étant plus sensuelle et plus attirante qu’une voix trop aiguë. 

Pour les deux, le rire est primordial : les femmes n’apprécient guère un rire masculin sonore, lourd ou grivois, elles le préfèrent spirituel, coquin et complice ; les hommes aiment le rire cristallin s’il est discret, ou roucoulant  et plein de douceur, ou quelque peu rauque et troublant. 

5- La séduction gestuelle  

La façon dont on meut son corps est sans doute la source de séduction la plus efficace. Les femmes attendent d’un homme qu’il ait de l’allure, de la souplesse, une sorte de rayonnement qui dise sa force et son assurance, et si possible de l’élégance. Des femmes, ils apprécient  une belle posture, une belle cambrure, un style de coiffure, un port de tête, avant tout donc une silhouette. Une femme qui sait bouger, notamment sur une piste de danse, séduira plus facilement. Mais très rapidement leur regard se porte sur le visage : un beau sourire, des narines frémissantes – ah, le nez de Cléopâtre ! – une moue expressive, un jeu mobile des lèvres, un plissement des yeux, et les voilà conquis ou déçus ! C’est à partir de cette gestuelle que chacun imagine le comportement dans les rapports amoureux. Un partenaire coincé, pataud, empoté, n’augure pas de folles équipées ! En revanche nombreuses sont les lectrices pour qui  les mains sont  un élément à ne pas négliger dans le jeu de séduction : elles parlent bientôt plus que les mots ! Ce sont elles qui caresseront : sont-elles douces et chaudes, fines et nerveuses, fermes mais non épaisses, surtout pas moites ! chacun les imagine sur sa peau.    

6- La séduction olfactive 

Irrésistibles parfums et déodorants ! Pour les spots publicitaires, ils auraient presque plus de pouvoir de fascination qu’une voiture ! Un commentateur écrit que, pour un grand nombre de chercheurs, l’attirance entre deux êtres passerait avant tout par l’odorat, grâce, disent-ils, aux phéromones qui touchent de façon inconsciente le cerveau des partenaires. Produites par les glandes apocrines, ces phéromones donnent une empreinte olfactive personnelle unique, répulsive ou attirante selon chacun. Pourtant vos réflexions montreraient plutôt que les effluves sont… ressentis comme un excès qui dessert l’agrément d’une rencontre et qu’en conséquence parfum, eau de toilette, déodorant, devraient plus rehausser l’odeur corporelle que la masquer, car c’est elle, à l’état « pur », qui se révélera dans l’intimité !  

7- La séduction par le prénom 

Celle-là ne nous appartient pas ! Mais l’autre aura à le prononcer pour exprimer son amour, son désir, sa tendresse. Par lui se fait en quelque sorte l’accès au mystère de l’autre. On rejoint là la séduction verbale et auditive.  Tout ce qu’ils contiennent de douceur, de force, de romantisme, d’exotisme (cela varie avec les modes) dans leur prononciation rejaillit sur l’image que l’on se fait de l’autre. Une étude réalisée par des linguistiques révèle l’impact inconscient du prénom : ces derniers ont publié sur Internet des photos avec un prénom, et ont demandé aux internautes de voter pour les plus sexy ; puis ils ont recommencé en échangeant les prénoms. Ils ont pu constater que la sonorité du prénom était essentielle dans l’attractivité de la personne.   

Dans les prénoms de  femmes, les voyelles longues, à la sonorité arrondie, les rendent plus séduisants ; plus propres avec ses o ou ses è ouverts, ses i feutrés plutôt que pointus, ses e muets porteurs de suspension, à exprimer douceur, tact, rêve. Les consonnes dites marines (l, r, m, n,) et élyséennes (j, v, z) sont dites avoir une polarité féminine. Celles qu’on prononce avec les dents et surtout avec les lèvres évoquent naturellement les baisers et les liquides, la fluidité que les hommes associent à la féminité ; mais les nasales ont une mollesse et une langueur qui plaît ! 

