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Archive pour septembre 2014

Jennifer et l’adolescence romaine

Dimanche 28 septembre 2014

1 p. 273

 une sorte d’adolescence, entendue à la romaine

La logique voudrait que l’adolescence ait toujours existé. Depuis un peu plus d’un siècle, elle caractérise la fameuse crise de la puberté, durant laquelle ont lieu les transformations physiques et la recherche de son identité marquée par le désir de rompre avec les liens divers, et donc avec le rejet plus ou moins marqué de toute autorité. Mais être jeune n’a pas signifié en tout temps la même chose, même si les sociétés ont toutes formalisé le passage de l’enfance à l’âge adulte par un rite, une épreuve ou une cérémonie.

 Chez les Romains, l’adulescens n’existe que chez les garçons, les filles passant directement au statut d’uxor, de femme mariée. À l’âge approprié, selon la décision du père ou du tuteur, entre quatorze et dix-neuf ans, tous les jeunes Romains fêtaient officiellement leur majorité, en général le dix septembre, lors de la fête de Liber et Libera. La famille participait aux réjouissances. Le jeune homme dédiait ses vêtements de son enfance aux dieux du foyer et revêtait une nouvelle toge blanche, la toge virile, qui symbolisait son rang de citoyen à part entière. Sa famille l’escortait jusqu’au tribularium où il se faisait inscrire sur les registres, puis au forum où il participait à d’autres cérémonies. En général, un grand banquet était organisé le soir avec la famille et les amis de celui qui entrait ainsi dans l’adolescence.

Cette période s’étendait jusqu’à la trentaine, période pendant laquelle se continuait la formation civique et professionnelle (comme pour bien des jeunes aujourd’hui !). Il ne s’agissait en aucun cas de pré-adultes ou de post-adolescents. A trente ans, le jeune homme – qui a fini de grandir, ce que veut dire adultus, et donc devenu pleinement mâture – est jugé capable de s’engager dans des responsabilités sociales : son identité est construite et affirmée, les conditions de son indépendance acquises.

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C’est à cet aspect d’accomplissement total de sa personnalité que renvoie l’incidente de notre roman, à propos de Jennifer : « Elle incarnait parfaitement cette période où les jeunes filles ont quitté leurs études et n’ont pas encore atteint leur plénitude féminine : une sorte d’adolescence, entendue à la romaine. »

Jennifer en effet, après ses ratés affectifs et sexuels avec le dealer John Bright, et ses premiers pas comme danseuse professionnelle au Darling, a terminé ses apprentissages : à bientôt trente ans, elle a trouvé ses marques, elle a tiré un trait sur ses déboires amoureux, sans perdre ses rêves romantiques, elle impose ses conditions de travail en refusant le rôle d’hôtesse généralement lié à ce type d’emploi dans un cabaret. Rendue prudente par ses expériences passées, elle est cependant prête à s’engager, vis-à-vis de William Burg, dans une relation amoureuse stable et définitive, avec l’enthousiasme d’un cœur qui a retrouvé sa virginité, et à devenir ainsi pleinement adulte.