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Archive pour février 2012

Michael et Don Quichotte de Cervantès

Jeudi 16 février 2012

Michael et Don Quichotte de Cervantès dans Interventions de l'auteur don-quichotte-t8891-212x300p.451

Parangon de la vertu offensée, Don Quichotte de l’amour bafoué

Don Quichotte, archétype du rêveur idéaliste, du cœur pur et du justicier autoproclamé, épris d’honneur chevaleresque, joutait contre les moulins à vent de son époque, il y a quatre cents ans. Comme lui, Michael croit en politique aux puissances de l’imagination, et la chaleur de son discours montre qu’« il imagine que ce qu’il dit est comme il le dit » ; comme lui, il se veut « honnête en ses paroles, vrai dans ses actions », intègre, généreux et désintéressé.

Il se heurte au persiflage des journalistes, aux yeux de qui il passe pour un habile illusionniste ou un illuminé qui vivrait dans un univers parallèle, alors que ceux-ci incarnent la génération nouvelle qui a désappris le rêve et prétend ne plus vouloir être leurrée par les apparences séduisantes mais regarder la réalité sans déguisements ni embellissements.   

En réalité, on ne lui pardonne pas de démasquer par son intransigeance et sa franchise l’imposture de la mise en scène, véritable représentation théâtrale aux codes définis par les manipulateurs eux-mêmes, où l’interviewé n’est qu’un faire-valoir, et d’opposer à leur cynisme la sincérité de qui entre en politique comme en chevalerie. Michael veut « garder le front haut », refusant d’abaisser sa vision à leur étroitesse de vue, à une platitude et une médiocrité dignes d’un Sancho, et de se plier aux « usages » médiatiques, au ton branché de la plaisanterie mondaine qui voudrait faire passer la raillerie et les insinuations perfides pour de l’humour.

Aussi, de même que le combat de Don Quichotte est vain et promis à l’échec, que le héros lui-même est terrassé par ses visions dans l’épisode de la caverne de Montesinos, de même Michael, se refusant à céder aux pressions et à jouer le jeu bidonné des fausses questions, préférera, quitte à passer pour un parangon de vertu drapé dans sa dignité outragée, perdre la bataille plutôt que de voir son honneur bafoué. Non sans tirer une dernière salve, à la manière de notre chevalier errant qui apostrophait ducs et duchesses : « Qu’on m’appelle nigaud, je m’en réfère à vos Grandeurs ! »

Comme encore Don Quichotte, il projette sur Helen, sa Dulcinée, laquelle est dite par Cervantès « une solide garce », une image idéale « telle que la veut son désir ». Les fêlures qu’il perçoit en elle ne suffisent pas à le détromper, jusqu’au jour où la réalité s’imposera et le tuera. Le désir d’absolu ne peut s’étancher que dans la mort

Al Capone et Al…ceste en campagne

Mercredi 1 février 2012

Al Capone et Al…ceste en campagne dans Interventions de l'auteur pugilat2-8ca4b   p.450

Est dit capon, le lâche, le froussard qui fuit la bagarre. Par opposition, le ceste, gantelet dont se  servaient les athlètes antiques pour le pugilat, résonne dans le nom du Misanthrope, prêté par comparaison à Michael, comme le symbole de celui qui se coltine avec le système, prêt à rompre des lances quitte à se faire traiter de Don Quichotte partant en guerre contre des moulins à vent ! Paradoxalement Al Capone fanfaronnait et faisait trembler l’Amérique à la tête de sa mafia − comme aujourd’hui certains intouchables au sein des mafias journalistique, politique, financière ou lobbyiste − tandis qu’Alceste, l’Incorruptible, était mis sur la touche et renvoyé à sa traversée du désert.

En ces temps de campagne électorale, on peut regretter, et pour le principe et pour le spectacle, de ne pas voir se manifester de tels Alceste mordicants, qui ont de « ces haines vigoureuses que doit donner le vice aux âmes vertueuses », prêts « pour la beauté du fait » à claquer la porte plutôt que d’accepter les souples accommodements de conscience, les bénéfiques concessions et les habiles conciliations ou réconciliations, qualifiées de réal-politique !

Sur le devant de la scène pullulent les matamores et faux pourfendeurs de privilèges et d’argent roi, ces orateurs « aux roulements d’yeux et au ton radouci » qui cultivent « l’art de plaire », et tous ces « francs scélérats » et « intrigants » qui, de piston en relations, « se sont poussés dans le monde ». « Infâmes », corrompus, scandaleux libertins, « tout le monde en convient, et nul n’y contredit ». « Leurs grimaces sont, partout, bienvenues ». Sur les plateaux, « on les accueille, on leur rit », leurs bons mots sont applaudis, comme les coquetteries de Célimène l’étaient de ses courtisans, par les flagorneurs stipendiés des médias, intéressés par leurs prébendes et leur vedettariat, et tous donnant dans la pensée unique, habituels lèche-…bottes pour ne pas être plus cru !

Où sont les roboratives satires de Juvénal au spectacle « de si criants abus » ? ses indignations devant une société où « le vice n’a jamais fleuri avec une telle arrogance » ? Ah ! si Molière nous redonnait son Ballet des Incompatibles ! S’il revenait dénoncer la mise en scène des meetings, la fausse sincérité des candidats, le cœur sur la main, les complaisances aux modes et aux mœurs dénaturées, la flatterie démagogique, le mensonge éhonté, l’hypocrisie des promesses illusoires, et la surenchère de ceux qui rendent « offre pour offre et serments pour serments » ! Mais j’entends déjà la huée consensuelle : Fâcheux, esprit chagrin, dénué de toute distance humoristique ! Outrances verbales, intransigeance, intolérance ! Anachronisme, refus des normes et des « bienséances » de la société ! Pour finir par le grief suprême : « Raideurs des vieux âges » − horresco referens − la morale est de retour !