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Archive pour septembre 2011

Entrons dans la danse (13) : le symbolisme du show de Jennifer

Jeudi 15 septembre 2011

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« La danse, mieux qu’aucun autre des arts, peut nous livrer l’essentiel des mythes » écrit Béjart. Ce que nous avons vérifié en touchant au monde africain des esprits vaudou, au culte oriental d’Ishtar, au mythe grec de Pygmalion, à la cosmogonie scandinave, et que nous prolongerons ici en décryptant le symbolisme du numéro présenté par Jennifer, 

Le rideau s’ouvre, découvrant un décor lunaire fait de blocs épars baignant dans une faible clarté bleuâtre. Cette pauvre lumière qui éclaire un paysage chaotique, où bondit une ombre féline inquiétante, évoque le Royaume des Ombres, le monde inférieur, celui des forces ténébreuses de l’inconscient, celui de la chute dans la sensualité la plus basse, que traduit une danse toute animale. L’ascension vers le retour à l’état originel de perfection se fera par degrés : augmentation par paliers de la luminosité, dévoilement progressif du corps, gestes qui passent des mouvements violents ou mécaniques à la quasi immobilité hiératique. 

Les allusions aux rituels vaudou, au culte ésotérique célébrant la déesse lunaire, aux transes de possession, soulignées par les descriptions sensuelles des formes de la danseuse, suivies du dépouillement du masque et des accessoires postiches peuvent ainsi se lire comme un rejet de l’animalité et une aspiration au monde des esprits. 

Il y a là comme une recréation, que rappelle le mythe de la statue de Pygmalion, sculpture inerte, passant peu à peu de l’aspect minéral à l’aspect végétal, puis animal, pour finir sur le gros plan d’un visage radieux sur lequel le regard de Burg, prisonnier de cette magie, finit par oublier l’anatomie charnelle de la femme encore à demi voilée, pour contempler en elle une habitante d’un monde enchanté, mi-déesse, mi- extraterrestre.   

La métamorphose − ce mot prend ici toute sa vérité − en naïade, ondine ou petite sirène suit elle aussi la ligne verticale ascensionnelle qui mène au salut : née avec ses sœurs au plus profond des mers, elle vivra un moment sur terre en compagnie des hommes, avant de s’envoler dans les airs avec ses compagnes. Il en va de même avec l’allusion au ballet de Coppélia où la femme-objet devient d’abord une réalité charnelle désirable, un rêve fait chair, pour se transformer ensuite en Vénus de Botticelli, s’exposant dans sa presque totale nudité comme la figuration d’une pure idéalité. 

Le spectacle trouve son achèvement, lorsque la danseuse, entièrement dévoilée, échappe au monde terrestre, pour se muer soit en statue de marbre, fixée dans sa beauté formelle intemporelle, soit en tison incandescent explosant en gerbe de feu, véritable apothéose ou admission dans le monde des dieux. 

Vision platonicienne de l’âme se libérant de sa prison de chair, sublimation du désir, vous en retrouverez l’écho dans la Page : Danse et désir. 

Entrons dans la danse (12) : le Walhalla et Wagner

Jeudi 1 septembre 2011

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Au petit matin elle aurait sa dose de calmant et elle irait danser au Walhalla. 

Une double réminiscence culturelle se cache sous cette phrase : le Ciel de la mythologie germanique et la tétralogie de Richard Wagner 

Selon la mythologie germanique, trône au centre de l’univers le frêne universel, le plus majestueux des arbres dont la ramure s’étend par-dessus les neuf mondes qu’il structure. Ses trois racines plongent, l’une dans le pays des Brumes, l’autre dans celui des Géants et la dernière dans le domaine des Ases où les Dieux chaque jour se réunissent pour tenir conseil et se divertir. 

Le Walhalla, « halle des guerriers morts au combat », se situe au cœur du domaine des Dieux, symbole magnifique de leur monde. Cette gigantesque halle appartient à Wotan, qui envoie les Walkyries, des vierges guerrières, sur terre pour en ramener les plus valeureux guerriers morts au combat afin qu’ils s’y entraînent et y festoient dans l’attente du Crépuscule des Dieux. 

Dans l’œuvre de Wagner, elle apparaît dans L’or du Rhin pour symboliser la soif de pouvoir de Wotan, et disparaît dans les flammes du bûcher de Siegfried qui clôt Le Crépuscule des Dieux

Dans notre roman, Jennifer, qui danse dans la boîte appartenant au mafioso Mr. Edouard, a été témoin du meurtre de William par ce dernier et peut donc l’identifier. Le criminel compte lui faire administrer au petit matin un « calmant » qui l’enverrait au Paradis, auquel fait référence le Walhalla, où elle pourra danser pour divertir dieux et héros !