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Archive pour juillet 2010

Le mentir-vrai

Mercredi 28 juillet 2010

aragon.jpg  (p.5) 

L’expression du « mentir-vrai » est tirée d’une nouvelle d’Aragon, écrite en 1964, un recueil de récits dans lesquels l’auteur revient sur ses années d’enfance par un subtil jeu narratif mélangeant fiction et réalité. Elle résume sa vision de l’écriture romanesque, conçue comme dévoilement du réel (le vrai) par la fabulation (le mentir). 

La narration consiste en effet, selon lui, dans la transformation de faits réels dans une composition fictionnelle qui, bien que produit d’un mensonge et donc « menteuse », transporte une vérité qui s’approche davantage de la réalité que la reproduction apparemment directe et immédiate de la réalité à l’état brut. 

On ne s’étonnera donc pas qu’Aragon, un homme multiforme et un écrivain qui n’hésite pas à s’avancer masqué, soit considéré souvent comme un faussaire ou un imposteur et que, par conséquence, il ait choisi cette alliance oxymorique entre mentir-vrai et réalisme, pour analyser les jeux et le je de l’écrivain. 

                                                         *

La place de cette expression dans l’habituel avertissement au lecteur, selon lequel toute ressemblance serait fortuite, se justifie d’une façon particulière pour un roman policier dont l’essentiel est de démêler l’enchevêtrement des fils qui mènent à la vérité ou au mensonge. C’est l’intérêt de l’intrigue. 

Mais la vérité sur la nature humaine en ressort également éclairée : les mensonges, les faux-fuyants, les non-dits, les omissions et tous autres actes manqués des personnages nous les dévoilent plus sûrement que ne le font les apparences qu’ils donnent. C’est l’intérêt psychologique et moral. 

Reste cependant l’intégration de l’histoire dans le réel brut : c’est tout le fruit de la documentation et l’intérêt « touristique » et sociologique de l’œuvre. 

                                                      *

L’art, qu’il soit littéraire ou autre, use donc de la vie comme matière brute qu’il doit recréer, modeler, mieux, inventer, à la manière du « mensonge désintéressé » d’Oscar Wilde. Ne serait-ce, parce qu’il arrive parfois, remarquait Corneille, que la réalité vraie paraisse incroyable au contraire d’une fiction vrai…semblable. 

Puzzle

Dimanche 25 juillet 2010

puzzle.jpg Chers amis 

Chaque été, de multiples sollicitations accaparent mon temps et me tiennent éloigné de la tenue à jour de ce blogue. Ce ne sont pourtant pas les commentaires qui manquent : une bonne cinquantaine ! Deux grands thèmes s’en dégagent, mais c’est à un puzzle bien difficile que je suis affronté, tant fourmillent les pièces à relier. 

Il s’agit d’abord du portrait des personnages sur lesquels l’attention a été attirée par les recherches « à la loupe » concernant leur habillement et leur habitation. Dis-moi comment tu t’habilles, décris-moi ta maison, parle-moi des amis que tu fréquentes… et je te dirai qui tu es. Bizarrement, me fait-on remarquer, si bien des commentaires ont analysé les caractères, dépeignant surtout le cœur de chacun, « là où se cachent les mobiles réels des choix », on ne trouve pas trace de leur portrait physique. Je reçois même des photos tirées de sites internet qui s’essaient à projeter en images l’idée que chacun se fait d’eux, je devrais dire… d’elles ! En attendant que j’apprenne à réaliser une galerie de portraits, je vais donc tâcher de rassembler les éclats de texte en un tout ordonné.

L’autre thème ouvre sur des perspectives extrêmement intéressantes et qui touchent de près à la culture de l’écrivain : je veux parler des réminiscences littéraires, musicales ou artistiques qui émaillent le récit. Une mine qui, j’en suis persuadé, requerra beaucoup de minutie dans vos recherches et bien des connaissances ; mais j’ai confiance que mes lecteurs sauront reconnaître ici ou là des citations ou des allusions à tel artiste ou à telle œuvre. Six rubriques se dessinent : littérature, Bible, peinture, musique, Antiquité et politique, qui se rempliront au fur et à mesure de vos apports. 

- N’oubliez pas − cf. Page : « Lire un roman policier » − le plaisir de la relecture. Et avis aux amateurs : j’ai encore une dizaine de volumes à leur disposition (l’édition est épuisée) pour en offrir à ceux pour qui les vacances sont inséparables du plaisir de lire. 

Bon été !