Les prénoms qui font masculins s’appuient plutôt sur des consonnes fortes, souvent gutturales ou explosives : p, t, k, f, s, b, d g, ainsi que sur les voyelles fermées, plus affirmées, ressenties généralement comme plus viriles. Mais comme on ne choisit pas son prénom ni celui de qui déjà nous plaît : reste à avoir une manière personnelle de le prononcer, une manière « inimitable » !  

En conclusion, je n’aurais garde d’omettre la séduction des prévenances qui relèvent des qualités de cœur, d’éducation, de respect : ce pour quoi étaient connus les Français, la galanterie, fort bien codifiée dans le monde courtois et dont il nous reste, même en démocratie, la si belle expression de « faire sa cour ». 

Vos réactions ne sauraient tarder. Mais comme je m’absente encore pour un mois, 

je vous propose de répondre à la question suivante : 

 Pour vous, quels sont les six atouts maîtres  de la séduction ?                               - chez une femme 

- chez un homme 

            Le résultat paraîtra le 15 mai 

Séduction et intrigue

Jeudi 12 février 2009

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Plaire. C’était la règle des règles pour Molière : cela a toujours été vrai. Il n’est que de se rappeler Le Séducteur au Jardin de l’Eden. Puis ce fut le jeu de dominos bien connu : Eve se fit à son tour séductrice : il en est resté une image indélébile de la femme ! A croire que le mot de séduction est un de ses synonymes ! 

L’intrigue de notre roman commence par un plan de séduction ourdi par une femme et exécuté par une autre. A la première rencontre George est séduit par l’élégance, le piquant et la retenue pudique de Cathy. Elle n’a laissé qu’entrevoir ses charmes, mais elle n’a pas quitté le bureau qu’il est sous le charme. Et comme les femmes ont des antennes, Lisbeth, la secrétaire et maîtresse, l’a immédiatement senti, et pas seulement à cause de l’odeur de violette ! 

Au dîner qui suit l’entrevue, le jeu de la séduction se déroule comme un ballet : des prévenances où se lit un certain empressement, des mouvements gracieux habilement mis en valeur par une robe au tissu léger qui épouse une ligne svelte, sans oublier l’arme secrète et imparable, le rire féminin aux allures de roucoulement. George ne la quitte pas des yeux : on devine, aux réactions du mari, un chassé-croisé de regards dont la discrétion même laisse transparaître une certaine complicité. 

Arrêtons-nous là pour ne pas, comme dit George qu’enflamme le désir de conquête, « déflorer par avance » la suite. Regards, silhouette, gestuelle, postures, rire, avec quelques ingrédients comme un décolleté, des gants, un chapeau, du parfum : tout se joue dans la première impression et dans un savoir-faire qui, aussitôt la touche réalisée, ferre le poisson et lui donne du mou pour le laisser « libre » de croire, en frétillant, qu’il peut déployer à son tour sa propre stratégie. 

Mais les lecteurs de romans policiers le savent pertinemment, tout est joué d’avance : les ficelles se tirent en coulisses !  Après quelques faux-fuyants, le poisson finit toujours dans l’épuisette. 

La vie : un roman à suspense !

Jeudi 22 janvier 2009

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Les amateurs de romans policiers habitués à lire la réalité derrière la fiction le savent : la vie est une énigme ; notre vie un roman – qu’on aimerait passionnant ! Pour eux, le suspense n’a pas qu’un intérêt dramatique : il est aussi le symbole de la vie. Qu’il s’agisse de la réalisation de notre destin ou de l’élaboration de notre personnalité, celles-ci se déploient en ligne brisée, comme une construction en perpétuelle évolution.

De même en effet qu’une énigme se développe selon une courbe progressive faite de ruptures, et que la lumière ne se fait que peu à peu selon un processus de tâtonnements, de même une personnalité s’élabore dans le temps, par étapes, avec des hauts et des bas. Comme pour la fin d’un chapitre, chaque point d’arrivée représente un aboutissement, parfois non achevé, en même temps qu’une préparation au stade suivant.    

