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Archive pour janvier 2012

Alceste : le Misanthrope de Molière

Dimanche 15 janvier 2012

Alceste : le Misanthrope de Molière dans Interventions de l'auteur Alceste  p.450

Il quitta le studio {…], Alceste dans toute sa superbe.

Qui connaît la comédie de Molière, inspirée du Dyscolos de Ménandre, dénonçant par la voix d’Alceste l’hypocrisie, le paraître, la suffisance, la couardise et la compromission, sait qu’un tel combat est perdu d’avance et que le redresseur de tort sera acculé à la fuite. D’autant que Michael, comme Alceste, est dans une position de porte-à-faux : s’indignant et s’emportant à juste titre contre de déloyales insinuations, il n’est pas pour autant pur de tout soupçon, en particulier en ce qui concerne sa vie privée.

Pour reprendre le langage de Molière, disons que vouloir « purger » la société « des vices du temps » et refuser de se plier aux « usages » du politiquement correct relève de la plus grande naïveté ; prétendre « rompre en visière » au monde médiatique en affirmant la transparence, alors que subsistent des zones d’ombre, est suicidaire.

Le parallèle théâtral pourrait se poursuivre. Le studio de télévision faisant office de salon où les journalistes jouent le rôle des petits marquis, prétentieux, susceptibles et donneurs de leçons ; Michael étant leur cible et finissant, à bout de nerfs, par laisser éclater son indignation vertueuse. A la manière d’Alceste, il pourrait s’écrier :

     « Quoi ! rien de plus vil peut-il être inventé ?

      Pourquoi faut-il être de la sorte traité ?

      J’aurais droit de me plaindre, et c’est moi qu’on querelle !

      Défendre son honneur, répondre aux calomnies,

      Est-ce être atrabilaire, être réactionnaire ?  

      Vous criez à l’esclandre et oubliez l’affront ! »

Se produit alors le coup de théâtre auquel on est en droit de s’attendre, à l’instar d’Alceste se retirant « au désert » :

     « Vous vouliez un scoop. Vous l’aurez. Je vous quitte. » 

L’invité du plateau, soignant sa sortie,  prend la pose et laisse tomber de toute sa hauteur :

      « Je m’en vais. Je vous laisse à votre petitesse,

      A ce que vous êtes : de vils paparazzi ! 

     Je vous salue, Messieurs, ô ministres intègres ! »

Et, sans un regard pour quiconque, il claque la porte, Alceste dans toute sa superbe.

Polar : roman d’enquête et roman noir

Dimanche 1 janvier 2012

Aimer… et mourir : un roman qu’on hésite à appeler polar.

Le polar est un néologisme forgé dans les années soixante-dix, par les auteurs français de romans et de films policiers qui souhaitaient gommer les références au mot même de « roman », comme à celles de corps policier. C’est pourquoi Aimer… et mourir, dont l’intrigue repose sur des passions qui mènent au crime et dont l’enquête est menée par un Lieutenant de police, porte la mention de « roman policier ».

 Le genre policier comporte six invariants : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l’enquête. Mais c’est un genre multiforme où se côtoient roman noir, thriller, roman de mystère, d’enquête, à suspense, d’espionnage, certains se transformant en chroniques de mœurs ou études sociales, tentés de dire le monde tel qu’il est et tel qu’il devient. Ils ont cependant en commun d’être « un récit consacré avant tout à la découverte méthodique et graduelle, par des moyens rationnels, des circonstances exactes d’un événement mystérieux », d’exposer « un crime mystérieux, graduellement éclairci par les raisonnements et les recherches d’un policier  ». Avant d’être un univers, comme dans un roman historique ou de science-fiction, le polar est donc une quête.

 

Le roman noir a pour caractéristique de souligner le lien entre le crime et une société en crise. Il se doit donc de peindre un univers. La transgression a rapport avec l’expression d’un malaise, social le plus souvent, exprimé par la violence, ce qui entraîne une vision pessimiste, voire désespérée du monde. En tentant de cerner le Mal, et de le dénoncer, qu’il s’agisse du crime ou des pouvoirs visibles ou occultes qui manipulent la planète, ce type de roman s’efforce de raconter l’homme, avec ses doutes, ses peurs, ses obsessions, ses angoisses et ses frustrations.

L’enquêteur, qui joue le rôle de focalisateur, en est souvent un héros faisant figure de perdant, en marge de la société, engagé dans le drame, mis en danger et participant à changer le cours des choses. L’ambiance, le décor, la description du crime y sont peints sous des couleurs « noires », qui provoquent frisson d’angoisse et mouvements de révolte. Le lecteur est amené à concentrer toute son indignation sur une seule âme « noire » et, sans illusion sur la nature humaine, à poser sur le monde un regard désabusé, voire cynique. On comprend qu’une telle orientation glisse à la morale et à la métaphysique.

 

Le roman d’enquête, lui, repose essentiellement sur l’élucidation d’un crime, la résolution d’une énigme, et il est logique que le personnage de l’enquêteur y tienne, de ce fait, le rôle principal. Selon le choix de Conan Doyle, il est sans émotion et sans vie de famille, mais ses contemporains français l’ont engagé dans le jeu des passions, des idéologies et des morales de leur époque, le montrant souvent dans ses rapports avec la vérité et le système juridique, contraint parfois, par honnêteté ou efficacité, à agir à la limite de la légalité. Il ne fait partie de l’histoire qu’en tant qu’il résout l’énigme inaugurale, mais il n’y risque pas sa vie ; ce sont ses qualités de réflexion et ses aptitudes à raisonner qui font progresser l’intrigue. Ce type de roman se présente aujourd’hui, sous l’influence de la pensée scientifique, comme un policier de laboratoire, d’autopsie et de techniques d’investigation de pointe, où l’enquêteur a recours à la psychologie criminelle, à la police scientifique et à la médecine légale.

L’intérêt qui se concentre sur l’enquêteur met l’accent sur la participation intellectuelle du lecteur, qui en même temps que lui, observe le moindre indice, mémorise, déduit, échafaude des hypothèses, les reconsidère et sans cesse reconstitue le puzzle. Ce genre privilégie la rationalité plutôt que l’émotion, le suspense ou l’imaginaire. En parallèle, il est possible de fixer l’intérêt sur l’assassin, soit pour suivre l’intelligence du montage de son crime et son habileté à brouiller les pistes, intérêt également intellectuel, soit de se pencher sur ses mobiles et ses motivations, ce qui s’adresse au cœur. Il s’agit alors, hors du stéréotype des êtres tout bons tout méchants, de les comprendre, de faire preuve dans la réprobation d’indulgence ou de compassion. Cette approche appelle à l’introspection et s’apparente à celle d’un moraliste.

 

 Cependant, quel qu’en soit le genre, le roman policier se doit d’être une « machine à lire », dans l’engrenage de laquelle sera pris le lecteur, complice, pour son plus grand plaisir, des ruses et fausses pistes inhérentes au genre. Rien n’empêche son auteur, de surcroît, d’en soigner l’esthétique. A ce compte, qu’il soit noir ou non, le polar sera une « feintise ludique partagée ».