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Archive pour juillet 2014

Brown et Meursault : L’Etranger de Camus 1/2

Mercredi 23 juillet 2014

thCASW0G5Z  p.252 + p.281

Sans doute avait-il appuyé par réflexe, comme ça, seulement par l’enchaînement mécanique d’un doigt crispé. 

 Cet article, le 80ème à  prendre place dans la Page des Réminiscences littéraires de notre roman, pourrait être l’occasion de relire L’Etranger, ou du moins de rouvrir ce bon vieux Lagarde et Michard sagement rangé dans votre bibliothèque. En effet nombreux sont les lecteurs qui ont vu, avec raison, dans le geste de Brown un écho de celui de Meursault dans le roman de Camus.

 Arrêtons-nous au passage mémorable où Meursault, par un enchaînement fatal de circonstances et par le jeu de sensations subies dans une sorte d’hébétude, devient « meurtrier ». « Je n’avais qu’un demi-tour à faire… Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant… La lumière a giclé sur l’acier… des gouttes de sueur m’ont aveuglé… C’est alors que tout a vacillé… J’ai crispé ma main… La gâchette a cédé… » Un pas en avant, alors qu’il aurait pu tout aussi bien faire demi-tour ; un éclat de soleil sur la lame ; des gouttes de sueur dans les yeux, une crispation de la main sur une arme, qu’il avait prise à son ami justement pour l’empêcher de tuer quelqu’un : autant d’impondérables qui lui sont « étrangers ».

 Puis relisons notre passage où Brown raconte son geste à l’inspecteur. Les analogies sautent aux yeux : « Le coup était parti tout seul… sans qu’il en ait vraiment conscience… sans doute avait-il appuyé sur la queue de détente par réflexe, comme ça, seulement par l’enchaînement mécanique d’un bras tendu, d’un doigt crispé… » Sautons à la p. 281 où l’inspecteur relit ses notes : Qu’avait dit Brown en effet ? Le coup parti « tout seul », lui-même « surpris », n’a pas eu « vraiment conscience », « par réflexe », « comme ça », « sans clairement le décider », « par un enchaînement mécanique »  et même à la vue d’un bouquet de roses « rouge sang » : «A ce moment,  j’ai vu rouge ».

 Dans les deux cas, y a-t-il là volonté délibérée ou simple réflexe en réaction à une succession de stimuli extérieurs ? « Comme ça, sans raison, par une sorte d’aveuglement… Des secondes absurdes » Vus ainsi, les deux personnages sont bien « étrangers » au geste posé dans une semi-conscience, et étrangers à eux-mêmes.