Archive pour avril 2011

Entrons dans la danse (3) : le culte d’Ishtar

Vendredi 15 avril 2011

 ishtar2.jpg  p.248  danseuse11.jpg 

On eût dit une prêtresse du culte ésotérique à la déesse Ishtar 

Ishtar, déesse de l’amour physique chez les Assyriens et les Babyloniens − Inanna chez les Sumériens, Astarté en Egypte, Aphrodite en Grèce et Vénus chez les Romains − se présente comme une femme fatale, séductrice et charnelle, au caractère félin, comme le suggère la lionne ou la panthère qui l’accompagne : telle Jennifer, à la beauté animale, d’abord revêtue d’un masque de panthère et munie d’une queue postiche. 

La déesse donnait l’extase à ses dévots, possédait sa grande-prêtresse et agissait à travers son corps en transe, laquelle était dite muhhutu, mot qui signifie « extatique » et dérive de  mahu, « devenir frénétique » : ce à quoi fait allusion la comparaison précédente au culte vaudou. Les mouvements sacrés, ou mudras, comme ceux de la danse du ventre, faisaient partie des rituels magiques, pour provoquer l’excitation sexuelle ainsi que pour se connecter aux énergies divines, en se voulant harmonisés avec les cycles lunaires et les rythmes célestes.  

Au Darling, la lumière de scène, imitant la pleine lune, renvoie au titre d’Ishtar, Fille de la Lune. La caisse claire qui rythme le Boléro de Ravel n’est pas sans rappeler que, dans la danse des sept voiles, de gros tambours sont utilisés lorsqu’un voile est retiré du centre sexuel au chakra de la base, lequel représente au niveau instinctuel animal nos énergies les plus physiques et primitives.

Ainsi faisait, dans le mythe babylonien, la déesse Ishtar descendant dans le monde d’en bas afin de ramener son défunt époux à la vie : elle passait sous sept portes et à chacune retirait un voile métaphorique jusqu’à se retrouver entièrement nue. De même Jennifer, à ce stade de son show, est montrée, ses mains en forme de coupes, offrant ses seins dénudés à la déesse lunaire, en attendant de se mettre totalement nue à la fin de sa danse. 

Entrons dans la danse (2) : vaudou

Samedi 2 avril 2011

abf12f98f8bf2066.jpg    p.248    danseuse4.jpg

La lumière […] projeta la danseuse dans une cérémonie vaudou 

Le Boléro de Ravel fait alterner deux thèmes ; chaque entrée de ces thèmes, confiés à divers instruments, est séparée par une ritournelle, qui sert d’introduction et de finale.  

Au Darling, lors d’une telle reprise,  l’éclairage monte d’un cran pour suivre le crescendo musical. Il passe de la faible clarté bleuâtre du début à l’éclat de la pleine lune. Jennifer, s’est débarrassée de son costume de panthère, apparaissant poitrine dénudée et chevelure dénouée. La musique envoûtante la projette en une danse d’envoûtée où ses mouvements tournants miment maintenant les transes de la possession, comme dans le culte vaudou. 

Le mot « vaudou » vient du mot originaire d’Afrique de l’Ouest « Vodun » qui veut dire « esprit ». Il désigne l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes, par des rites d’incorporation, essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance, et d’ouvrir les portes qui séparent les mondes céleste et terrestre. Les rituels sont marqués par des chants et des danses effrénées où les tambours, comme dans le Boléro de Ravel, occupent le premier plan musical. C’est à eux − manman, pitit, timebal, ti-konngo − instruments sacrés qui ont une âme, que l’on attribue la faculté de faire basculer le fidèle dans la transe, en le conduisant par son martèlement crescendo au paroxysme de l’excitation, moment où un esprit, un loa, le chevauche. 

On se souviendra à propos de Jennifer, en lisant que les spots intermittents transforment en serpents vivants les cascades de ses boucles fauves, que la Mère des eaux, Mami Wata est souvent représentée en peinture sous les traits d’une belle jeune femme brandissant des serpents et que Dangbè, l’Etre suprême, l’est sous la forme d’un python aux étranges contorsions. 

L’on peut aussi imaginer que le cabaret symbolise le houmfor, temple clos, où se réunissent les initiés, et que les projecteurs, qui hachent l’obscurité, sont les mille yeux des morts et des loas qui nous regardent sans cesse et se dérobent aussitôt. Semblable à la féerie de la scène, où se matérialisent, le temps d’un numéro, les fantasmes de possession des spectateurs, l’apparence du monde miroite, la profondeur divine de celui-ci se laisse deviner, se démultipliant sans cesse, et, comme la danseuse, séduit, échappe, revient et repart, espoir diffus et insaisissable.