Archive pour août 2011

(11) Un § du roman « à la manière de Botticelli »

Vendredi 12 août 2011

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Comment un écrivain peut-il décrire un numéro de cabaret qui imite le tableau de la Naissance de Vénus  « à la manière de Botticelli » ? En cherchant ce qu’on dit de son style. A cet effet je vous propose une étude comparative entre la source : le Robert des noms propres et le passage du roman : vous verrez l’auteur au travail ! 

Dictionnaire : Un art, qui accuse l’exaspération de la courbe et se nourrit moins de réalité sensible que d’idée. Maître incontesté de la ligne, il l’utilise […] comme l’ultime frontière entre le visible et l’intelligible. Une ligne qui unit et sépare : lumière, matière, mouvement.

Roman : Tantôt les rayons lumineux ne faisaient que l’effleurer, exaspérant les courbes, et le corps de la danseuse semblait une allégorie vivante de la femme faite rêve. 

Dictionnaire : Ses enlacements fluides enchaînent rythmiquement les uns aux autres les centres multiples de ses compositions.

Roman : Tantôt au contraire ils creusaient des zones d’ombre, accusant les modelés, et ils engendraient une réalité presque palpable, un rêve d’alcôve à portée de la main… Comme chez le peintre italien, cette succession rythmique (des mouvements de danse), soutenue ici par la musique, suggérait un enlacement fluide d’une extrême sensualité. 

Quant à la splendeur de sa nudité divine comme figuration d’une pure idéalité, on en retrouve plus loin la trace en cette « habitante d’un monde enchanté, mi-déesse, mi-extraterrestre », ce qui n’empêche pas l’érotisme et la sensualité du numéro de danse qui joue sur l’ambiguïté entre le caché et le dévoilé. 

Entrons dans la danse (10) : Vénus de Botticelli

Lundi 1 août 2011

botticelli.jpg    p.296

On eût dit Vénus sortant nue de la mer à la manière de Botticelli 
La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli, tableau peint vers 1485 et conservé aux Offices de Florence, représente Vénus sortant nue des eaux de la mer, debout dans la conque d’un coquillage géant, poussée par les vents vers l’île de Cythère. Elle est dite anadyomène : née de l’écume de la mer, ce qui est suggéré par quelques ondelettes stylisées et régulièrement espacées surmontées d’écume. 

Très chastement, elle se couvre d’une main la poitrine, dissimulant en partie le reste de sa nudité derrière une mèche de sa longue chevelure flottant au vent. La grâce légère du corps longiligne, l’estompe de la pointe des seins et du nombril, l’aspect rêveur donné au regard, le cadre baignant dans la transparence de l’aube, tout concourt à supprimer toute équivoque de l’esprit du spectateur et à faire de cette naissance de Vénus le symbole de la transmission de la beauté de l’ordre divin au monde des mortels. 

Cependant si la femme apparaît ici dans toute sa splendeur, s’exposant dans sa nudité divine comme la figuration d’une pure idéalité, elle n’en est pas moins sensuelle, et l’érotisme, quoique tout juste suggéré, joue sur une pointe d’ambiguïté associant le caché et le dévoilé. 

Cette tempera sur toile charme autant par son sujet er la grâce de ses détails, que par une composition réglée par de savantes constructions géométriques. Les motifs noirs des contours de la toile détachent Vénus de l’ensemble de la composition et la mettent en valeur au milieu des flots, des fleurs et des vents. Son corps, qui a le modelé d’une statue antique, et la couleur de sa peau, qui évoque étrangement la consistance du marbre, nous rappellent combien l’apprentissage, par lequel est passé Botticelli, de l’orfèvrerie, de la gravure et de la ciselure, a influencé la ligne de son dessin. 

Avis aux amateurs : dans son film Les Aventures du baron de Münchhausen, Terry Gilliam a reconstitué la scène avec Uma Thurman, où elle campe une déesse Vénus juvénile, pulpeuse… et libérée !