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Archive pour juillet 2011

Entrons dans la danse (9) : …et boîtes à musique 2/2

Vendredi 15 juillet 2011

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 Comme ces porcelaines de Saxe sur leur plateau tournant.

C’est le cas dans notre roman où Jennifer, d’abord immobile au milieu de robots contemporains, se met à esquisser des mouvements mécaniques, « qui la font ressembler à ces poupées en porcelaine de Saxe mues par un ressort sur leur plateau tournant. » A l’évocation des automates s’ajoute celle des boîtes à musique, aux mécanismes eux aussi de plus en plus perfectionnés, sur lesquelles évolue des personnages en biscuit ou en porcelaine, danseuse cambrée en arabesque ou renouant son chausson dans une pose à la Degas ou encore couple de marquis et marquise en perruque qu’on imagine tourbillonner dans un salon viennois. 

Le spectateur du Darling, d’abord surpris et intrigué par cette immobilité, puis par ces gestes saccadés d’automate venant d’une femme en chair et en os, est attiré hors de la réalité et plongé dans un monde ambigu où la forme humaine se fond dans celle d’un objet mécanique animé. Mais alors, ce qu’il regarde comme un objet se met à si bien simuler les mouvements humains que la confusion s’installe, le laissant comme fasciné.  

En lui naît une émotion étrange, que l’imagination, perturbée, fait croître. Les deux mondes s’interpénètrent, basculent, et peu à peu la magie « prend corps » : la femme-objet, d’abord inanimée, de mécanique se fait danseuse, habitant d’un autre monde, pendant que, parallèlement, le spectateur, ravi à lui-même, se fige et devient jouet, entraîné dans un monde onirique où « le rêve se fait chair ».

Mais, à chaque seconde, l’arrêt de la musique peut en dissiper l’illusion et, sous le regard impuissant à la retenir, ramener la beauté vivante à l’inertie initiale. A tout instant, le charme de l’envoûtement, qui rend la possession de cet être de rêve presque tangible, risque de se rompre, exacerbant le désir et rendant poignante sa fuite inexorable. 

Entrons dans la danse (8) : automates… 1/2

Vendredi 1 juillet 2011

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Elle esquissa des mouvements mécaniques comme ces poupées mues par un ressort

Les automates, grâce à des procédés qui évoluent avec les techniques au cours des âges, incarnent des personnages qui exécutent une suite déterminée d’opérations. Si l’on prête à Dédale la création de statues qui bougeaient les yeux et marchaient, on attribue plus vraisemblablement les premiers automates, actionnés par des moyens mécaniques et hydrauliques − bien avant Léonard de Vinci ! − à des Grecs comme Ctésibios au IIIe siècle av. J.-C., Philon de Byzance au siècle suivant et Héron d’Alexandrie, au 1er siècle après J.-C. On sait que ceux de Héron étaient mus par la vapeur, par la force de l’eau, par le poids du sable, ou par l’écoulement de graines de moutarde. Les automates modernes, encore visibles, sont nés au XVIIIe siècle de l’évolution de l’horlogerie. Leur particularité était la possibilité de modifier les cylindres qui les commandaient, et de les rendre ainsi, d’une certaine façon, programmables, tels de lointains ancêtres des robots à qui, de nos jours, électricité, électronique et informatique donnent vie. 

Très souvent ils sont regardés avec une curiosité amusée comme d’ingénieux jouets, qui intriguent par l’imitation fidèle qu’ils font des comportements d’êtres vivants, hommes ou animaux. Mais on peut aussi les considérer comme des objets d’art, dès lors que leurs mouvements provoquent une émotion, souvent liée à l’esthétique ou à l’histoire romanesque évoquée, le mouvement devenant alors secondaire pour laisser la place à l’imaginaire. 

S’ajoute en effet à la simulation de la réalité, exécutée à s’y méprendre, la magie d’un mouvement irréversible qui n’aura de fin, à la différence d’une marionnette, que lorsque l’énergie qui meut la mécanique sera épuisée. De nombreux écrivains accordent à l’automate une puissance onirique fascinante justement parce que le mouvement est incontrôlable : une fois le mécanisme enclenché, seul son arrêt, imprévisible, met fin à l’apaisante, irritante ou angoissante fascination.