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Archive pour janvier 2011

Eros et Thanatos : l’amour à mort

Jeudi 27 janvier 2011

 erosetthanatos2.jpg   p.361 

L’association des termes Eros et Thanatos relève aussi de la symbolique générale de l’union des contraires. Elle exprime que ces deux pulsions fondamentales sont indissociables, qu’elles ne peuvent être pensées séparément, qu’elles œuvrent toujours ensemble en une sorte d’amalgame. Dans l’amour vrai, on meurt à soi-même et on s’anéantit dans l’échange des corps, de même qu’il n’y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux (ce ?) qu’on aime ; dans l’amour perverti, on asservit l’autre à soi, on le détruit, on le tue ; dans l’amour jaloux ou qui doute de l’autre, le cœur connaît jusqu’aux affres des Enfers et pousse au suicide ou au crime. 

Elle dit aussi la volonté d’être ensemble, malgré la mort, et dans la mort lorsqu’elle devient le seul espoir de réunion. Les histoires d’amour tragique, comme Roméo et Juliette, Tristan et Iseult ou Noces de sang, illustrent ce thème mythique et si romantique. Aimer à jamais jusque mort s’en suive, plutôt mourir que d’être séparé de toi, se mourir d’amour, aimer à en mourir, mourir de ne pas aimer, et même mourir de ne pas mourir pour rejoindre l’Aimé : autant d’expressions qui disent la force du lien qui unit Eros et Thanatos.

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Aimer… et mourir n’a pas la prétention de s’inscrire dans une telle lignée. Toutefois le titre du roman et celui de la partie J+7 s’inspirent explicitement de ce mythe. Un article de presse en reprend du reste l’intitulé, pour dire que l’auteur « débusque, dans les pulsions sexuelles et mortifères qu’entraîne en chaque personnage le double jeu d’Eros et Thanatos, les raisons, conscientes ou non, de la fatalité de nos actes ».  Un de ces personnages écrit : « J’ai tué pour l’amour de toi, je pourrais aussi bien mourir » ; un autre lui fait écho : « Hélas, tu ne peux plus être pour moi une raison de vivre, mais tu es encore ma seule raison de mourir » ; un autre encore, dans l’exaltation amoureuse, s’écrie : « Ah ! si ce n’était pas être privé de toi, je voudrais mourir maintenant dans tes bras ! » Ainsi l’on voit tuer par amour, donner sa vie par amour ; se suicider par amour ; et aimer à en mourir. 

Eros et Thanatos : La vie est la vérité de la mort

Dimanche 16 janvier 2011

erosetthanatos1.jpg    p. 125 

Le thème de l’amour lié inéluctablement à la mort remonte à l’origine de la chute d’Adam qui, par amour pour Eve, partage avec elle le fruit de mort. L’Antiquité grecque l’a traduit par la représentation des dieux Eros, l’amour, et Thanatos, la mort, tous deux originellement frères, fils de la Nuit et d’Erèbe, les Ténèbres et le Vide. Dans sa mythologie, le rapt de Perséphone – Proserpine chez les Romains – par Hadès, dieu des Enfers, est une claire préfiguration de cette collision entre Eros et Thanatos. Bien des lectures en ont été faites. 

Selon que l’on regarde Hadès, sortant des abysses pour enlever Perséphone, alors que la jeune déesse cueille des fleurs en compagnie de nymphes insouciantes, on y voit la manifestation de l’irrésistible appétit de vie et de beauté chez ceux qui n’en jouissent plus. Mais si l’on inverse le regard, on verra que, derrière la beauté, objet de contemplation et de désir, la jeune fille, qui représente par excellence les promesses de la vie, est vue comme un être fragile, vulnérable aux outrages du temps et du vieillissement, en un mot, qu’elle est soumise à l’œuvre de la mort.                                              

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William est cet homme vieillissant, et qui plus est voit la mort approcher dans l’ombre de la mafia. « Demain il serait foutu. Ou mort. Une peur animale s’empara de lui pour se transformer subitement en un furieux désir de prendre Helen dans ses bras : un désir viscéral. […] Dans la fureur d’aimer, il affirmerait sa volonté de vivre en défiant le spectre de la mort. » La mort fait aimer la vie, précisément parce qu’elle y met fin. 

Helen est cette femme de la trentaine qui voit venir le temps où bientôt se fanera sa beauté. Déjà William pense : ce n’est plus Ingres, mais Renoir… Elle-même − p.270 − « entrevoit la courte durée des années de plénitude, de femme mûre, qui rendraient son corps irritant, puis répulsif à son mari ; son cœur aussi se riderait. […] Telles étaient les trop réelles perspectives de l’inexorable fuite du temps. » Comme l’écrit Freud dans son article sur « la fugitivité » : « Ce qui est frappé par l’éphémère prend une unicité rare dans le passage du temps. »