Archive pour mai 2010

Parlons chiffons (3)

Lundi 24 mai 2010

fpiraterouge.jpg      kimono.jpg Jennifer ou la fantaisie

Jennifer est une belle femme rousse aux yeux bleus, qui s’exhibe sur une scène de cabaret où elle danse ; mais pour elle, il s’agit d’un véritable spectacle artistique, souvent sur de la musique classique, et non d’abord un prétexte à déshabillage, même si la nudité est intégrée à la mise en scène. Proche de la trentaine, elle est restée fraîche et pudique. Ses tenues vestimentaires portent la marque d’une fantaisie sans excentricité, tant dans les coloris des tissus que dans l’originalité des accessoires. 

- En scène, p.248, lorsque, sur le boléro de Ravel scandée par du tam-tam africain, elle mime un félin en chasse, elle est en justaucorps argenté qui, telle une peau, la moule entièrement ; sa chevelure est cachée sous une cagoule et elle porte un masque imitant le mufle d’une panthère ainsi qu’une queue postiche. 

Lorsqu’elle danse sur la musique du ballet de Coppélia, p.295, la mise en scène suggère, à l’image des boîtes à musique, un tutu long comme en portent ces poupées en porcelaine de Saxe mues par un ressort sur un plateau tournant.   

- C’est dire combien elle apparaît méconnaissable quand, à l’issue du spectacle, elle vient à la table de William (p.255). Sa robe est discrète, les plis de l’étoffe ne laisse pas deviner le corps dénudé vu sur la scène. Le ton émeraude s’allie à merveille avec son teint de rousse. L’auteur ne dit rien de la forme de son manteau, qu’elle reprend au vestiaire en quittant le cabaret : rien de voyant assurément. De même quand, p.348, à sa sortie de scène, elle est mise à la question par Mr. Edouard : on dit qu’il lui arrache le haut de son corsage, ce qui laisse entendre qu’elle porte en complément ou une simple jupe ou un pantalon. 

- En revanche, pour aller se promener dans Londres avec William, p.272, elle choisit un habillement où éclate sa jeunesse et sa fantaisie : des jeans moulants, un corsage bariolé bouffant, un gros peigne en écaille pour fixer son chignon sur la nuque, des anneaux de couleurs vives aux oreilles et, en sautoir, un collier de coquillages vernis. Comme il est dit : elle avait tout l’air d’un corsaire ! Quelque chose de très english, tel qu’on en rencontre dans les rues de Londres et encore plus dans le quartier de Soho. 

- Chez elle, p.284, elle se met à l’aise. Pour dîner en compagnie de William, elle passe une tenue décontractée : un kimono en soie blanche, sous lequel les seins sont libres, et serré à la taille par une ceinture noire. P.310, Peterson la trouvera à 10 h du matin en déshabillé, lequel n’a sans doute rien d’affriolant, contrairement à celui de Lisbeth, puisqu’elle n’éprouve pas le besoin, devant l’inspecteur,  de se changer. 

- Enfin quand elle vient passer la nuit chez William, p.351, elle a pris avec elle un pyjama en satin bleu azur, qui s’accorde à la couleur de ses yeux, brodé de chinoiseries, s’arrêtant à mi-mollets ; un cordon torsadé et argenté est passé dans ses cheveux, rappelant la cordelette des nu-pieds : une simplicité dépouillée de tout artifice. 

P. 248, 255, 272, 284, 295, 310, 348, 351. 

Parlons chiffons (2)

Mercredi 19 mai 2010

robehelen.jpg    jupehelen.jpg  Helen ou l’art du naturel

Helen est une femme de la trentaine, brune aux yeux noisette, dont les charmes arrondis ne manquent pas de piquant. Il se dégage d’elle une sensualité à fleur de peau, sous laquelle « brûle un feu dévorant », comme il est suggéré par la citation en exergue du roman. La sachant très à l’aise dans son corps, on ne sera pas étonné de la voir dans des tenues décontractées ; la connaissant ardente et conquérante, on comprendra ses tenues affriolantes ; et, en tant que femme puis veuve d’un homme politique, on l’imaginera aisément parée de bijoux et dans des tailleurs plus stricts.   

Ainsi la découvrons-nous, (p.113), lors de sa virée sur les côtes de Douvres par un beau jour de juin, en tenue balnéaire : jupe ample en fine cotonnade à fleurs, style années 50, tee-shirt à ancre marine et, (p.115), espadrilles de corde. 

Pour se promener dans les vieilles rues de Cantorbéry, au bras de Michael, (p.240), elle porte encore une jupe et un corsage, qui s’avéreront faciles à déboutonner ou à retrousser pour pousser Michael à des caresses intimes. 

Alors qu’elle dispose d’une soirée de liberté pendant laquelle elle espère séduire tout à fait Michael, on la voit, (p.286), changer trois fois de lingerie et passer une robe d’été en coton indien, vaporisant sur elle un parfum légèrement musqué. 

Le jour du crime, elle est revêtue d’une robe rouge, (p.337), dont la couleur doit lui être habituelle comme souvent aux brunes. 

On sait par ailleurs que durant les premières années de son mariage, William l’a comblée de bijoux (p.123) et que pour la nuit (p.124), elle met un pyjama de satin émeraude, qui la moule de près. 

Convoquée au bureau de police après la mort de son mari, (p.378), elle s’y rend en tailleur,  vêtement plus strict pour la circonstance. Plus loin, (p.412), l’inspecteur reconnaît que le noir lui va à ravir. 

