Archive pour août 2012

Psyché et Eros : l’amour réconcilié

Mardi 28 août 2012

Psyché et Eros : l’amour réconcilié dans Interventions de l'auteur Eros-et-Psyché

Si, dans le titre même « Aimer… et mourir », Eros est intimement lié à Thanatos (cf. articles de janvier 2011), il est pourtant des amours qui finissent bien !  Le drame mythique de Psyché et d’Eros, dont l’histoire complètera l’article précédent, nous en donne un exemple.

La jeune fille, d’une beauté telle que sa perfection même effraie tout fiancé, devra, selon l’oracle consulté, être exposée sur une montagne où un monstre viendra la prendre pour épouse. Bientôt un vent léger l’emporte dans un palais magnifique. Le soir, elle sent une présence à côté d’elle, mais elle ne sait qui est là. Elle goûte intensément le plaisir d’aimer et d’être aimée, mais le mari promis l’avertit que, si elle le voit, elle le perdra à jamais. Or un jour qu’elle rend visite à sa famille, ses sœurs, jalouses, éveillent sa méfiance, et, de retour à son palais, à la lumière d’une lampe, elle regarde, endormi auprès d’elle, un bel adolescent. Hélas ! une goutte d’huile brûlante tombe sur Eros. L’Amour, ainsi découvert, s’éveille et s’enfuit. La colère d’Aphrodite s’abat sur Psyché, condamnée à subir de nombreux tourments. Mais Eros ne peut pas plus oublier Psyché qu’elle ne l’oublie elle-même, et il obtient de Zeus la permission de l’épouser, avec le consentement d’Aphrodite.

En Psyché, on peut voir Helen, tentée, malgré les appels à la raison, par l’amour qu’elle ressent pour Michael, et particulièrement par le désir de jouissance. Le palais merveilleux condense les images de ses rêves. La défense de regarder l’amant peut se lire comme le rejet délibéré de la conscience : dans l’obscurité de la chambre aux rideaux tirés, c’est l’abandon aveugle à l’aventure, aveuglement qu’elle réclame aussi de Michael en lui bandant les yeux. Mais les réactions de son amant lui ouvrent les yeux et elle le voit sous un autre jour. Certes la lumière qui se fait dans son esprit est encore tremblotante, mais suffisante pour deviner la réalité d’une relation qui ne peut que finir. Michael, brûlé par ce regard, se réveille et, voyant le côté monstrueux de cet amour, s’enfuit dans la mort, incapable lui aussi de l’oublier. Helen est alors plongée dans les affres des Enfers, mais à la différence de Psyché, elle ne trouvera l’expiation et la paix que dans des épousailles… post mortem.

 

 

Eros : l’Amour au cœur du roman

Samedi 18 août 2012

 

 Eros : l’Amour au cœur du roman dans Interventions de l'auteur Eros2

Heureuse, et peu banale, coïncidence, qui voit la 40 000ème visite au jour du 5ème anniversaire de ce blogue. Et qui plus est, pour un roman où le verbe aimer est au cœur de l’intrigue, en la fête de saint Amour ! Et puisque les réminiscences littéraires en ce moment nous transportent dans l’Antiquité, tirons de la cosmogonie ancienne quelques symboles à propos de ce sentiment qui est la raison d’être de toute vie et occupe le coeur de notre roman.

Dans la vision orphique, la Nuit et le Vide sont à l’origine  du monde : la Nuit enfante un œuf, d’où sort Amour, tandis que la Terre et le Ciel se forment des deux moitiés de la coquille brisée. Eros, le plus beau parmi les dieux, selon Hésiode, surgit ainsi de l’Abîme et se répand sur toute la Création. Il lui est comme intrinsèque : les chassés-croisés de notre roman, dans lequel tous les personnages sont conduits par la passion amoureuse, en sont l’illustration.

Le plus souvent considéré comme le fils d’Aphrodite et d’Hermès, il a, dit Platon dans le Banquet, une nature double, selon qu’il est issu d’Aphrodite Pandemos, déesse du désir brutal, ou de l’Aphrodite Ourania, celle des amours éthérées. Les deux amies intimes, Helen et Cathy, incarnent cette double face comme deux sensibilités féminines opposées ; mais cette dualité constitue aussi le drame fatal vécu par Helen et par Michael, tous deux partagés par la passion charnelle et le rêve d’un amour idéal.

Eros, disent encore les Anciens, est né symboliquement de l’union de Poros (Expédient) et de Pénia (Pauvreté) car il est toujours insatisfait, sans cesse en quête de son objet et plein de ruses pour parvenir à ses fins. C’est dire là les multiples manœuvres de séduction qui sont comme le fil de notre intrigue et qui nous ont valu bien des commentaires sur le charme, tant féminin que masculin.

Enfin on ne saurait passer sous silence cet Enfant nu, ailé, portant arc, flèches, carquois ou torche, qui se joue des humains qu’il chasse, qu’il aveugle ou qu’il enflamme. Enfant, il dit l’éternelle jeunesse de tout amour véridique, mais aussi l’irresponsabilité de ceux qui en font un jeu. Nu, il signifie un désir qui ne saurait se cacher à l’autre et qui nous révèle à nous-mêmes la vérité de notre être. On le représente même les yeux bandés, décochant sa flèche sans voir qui il atteint, voulant dire par là qu’il nous apparaît souvent comme le fruit du hasard ou du destin. Cette image rappellera par ailleurs à nos lecteurs les chapitres des Yeux bandés et des Yeux ouverts, scènes érotiques comme il se doit, psychodrame qui renvoie à son tour au drame de Psyché et d’Eros.