« Fatalement », à chaque noeud de ce processus, qui s’apparente à une crise de croissance, s’affrontent des forces antagonistes : de la même façon que l’inspecteur, et donc le lecteur, doit réadapter son hypothèse à chaque nouvelle donne, dans la vie chaque homme – dont les personnages sont des doubles – se voit déstabilisé par un incident de parcours et mis devant des choix qui n’attendent pas : les fameux « carrefours ». Vite il doit se remettre en cause et retrouver un nouvel équilibre.

Or tout choix se traduit par un renoncement à ce qui était et une adhésion ou un refus à ce qui se profile. Quitter un stade pour un autre engendre toujours un sentiment d’insécurité, qui va de la crainte jusque parfois à l’angoisse, mais ce peut être aussi l’occasion d’un nouvel enthousiasme et parfois d’un coup de « folie » : sentiments qui constituent le fond du suspense.

Ainsi, tout au long du développement de notre vie, nous suivons – comme les personnages et comme l’intrigue – un itinéraire fait de replis et d’offensives, qui sont les signes à la fois contradictoires et concomitants du combat qu’impose la vie.

L’éternel féminin

Lundi 12 janvier 2009

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Toute révérence gardée à Goethe, la structure psychique de la femme ne consiste pas exclusivement dans « l’éternel féminin ». Autour de ce centre existent des enveloppes qui sont elles aussi des éléments authentiques de la femme, même si on leur trouve un aspect masculin.

Je sais que les professeurs apprécient peu que des problèmes de cœur viennent parasiter les études : ils aimeraient bien n’avoir affaire qu’à des intelligences dégagées de toute sentimentalité, qui fonctionnent par concepts clairs, nets et distincts et par enchaînement discursif cartésien.

En éliminant la vie affective comme perturbatrice, ils enrichissent certes l’intellect et la façon de comprendre objectivement la vie, mais aux dépens, chez les femmes en particulier, des qualités subjectives, émotives et intuitives dont ils méconnaissent les apports. En réalité, c’est dans une communion pacifiée avec elle-même que la femme s’ouvre au monde et le comprend, sans la multitude des médiations enseignées comme seuls outils de saisie et de maîtrise du monde.

Il est bien dommageable à mon sens que l’éducation scolaire, du moment qu’elle a forcé à la mixité, ait donné comme modèle aux filles les qualités propres davantage aux garçons, les rendant « rationnelles », « objectives », « impassibles », négligeant de la sorte – dans un climat technicien, matérialiste et scientifique – la richesse émotive, l’intuition divinatrice, la sensibilité de perception proprement féminines. Y perdent aussi tous ces garçons doués pour les arts et ceux dont la profession requerra la compréhension psychologique d’autrui.

Mais je ne voudrais pas par ces « réformes » provoquer la grève des commentateurs !

Roman noir et nuit blanche

Mardi 30 décembre 2008

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Entre ces deux nuits blanches où s’opèrent les passages du jour à la nuit et de la nuit au jour, la nuit noire apparaît comme le lieu de mort par excellence. Les ténèbres y sont propices aux crimes et aux machinations souterraines, aux errances des fantômes qui sortent des tombeaux ou d’un lointain passé, et aux plus noirs desseins qui se trament au fond des coeurs. Elles sont comme un Océan où le soleil s’engloutit dans un abîme fait de silence absolu, un trou noir qui génère l’angoisse et fait remonter de l’inconscient monstres et cauchemars.

Mais la nuit peut également être vécue comme une vacance dramatique mais provisoire, comme une attente, une absence destinée à être comblée. « Avant que la lumière soit, les ténèbres recouvraient la face de l’Abîme ». L’aurore jaillit de la nuit, comme l’année nouvelle de l’hiver. C’est le temps de l’épreuve que traversent les mystiques avant l’illumination, et c’est aussi l’heure qu’attendent les amants impatients…

J’y trouve une analogie avec une enquête policière, qui descend dans les enfers des bas-fonds de la société et dans les sombres replis des cœurs, mais qui à son dénouement verra l’énigme résolue, la justice rétablie, le méchant puni ou bien trouvant dans son âme un reste de lumière qui sera l’aube de sa rédemption.

Les heures sombres de la nuit se prêtent donc par nature à la lecture de romans noirs. Mais il est une nuit entièrement blanche, d’où l’humeur noire est bannie : celle de la Saint Sylvestre. Puisse-t-elle déboucher pour chacun sur une nouvelle année lumineuse !

