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Archive pour décembre 2012

Helen et son Prince charmant

Vendredi 28 décembre 2012

 Helen et son Prince charmant dans Interventions de l'auteur me0000113578_3-220x300

p.541

un sommeil dont elle ne se réveillerait pas

car il n’y avait plus de prince charmant

pour lui donner un baiser de vie.

Quelle jeune fille ne rêve-t-elle pas d’un Prince charmant qui éveillera son cœur et la comblera d’amour ? C’est pourquoi le conte de fées de La Belle au bois dormant, dont les versions les plus connues sont celles de Charles Perrault et des frères Grimm, est si profondément inscrit dans l’imaginaire populaire. Son histoire a inspiré non seulement le ballet musical de Tchaïkovski, le film de dessins animés de Walt Disney qui en reprend la musique, ou celui de marionnettes de Kawamoto, mais elle a encore donné lieu à comédie musicale, mise en scène au château d’Ussé, spectacle théâtral, manga, jeu vidéo et … parcs d’attractions !

La belle n’a pas de prénom, elle s’appelle « la Princesse », de même que lui est « le Prince » : ce qui, dans notre roman, permet à Helen de s’identifier à elle et de voir Michael dans celui dont l’amour seul donne un sens à sa vie. Les bonnes fées de l’existence l’ont dotée de bien des charmes, mais les épines n’ont pas manqué sur sa route. Elle s’est vu ravir celui qu’elle aimait en secret, a fini par le séduire, mais ce baiser-là était empoisonné. Le beau prince s’est donné la mort et ses baisers ne la charmeront plus ici-bas. Aussi, avant d’aller vers ce qu’elle pressent être sa dernière heure, elle étend sur son lit la robe qu’elle avait mise pour le conquérir et se contemple ainsi, couchée telle la belle au bois dormant, attendant le sommeil éternel, « ce moment bienheureux qui la fera le rejoindre définitivement » et le retrouver dans un royaume où tout sera merveilleux.

Qui sait si, par-delà les diverses interprétations psychanalytiques qui ont été données de ce conte, ce n’est pas à un tel baiser de l’Amour divin qu’aspire tout un chacun en s’endormant dans la mort, avec la certitude paisible chez le croyant que son histoire trouvera son dénouement heureux lors de l’ultime baiser de vie qui ressuscitera son corps ? Alors il n’y aura plus de larmes, seul subsistera l’amour.

Les journalistes : des Ponce Pilate !

Samedi 15 décembre 2012

Les journalistes : des Ponce Pilate ! dans Interventions de l'auteur pilatep.597

… leur ton détaché à la Ponce Pilate

Nous l’avons vu, les journalistes se jettent sur les scandales comme des chiens sur un os et déchirent à belles dents ceux qui y sont mêlés. Leur « puritanisme hypocrite » y puise l’émotion nécessaire pour soulever un public qui se délecte des faits infamants qu’ils font mousser. Oh ! avec les précautions d’usage ! car, à l’heure où le moindre dérapage est montré du doigt, on sait s’entourer, « sous prétexte d’objectivité, de spécieuses tournures hypothétiques » et laisser entendre − honni soit qui mal y pense − que les ragots qu’on rapporte ne sont que ce que d’autres disent. Il sera toujours temps de crier haro sur le baudet ou de participer à la curée quand on sentira l’unanimité se faire ou de crier haut et fort qu’il est « irresponsable » d’accabler, sans preuve formelle, le présumé coupable.

Ce qui s’appelle prendre le vent et plier du côté opposé où souffle l’orage pour le fuir. Ainsi était Ponce Pilate, encore que je le croie plus sincère que la plupart des journalistes aux ordres. Convaincus de ce qu’ils disent, ils oublient l’avoir soutenu dès que le cri de la foule s’élève contre eux ou qu’on leur demande : « Dis-tu cela de toi-même ? − Bien sûr que non, je ne fais que rapporter ce que les autres disent ! ». Que cette chasse à l’homme tourne mal, que leur condamnation entraîne de dramatiques conséquences, les voilà qui s’empressent de prendre le public à témoin, de se laver les mains en proclamant « d’un ton détaché » : « Je suis innocent de ce crime ! » Aujourd’hui défenseurs acharnés d’une cause, demain la condamnant avec la même virulence : est-ce indécision du jugement ? opportunisme ? hypocrisie éhontée ? sincérités successives ? ou contraintes du métier ?

Il est vrai qu’à l’instar de Ponce Pilate, ils craignent la sanction venue du divin César dont ils dépendent ! Mais plus que tout, ils n’ont la plupart du temps que leur moi en tête. Le petit moi d’un petit homme, d’un homme qui s’enorgueillit de faire sentir sa puissance sur l’opinion des masses, un vaniteux qui méprise ceux qui leur font des courbettes pour passer à l’antenne mais qui eux-mêmes plient l’échine devant le pouvoir. Tous, des Pilate qui sont comme autant de petits César, prêts à tout pourvu qu’ils continuent à dominer là où ils exercent leur influence.