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Archive pour septembre 2009

L’imagination captieuse (2)

Mardi 1 septembre 2009

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Certes, pour Baudelaire, l’imagination est « la reine des facultés » et Nerval lui fait écho pour affirmer que, grâce à elle, « il lui semblait tout savoir, tout comprendre » : qu’elle lui apportait « des délices infinies ». Méfions-nous cependant de ses mille séductions : pour captivante qu’elle soit, elle est souvent captieuse. Pascal nous en a prévenus, l’imagination, « c’est cette partie décevante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours ». 

Non seulement, nous met en garde Chateaubriand, « une imaginative trop vive étouffe le raisonnement et le jugement », mais il y a pire : son enchantement ne dure pas. L’histoire est là pour nous dire que toutes les utopies prises à la lettre finissent par une catastrophe : qui sème l’illusion récolte la souffrance. 

Trop de gens, incapables de vivre la réalité, fuient dans l’imaginaire et se nourrissent de chimères, mais un jour ou l’autre la réalité les rattrape car, « Presque tout – écrit Ludwig Hohl – est, presque toujours, autre que ce que presque tous les hommes s’imaginent ». Rappelons-nous Stendhal et le phénomène de la cristallisation : sous les cristaux de sel étincelants, la réalité est celle d’un bois mort. Certains réveils sont difficiles. 

Les plus lucides aiment à prétendre que chez eux l’apparence ne prend pas partout le dessus, qu’ils ne se laissent pas jouer par les masques, bref qu’on n’apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces ; mais lorsqu’ils découvrent que la vérité toute nue est aride et contraignante, le choc est tel qu’ils se jettent à leur tour, inconsidérément, dans une débauche compensatrice d’imaginations. 

Mais, de vous à moi, ce n’est pas pour autant qu’il faille bouder le plaisir des fictions romanesques !