« Aimer… et Mourir » avec Cocteau

Mardi 23 décembre 2008

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« Outre que les mots signifient, ils jouissent d’une vertu magique, d’un pouvoir de charmes, d’une faculté d’hypnose, d’un fluide qui opère en dehors du sens qu’ils possèdent » 

Comment mieux exprimer que Jean Cocteau la puissance étrange des mots, lui qui se définissait essentiellement comme un poète, mais qui fut tout à la fois romancier, homme de théâtre et de cinéma, peintre et dessinateur ?

Comment également mieux illustrer notre avertissement au lecteur sur « la vérité qui se cache derrière le mentir-vrai  de la fiction » que par ce paradoxe par lequel se présente à nous l’auteur de Thomas l’Imposteur ou du Grand Ecart : « Comprenne qui pourra : je suis un menteur qui dit toujours la vérité » ?

Avec Cocteau, ne sommes-nous pas au cœur de notre roman policier ? où chaque indice apparemment probant est travesti, mais où chaque mensonge est plus révélateur que la simple vérité ; où dans les miroirs se confondent réalité et reflet, illusoire et vrai ; où le symbole du bandeau sur les yeux est aussi bien masque que révélation ; où les personnages, pris dans une Machine infernale, sont happés par des forces redoutables, comme si rien « ne prévalait contre un ordre du destin » ; où, comme dans Orphée, l’amour semble impossible, sauf peut-être au-delà du temps et de l’espace ; où enfin chaque personnage fait l’expérience des fatales conséquences du pouvoir magique de la parole ?

Autour du sapin, je vous donne donc avec lui « Rendez-vous derrière l’arbre à songe » 

La pensée moderne et le symbole

Dimanche 14 décembre 2008

(réponse au club de lecture « catimini44 ») 

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Si la pensée symbolique semble connaître un regain de faveur en réaction au rationalisme exacerbé de notre siècle, l’opposition fondamentale entre la démarche scientifique et la lecture symbolique de la réalité n’en est que plus manifeste. Je vois à cela deux raisons. 

La première est que la pensée moderne, scientifique et technique, pour être la plus objective possible, cherche à ne retenir que la mesure exacte et se doit par conséquence d’exclure toute approche autre que rationnelle et dûment quantifiable, et donc d’éliminer ce qui reste de symbolique dans le langage. Ce faisant, l’abstraction à laquelle parvient, par exemple, le langage mathématique vide le symbole de ses résonances pour ne laisser subsister qu’un signe notionnel. Or le symbole ne se réduit pas au concept : il met certes en jeu l’intellect, mais aussi l’affectif, l’imaginaire, le sentiment religieux, bref il mobilise la totalité du psychisme. 

La seconde raison est que, autant la pensée scientifique procède par réduction du multiple à l’un, autant la pensée symbolique procède par l’explosion de l’un vers le multiple, pour mieux percevoir d’ailleurs, en un second temps, l’unité du multiple. 

La richesse du regard symbolique sur le monde est évidente. D’abord la compréhension, se passant sur un plan de conscience autre que l’évidence rationnelle, n’est jamais totalement achevée, comme devant une partition musicale permettant une exécution toujours renouvelée. De plus d’un côté, la vision symbolique puise dans des archétypes communs à toute l’humanité et passe par une structure psychique commune à tous les hommes : son langage est universel ; d’un autre, cet universel est individué par les images diverses qu’elle engendre selon les lieux, les époques, la culture et les personnes. 

Symbole et polar

Samedi 6 décembre 2008

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Les familiers de ce blog le savent : les dominos de la vignette sont le symbole du destin, du déterminisme, de l’enchaînement fatal des événements – la fameuse « concaténation » – et l’illustration parlante d’une intrigue policière. 

Le symbole, par nature, signifie plus que le mot ne dit et réunit les extrêmes dans une même vision, comme une monnaie réunit ses deux faces. Il échappe ainsi à toute définition : un peu comme les indices d’un roman policier susceptibles de multiples hypothèses ! 