Lors de la grande scène de séduction où elle se glisse dans la peau de Cathy, elle choisit (p.470) tissu et coloris en conséquence : une fine robe d’été dans les tons parme, juste retenue au cou par une cordelette, largement décolletée dans le dos, et jette par-dessus ses épaules nues une écharpe vaporeuse en soie vieux rose. Sa lingerie, ce soir-là, sera dans le style coquin : après avoir rejeté le soutien-gorge rouge pigeonnant bordé de dentelle, comme trop provocant, et la parure toute blanche, jugée trop fade, elle opte pour un ensemble avec string brodé d’une fleur, dans les tons violets qui s’harmonisent avec le parme. 

Enfin, pour se rendre chez Mr. Edouard et paraître femme du monde, elle tire ses chevaux en queue de cheval retenue par une barrette en écaille, passe (p.541) une robe habillée comme on le fait en Angleterre pour le dîner et se chausse de chaussures à talons hauts. 

P. 113, 115, 123, 124, 241, 286, 337, 378, 412, 469, 479, 541. 

 

Parlons chiffons (1)

Mardi 11 mai 2010

 lgancebritish.jpg    fourreausatin.jpg Cathy ou l’élégance british 

Cathy, aux dires de l’inspecteur, est une vraie lady, soignée de sa personne quoique discrète. Sa position d’épouse d’un banquier lui permet l’accès à des produits de luxe, mais son élégance reste classique, ce qui convient à sa personnalité qui s’exprime par une force intériorisée plus que par la coquetterie. 

A sa première apparition (p.29), elle est gantée et chapeautée – on ne dit pas si elle porte une voilette mais on l’imagine aisément au vu de sa coiffure en macarons tressés – et elle a choisi un ensemble pastel (p.31) qui s’accorde avec justesse à sa blondeur et à sa carnation diaphane. Un léger parfum de violette complète ce portrait tout en demi-teintes délicates. 

Pour son rendez-vous sur les bords de la Tamise (p.42), elle a passé une robe légère aux tons mauves et posé, sur ses épaules sans doute dénudées, un mantelet (p.91) ; un fin mouchoir de batiste (p.71) dénote son raffinement. 

La nuit, il n’est pas étonnant de la voir (p.111) en chemise de nuit diaphane, que l’on évoque sans peine longue (?), soyeuse et brodée de quelque dentelle de qualité. 

Nous la retrouvons (p.158) avec un ensemble Chanel, qui met en valeur sa taille élancée par sa ligne près du corps et qui apporte à sa personnalité une touche citadine d’élégance française. 

Pour fêter, dans l’intimité, ses retrouvailles amoureuses avec Michael, (p.243) elle revêt un fourreau de satin Liberty, dont l’échancrure profonde est rehaussée des tons fondus d’un collier de turquoise. 

Comme le montre le contenu de sa penderie (p.285), elle affectionne les robes aériennes, les voilages et les écharpes vaporeuses. 

Dans son cottage à la campagne  (p.410), sa mise est plus simple mais les coloris restent dans ses teintes favorites : une cotonnade fleurie dans les tons myosotis.  

On remarquera la qualité des tissus – laine, satin, soie, batiste – ; la coupe très mode des lignes près du corps – tailleurs, fourreau – ; les coloris adoucis – pastel, turquoise et myosotis – et  les accessoires distingués – gants, bibi, collier. 

En conclusion, on peut donc dire qu’une telle garde-robe sied parfaitement à cette beauté blonde, à qui la trentaine donne une aura lumineuse, je dirais un charme même un tantinet suranné et délicieux. So british ! 

P. 29, 31, 42, 71, 91, 133, 158, 243, 285, 410. 

Biddingam (bis)

Jeudi 6 mai 2010

landscapemap.jpg Mid Kent Downs

Notre équipe, pour sa part, rejette l’est des North Downs comme trop loin et opte pour le Mid Kent Downs, la partie centrale. Et ce pour plusieurs raisons.

1- Le cottage, ne l’oublions pas, est à « une toute petite demi-heure de Gravesend » (p.153 et 185) et à un quart d’heure en voiture de la Tamise (p.156).

2- En outre – nous citons entre guillemets les caractéristiques du paysage indiqués sur le site du Kent – l’habitat y est constitué de « minuscules villages éparpillés », donc de hameaux, distribués par « un réseau de simples chemins ou sentiers » : ce qui correspond tout à fait à l’isolement du cottage : route unique, ne desservant que quelques propriétés, chemin de contournement, silence, errance de Lisbeth jusqu’à un pub.  

3- On y trouve de « nombreuses zones de taillis », de « vastes étendues de conifères » et des « haies plantées d’arbres » : autrement dit un paysage de bocage – taillis, futaie, bosquets, sous-bois, fourrés – tel qu’est décrit l’environnement de Whitehorse.  

4- Ainsi que de « grands champs de culture et de pâture », des « mares où s’abreuve le bétail » : ce que corroborent les troupeaux d’ovins et les bêtes rentrant à l’étable après s’être gavées d’herbe tendre ; on lit même le souvenir de chevaux dans le nom de Whitehorse.  

5- Et enfin des « vergers »… absents du roman bien que le cottage ait un « potager ». A contrario, comme on ne parle ni de rivière ni de vallée sèche, mais seulement p.409 de ‘vallonnements verdoyants’, nous en déduisons que nous sommes plutôt sur le plateau. 

C.Q.F.D.  …Et tant pis pour l’itinéraire pris par Smith !