Archive pour avril 2014

Cathy et la Vierge au cœur navré

Dimanche 6 avril 2014

 

Vierge de douleurp.244

Un  air de Madone éplorée : et de fait, elle avait le cœur  percé d’un glaive de douleur amère.

Nous sommes au moment pathétique où, tandis que Cathy, libérée du danger du maître chanteur, prépare un dîner de fête, son mari Michael découvre des photos qui lui donnent la certitude que sa femme le trompe.

Cathy a mis au frais une bonne bouteille, sorti les candélabres en argent et les verres en cristal de Saxe ; elle s’est habillée d’un fourreau de satin Liberty sur laquelle brille un collier de turquoise. Elle s’apprête à s’étourdir de ces petites attentions mutuelles comme en ont les amoureux, avant de connaître une nuit d’amour inoubliable. Las ! Michael entre, le visage fermé et les lèvres pincées. Au sourire joyeux et plein de désir amoureux de Cathy, il répond d’un ton froid et méprisant : « Cesse ces simagrées ! »

Comme un soldat qu’une balle vient de frapper en pleine poitrine continue d’avancer alors que la mort est entrée en lui, elle souffle alors une à une les bougies, chacune dans son extinction emportant un lambeau de son cœur. « Tu m’as odieusement menti ! » s’entend-elle reprocher par son mari. Elle fixe sans comprendre celui qu’elle aime, mais de qui, elle le pressent, va venir son malheur. Il lui jette à la figure le paquet de photos, et elle comprend. Alors les larmes coulent, brûlantes, sur ses joues poudrées, creusant des sillons lamentables qui lui donnent des airs de Madone éplorée : et de fait, elle avait le cœur percé d’un glaive de douleur amère.

La Madone éplorée fait penser à la Vierge se tenant debout, en pleurs, au pied de la Croix, la Mère au cœur navré que chante le Stabat Mater, et le glaive de douleur à la prédiction du vieillard Syméon le jour de la Présentation de Jésus au temple : « Cet enfant sera un signe en butte à la contradiction, et toi-même, une épée te transpercera l’âme » Car le cœur, en hébreu, dit non seulement le siège des sentiments, mais aussi celui des souvenirs et des idées, des projets et des décisions. Il est regardé comme le centre de l’être, la source même de sa personnalité où se joue son destin.

Ce qu’illustrent les comparaisons à venir « des pans de château intérieur qui s’écroulent, et du palais féerique changé en décombres, par les mains mêmes qui l’avaient construit. » Ce que traduit Michael en ironisant : « Oui, je connais la chanson. Je saccage notre amour, ce que nous avons de plus beau, nos promesses, nos souvenirs, nos rêves…» Et ce que confirme le passage qui suit immédiatement cette diatribe : « Le cœur de Cathy se serra, près d’éclater. Non, elle ne pouvait entendre dénier tout ce qui avait été sa raison d’être », elle qui lui avait donné « son corps intact, son cœur, ses pensées, son être tout entier ». On juge par là du choc qu’elle reçoit – annoncé comme un séisme, un terrible tsunami qui ne laissera plus rien debout – et de la douleur poignante qui l’atteint au plus profond d’elle-même.