La pensée moderne et le symbole

(réponse au club de lecture « catimini44 ») 

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Si la pensée symbolique semble connaître un regain de faveur en réaction au rationalisme exacerbé de notre siècle, l’opposition fondamentale entre la démarche scientifique et la lecture symbolique de la réalité n’en est que plus manifeste. Je vois à cela deux raisons. 

La première est que la pensée moderne, scientifique et technique, pour être la plus objective possible, cherche à ne retenir que la mesure exacte et se doit par conséquence d’exclure toute approche autre que rationnelle et dûment quantifiable, et donc d’éliminer ce qui reste de symbolique dans le langage. Ce faisant, l’abstraction à laquelle parvient, par exemple, le langage mathématique vide le symbole de ses résonances pour ne laisser subsister qu’un signe notionnel. Or le symbole ne se réduit pas au concept : il met certes en jeu l’intellect, mais aussi l’affectif, l’imaginaire, le sentiment religieux, bref il mobilise la totalité du psychisme. 

La seconde raison est que, autant la pensée scientifique procède par réduction du multiple à l’un, autant la pensée symbolique procède par l’explosion de l’un vers le multiple, pour mieux percevoir d’ailleurs, en un second temps, l’unité du multiple. 

La richesse du regard symbolique sur le monde est évidente. D’abord la compréhension, se passant sur un plan de conscience autre que l’évidence rationnelle, n’est jamais totalement achevée, comme devant une partition musicale permettant une exécution toujours renouvelée. De plus d’un côté, la vision symbolique puise dans des archétypes communs à toute l’humanité et passe par une structure psychique commune à tous les hommes : son langage est universel ; d’un autre, cet universel est individué par les images diverses qu’elle engendre selon les lieux, les époques, la culture et les personnes. 

4 Réponses à “La pensée moderne et le symbole”

  1. Isabelle dit :

    Sympathie nécessaire
    Comme il y a bien des façons de voir le monde, il y a autant de démarches de l’esprit, et c’est tant mieux ! Vive la liberté d’interprétation que laisse le symbole !
    L’exactitude à laquelle prétend la science a une valeur indéniable : celle de l’objectivité ; mais sa démarche expérimentale ne cerne de la réalité que ce que la matière permet d’en percevoir : c’est sa limite.
    La démarche analytique ne peut en appréhender la richesse que par la multiplicité des éclats : connaissance cumulative de fragments. L’intuition, plus synthétique, en devinera la globalité, sans cependant l’épuiser. Reste l’antique vision symbolique : plus que toute autre approche, elle requiert une démarche de sympathie, ou d’empathie.
    C’est pourquoi, moi qui suis sensible à l’ordonnance du cosmos, à sa beauté et à la sage écologie qu’elle induit, je trouve cette démarche si… sympathique !
    PS. Je retrouve cette empathie chez Peterson : une manière d’avoir des « antennes », dirait Cathy !
    Avec toute ma… sympathie, joyeuses fêtes !
    Isabelle

  2. Nathalie dit :

    Cosmos et symboles
    En littérature, Baudelaire, réagissant au réalisme et au naturalisme desséchants de son époque, fut à l’origine du mouvement symboliste. Qui ne connaît son poème Correspondances ?
    « La Nature est un temple… [où] de longs échos … se confondent dans une… profonde unité, [où les êtres ont] l’expansion des choses infinies ».
    La pensée symbolique se fonde sur l’assurance que tout dans l’univers est complémentaire, que rien n’est absolument hétérogène et que toutes les réalités les plus diverses trouvent leur raison d’être ultime dans l’unité.
    C’est la raison fondamentale, à mon sens, pour laquelle le symbole est irréductible au morcellement intellectuel.
    Nathalie

  3. Claire dit :

    Raison et symbole réconciliés
    « La magie est étonnante et l’étonnement est magique » disait Cocteau. C’est ce que je ressens devant les profondeurs qu’ouvrent les symboles. Avec eux, nous sommes bien dans l’infini des « au-delà ». Par leur nature même, ils obligent en effet la pensée à circuler à travers tous les niveaux du réel, dont l’exploration nous révèle des connections surprenantes ; lesquelles, nous en faisant pressentir d’autres, nous poussent à en étudier le champ.
    Mais la raison, à son niveau d’étude du réel, limité à son champ de compétence, ne procède-t-elle pas de la même façon, avec une égale curiosité intellectuelle ?
    Pour sa part elle cherche, comme vous le disiez, à « com-prendre », à prendre tous les aspects pour les ramener à un ensemble cohérent – ce à quoi forment les intrigues foisonnantes des romans policiers – ; le symboliste de son côté fait de même dans son désir d’unifier sa vision totalisante de la création. La raison travaille avec les éléments perçus concrètement ; l’autre par extrapolation de l’invisible.
    A eux deux, ils manifestent le besoin vital de « com-préhension » du tout et de chaque élément qui compose ce tout.
    Claire

  4. Valentine dit :

    L’universalité des symboles
    Les symboles, avez-vous écrit, puisent dans des archétypes universels et passent par des structures mentales communes à tous les hommes. Cet aspect me paraît des plus importants à l’heure des brassages interculturels.
    Grâce au symbole qui le situe dans un réseau immense de relations, l’homme ne se sent pas étranger dans l’univers, physique et humain. En unifiant sa propre vision du monde, non seulement il s’unifie lui-même, mais de plus il se perçoit en relation ontologique avec tous les hommes et tous les êtres. Et qui plus est, comme appartenant à un ensemble qui a un sens.
    Se sentir, je dirais « moléculairement » terrien, tiré du même humus que tout ce qui existe ici-bas, et partager les mêmes symboles avec quelqu’un ou avec un autre peuple, c’est entrer en résonance avec lui, c’est le connaître par le fond, c’est vivre en communion affective et spirituelle profonde.
    Que Noël soit un symbole partagé ! Amitiés.
    Valentine

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