Archive pour avril 2012

Helen et Salomé

Jeudi 19 avril 2012

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Ce fut comme la danse de Salomé

Les évangiles de Marc et de Mathieu relatent comment Hérode Antipas, subjugué par la danse de la fille d’Hérodiade, femme de son frère, finit par faire décapiter Jean-Baptiste.

Au tympan de la cathédrale de Rouen, Salomé est représentée en acrobate qui, ainsi que la décrira Flaubert, « se jette sur les mains, les talons en l’air, parcourt ainsi l’estrade comme un grand scarabée, et s’arrête brusquement. Sa nuque et ses vertèbres font un angle droit. Les fourreaux de couleur qui enveloppent ses jambes, lui passant par-dessus l’épaule, comme des arcs-en-ciel, accompagnent sa figure, à une coudée du sol. »

C’est que l’image qu’on se fait de sa danse de séduction n’est pas de celle qu’on peut sculpter au fronton d’une église ! En témoignent les récentes interprétations de l’opéra de Richard Strauss, dont le livret suit la pièce de théâtre d’Oscar Wilde, sachant que dès 1909 Ida Rubinstein, pour entrer dans la vérité du rôle, terminait toute nue et que, depuis, l’escalade érotique n’a cessé. Bien des artistes se sont inspirés de ce récit : des écrivains, tels Laforgue, Apollinaire et Mallarmé, des peintres comme Moreau et Picasso, et même le cinéma hollywoodien qui fait danser Rita Hayworth pour obtenir la grâce du prophète !

 Salomé, perverse et consciente de ses charmes, y exécute la danse sulfureuse des sept voiles, qui ressemble à un strip-tease dont la sensualité et la sauvagerie en font une danse langoureuse, lascive et, pour tout dire, endiablée ! Comme l’écrit Huysmans, « Par la torsion de ses reins, des remous de seins, des secousses de ventre et des frissons de cuisses, elle fond la volonté du roi », son oncle et beau-père, et réveille sa lubricité au point de lui faire …perdre la tête !

Helen veut aussi amener Michael, le mari de sa meilleure amie, à perdre l’esprit et à lui dire qu’il l’aime. Elle prend des postures de danse indienne, rejette son écharpe, le frôle, s’esquive pour l’effleurer à nouveau, se laisse caresser au passage, dénoue la cordelette qui retient sa robe à son cou, enfin, pour vaincre ses dernières résistances, ôte son dernier « voile » et, complètement dénudée, déploie le grand jeu avec force « acrobaties », le rendant « saoul de désir frustré » jusqu’à le conduire « au paroxysme de l’exaspération sensuelle » et aux mots fatidiques : Helen, je t’aime.

Cœurs brisés : aimer…et mourir

Samedi 7 avril 2012

Cœurs brisés : aimer…et mourir dans Interventions de l'auteur coeur-briséHelen, Cathy, Lisbeth, Jennifer : quatre cœurs blessés à mort, et qui en incarnent tant d’autres pour lesquels j’ai une pensée en cette fin de Semaine Sainte.

Comme elle nous laisse à demi-morts, la perte de l’être aimé ! Comme elles nous abattent au point de nous ôter l’envie de vivre, certaines déceptions d’amour ! Tant il est vrai qu’aimer et vivre, c’est la même réalité.

Si forte est cette connexion entre l’amour et la vie que, devant cette atroce déchirure contre-nature qu’est la mort physique ou celle de l’amour qui jusque-là nous faisait vivre et aimer la vie, nous tombons, saisis d’effarement, dans le désarroi le plus total.

Interminables, les nuits et les journées qui suivent ! Incompréhensible, l’effondrement brutal ! Insoutenable, le poids de l’accablement ! Inimaginables, la douleur, la stupeur ! Intolérables, la solitude, la déréliction ! Le monde entier s’est écroulé ! L’espérance ? Ecrasée ! Morte ! La joie ? Éteinte ! La force de survivre ? Anéantie ! Frappés au cœur, nous gisons, crucifiés, dans le coma de la terrible désespérance : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Pour ceux qui ont tant attendu de l’amour, c’est la déception la plus cruelle qui soit. La vie n’a plus de sens ! Pas plus le passé que le temps à venir. Comment imaginer reprendre l’absurde train-train, après un tel enthousiasme, un tel bonheur de vivre aux côtés de l’aimé, dans son rayonnement ? Après l’abattement, viennent l’inquiétude, l’angoisse, la détresse, la nuit noire de la cruelle agonie. Et le risque que l’amertume ne se glisse dans le cœur, que la révolte ne le fasse éclater, et que le poison de la haine envers celui ou ce qui est venu à bout de lui ne coule dans nos veines.

Le cœur transpercé et broyé ressemble au chœur nu et dépouillé d’une église le Samedi Saint : tabernacle ouvert, icônes et statues voilées de violet, nappes ôtées. Ne reste que la matière brute : la pierre de l’autel du sacrifice. Pas même une luciole qui dit une présence. Ténèbres telles qu’elles rendent folle la foi en une aube nouvelle. Et pourtant Pâques nous dit d’espérer contre toute espérance : l’amour a vaincu la mort.