Vous voilà devant un mot : il a un sens établi et évident, une apparence figée et qui, normalement, veut dire ce qu’il veut dire ! Mais vous flairez en lui un je ne sais quoi de caché qui cependant a révélé sa présence. Intuition ?  

 Intrigué, vous vous interrogez. Comme l’ordinateur intérieur de Peterson, votre inconscient fait des rapprochements, établit des associations d’images. Las, la réalité qu’il évoque est fugitive, insaisissable, grosse de mystère. Il semble qu’il y ait toujours un au-delà à chaque au-delà. 

A peine le mot nous a-t-il livré l’existence de sa portée symbolique que celle-ci nous échappe : c’est que, à l’instar du symbole lui-même, il révèle en voilant et voile en dévoilant. Tout comme un polar, vous disais-je ! 

Lire : un processus vital

Jeudi 20 novembre 2008

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Pour l’esprit humain qui, par nature, est discursif, un mot ne devrait jamais être isolé, sous peine d’être réduit à sa seule définition minimale, celle d’une notion sans couleur ni mystère.

C’est pourquoi le grammairien est là pour nous rappeler qu’un mot n’a de réelle signification qu’en relation avec d’autres. De l’expression à la phrase, et de la phrase à un contexte plus élargi, il gagne peu à peu en épaisseur et prend par un effet de résonance une ampleur qui n’était pas jusque-là perceptible. Tout mot a ainsi besoin d’une interprétation : c’est la part du lecteur. 

Il est commun de dire qu’une œuvre admet plusieurs lectures : le blog en est l’illustration. Les lecteurs, en confrontant leur sentiment à partir d’un même passage du roman, révèlent, à travers la pluralité croissante de leurs perceptions, que les mots ne sont ni anodins ni clos sur eux-mêmes et qu’un texte ou une parole ne peut se réduire à sa simple littéralité. 

Si écrire est un accouchement, aussi difficile que passionnant, lire l’est également. Cela réclame toujours un dépassement du sens littéral. Pour atteindre à la plénitude du sens, il faut tout un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble. L’étymologie latine de comprendre, cum-prehendere : saisir tout ensemble, nous rappelle qu’un mot ne se livre dans toutes ses harmoniques et ses non-dits que dans l’unité dynamique d’une pensée. 

Lire n’est jamais passivité : c’est un processus vital. 

Une langue émasculée

Samedi 8 novembre 2008

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Mon titre est une manière radicale de nommer ces mots qu’Isabelle dit avoir été « vidés de leur personnalité » et réduits à une « coque sonore », souvent à un simple sigle. Siphonnés, IVGtisés en quelque sorte – Valentine me permettra ce néologisme – aseptisés et finalement émasculés puisqu’on en est à leur ôter leur différence de genre, les mots perdent leur aspect rugueux ou trop explicite. Ainsi minimisés et décolorés – par souci, dit-on, d’éviter les polémiques et de ne froisser personne, mais à mon sens c’est lâcheté –  ils se fondent aisément dans un langage passe-partout.

A l’inverse, on assiste à une inflation de superlatifs et de mots forts, grossis pour attirer l’attention ou pour faire peur. L’actualité se nourrissant de sensationnel, de catastrophisme et de scandales, de discours propres à enflammer les passions, les mots sont choisis, non plus pour leur sens propre, mais « pour leur charge émotionnelle ».

Dûment codés et estampillés par les transmetteurs officiels, ils sont ensuite unilatéralement martelés par la cohorte des relais qui, lorsqu’un terme français ne peut s’édulcorer, le camouflent sous un mot étranger, celui-là garanti incolore et inodore.

Par la suite, combinés aux sigles devenus des armes, ils se prêtent à merveille aux slogans et à la propagande. Comme l’explique Vincent, on en fait des formules choc et stéréotypées qui sclérosent la pensée et, ajouterai-je, favorisent les amalgames.

Munis de ce vade mecum – comme dirait Pascal – les « nouveaux colporteurs » n’ont plus qu’à prendre leur bâton de pèlerins…

Amis, « gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche » et tenez votre langue !

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