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Archive pour décembre 2010

Noces de sang (2)

Vendredi 31 décembre 2010

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Dans notre roman, Mr. Edouard sort lui aussi son couteau et emperle de sang la gorge de Jennifer. Homme de l’ombre en tant que chef mafieux, homme de la nuit comme patron de cabaret, il symbolise les forces ténébreuses qui à tout instant peuvent abattre leurs filets sur leurs proies. Ses menaces pèsent sur William, et le sang a déjà coulé. Chaque personnage, à son insu, est happé dans l’engrenage du destin et tout espoir de fuite est illusoire. 

Par cette allusion aux Noces de sang, Mr. Edouard menace de sa vengeance implacable Jennifer, éprise dans sa jeunesse de John Bright, qui vient de finir égorgé et qu’elle pourrait rejoindre dans le même bain de sang ; et amoureuse aujourd’hui du politicien avec qui elle projette de refaire sa vie : qu’elle profite de cette nuit pour donner libre cours à sa passion et sceller leur union, mais si, à l’aube, elle ne lui ouvre pas la porte de l’appartement, ou s’ils tentent de s’enfuir, comme Burg l’a déjà tenté, lui et ses sbires de la mafia les traqueront partout, et ces noces se finiront dans le sang ! De fait, comme dans le drame de Lorca, au terme de cette nuit d’étreintes, la mort frappera. Et pas seulement une seule fois. 

Noces de sang (1)

Lundi 27 décembre 2010

 lorca.jpg   p. 349 

« Sinon… − il fit glisser la lame autour de sa gorge − tu iras rejoindre John Bright… pour des noces de sang ! Compris ? » 

Noces de sang (Bodas de Sangre) est l’une des pièces de théâtre centrales de l’œuvre de Federico Garcia Lorca. Elle retrace l’histoire tragique d’une passion impossible mais irrépressible, sous le souffle brûlant d’un funeste destin. 

Le jeune Novio et la belle et riche Novia vont se marier. Mais la fiancée, quoique fermement décidée à être fidèle à l’époux, ne peut étouffer son amour pour Leonardo, son ancien fiancé qui n’a pu l’épouser faute d’argent et qui est désormais marié à sa cousine. Ces sombres souvenirs sont voilés par les rires et les danses de la fête, mais, au soir du mariage, l’inévitable arrive : « L’heure du sang est revenue ! » 

 Poussés par une force plus puissante que leur vouloir, Leonardo et la mariée s’enfuient. Honte, haine, nécessité de vengeance entraînent le marié d’un jour et ses convives dans une traque à l’homme, à travers les bois obscurs et enchantés. Dans les ténèbres de la nuit, où la lune veille, apparaissant et disparaissant, de connivence avec l’implacable mort qui se joue des hommes, le Destin funeste, qui planait dès le début sous la forme d’un couteau, finit par s’accomplir : les deux rivaux s’entretuent, ensanglantant la robe de la malheureuse mariée qu’attend le châtiment. 

Noces de sang, c’est aussi le film italien de Goffredo Alessandrini (1941) ou celui, plus récent de Carlos Saura (1980) en collaboration avec le danseur et chorégraphe Antonio Gades ; et encore les opéras de Wolfgang Fortner (1957) et de Charles Chaynes (1986). Toutes ces œuvres recréent le tragique, envoûtant et fantastique, de l’univers de Lorca. 

Dans les griffes du Léviathan : la mafia

Vendredi 17 décembre 2010

leviathan2.jpg    p.314

Dans le roman, William, politicien en vue, s’est laissé entraîner peu à peu à prendre de la drogue, « bien gentiment au début ». Pourquoi ? « Snobisme, ennui, goût du défendu, illusion d’être plus performant avec les femmes » (p.314). Les doses ont augmenté, « sans qu’il y ait pris garde », puis l’accoutumance l’a contraint à passer trois ans plus tard de la cocaïne à l’héroïne (p.121). Pendant ce temps la mafia, en la personne de Mr. Edouard, qui l’approvisionne et injecte l’argent sale dans la caisse noire de l’homme politique, le tient en son pouvoir. 

Jusqu’à sa rencontre avec Jennifer, il n’a jamais trouvé la force, « la raison suffisamment impérieuse », pour arrêter, malgré le désir qu’il en ait. Pourtant il en voit les ravages et constate les lamentables effets de « la spirale infernale » du manque : « filles prostrées, grelottantes, hagardes, avec dans le regard l’angoisse indicible de l’incertitude du lendemain ; de belles gamines devenues des épaves, tenaillées par une peur panique, animale, prêtes à ramper pour une dose. » (p.142) Quand ce n’était pas un de ses amis, contraint par ses dettes, à se suicider. 

Il jure de ne plus y toucher, se sépare de ses réserves, clôt le compte en banque, décide de refaire sa vie.  Il tente bien d’échapper à l’emprise conjointe de la drogue et du système. Mais la mafia ne lâche pas facilement ses proies et les griffes du Léviathan le rattrapent. 

Le monstre, au bout du compte, en l’espace de quelques semaines, aura dévoré directement quatre personnes : le dealer, le chef de la mafia en personne, son sbire, et l’ami de Burg,  et, indirectement, William lui-même et son épouse… 

Dans les griffes du Léviathan: la drogue

Dimanche 5 décembre 2010

leviathan1.jpg   p.314

En entendant William lui avouer prendre de la drogue, Jennifer gémit intérieurement : « Qui donc échappera à ce Léviathan moderne ? » C’est qu’elle en a connaît l’ignoble marché organisé par la mafia et vu la dégradation, physique et morale, chez le jeune et solide garçon qu’elle aimait. L’engrenage classique : petits trafics et vie de mensonges, prison au contact d’autres malfrats, puis à la sortie devenant dealer et consommateur, et enfin trouvé mort, la gorge tranchée, dans un terrain vague lors d’une livraison. (p.258) Quel est donc ce Léviathan à qui elle associe ce fléau ?

Dans la Bible, s’il n’est pas question d’une symbolique analogue à celle des Bestiaires du Moyen Age, les bêtes ennemies de l’homme occupent cependant, de la Genèse à l’Apocalypse, une place dans la pensée religieuse. Tous les animaux repoussants ou dangereux sont là : les bêtes sauvages, lions, loups et panthères, hyènes et chacals, rapaces et oiseaux des ruines, reptiles, du basilic au crocodile, insectes néfastes, comme les sauterelles et les criquets ; mais aussi les grands monstres marins, prototypes de la Bête par excellence, le Dragon, le Serpent fuyard et tortueux, Rahab ou Léviathan, celui-là, qui personnifie le Mer engloutissant ses victimes (Is 27,1 ; Jb 7,12 ; Is 51,9).

Le fléau de la drogue, comme l’empire de la Bête, s’étend sur le monde entier, mettant sous sa dépendance les riches comme les paumés, les intellectuels, artistes et vedettes du show-biz autant que les voyous de tout poil. Elle est, analogiquement, une des multiples idoles du jour devant laquelle se prosternent une multitude d’adeptes, alors même qu’elle les rend esclaves, qu’elle les dévore comme le faisait Moloch, et les torture, qu’ils la consomment ou qu’ils soient en manque d’elle.