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Archive pour décembre 2008

Roman noir et nuit blanche

Mardi 30 décembre 2008

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Entre ces deux nuits blanches où s’opèrent les passages du jour à la nuit et de la nuit au jour, la nuit noire apparaît comme le lieu de mort par excellence. Les ténèbres y sont propices aux crimes et aux machinations souterraines, aux errances des fantômes qui sortent des tombeaux ou d’un lointain passé, et aux plus noirs desseins qui se trament au fond des coeurs. Elles sont comme un Océan où le soleil s’engloutit dans un abîme fait de silence absolu, un trou noir qui génère l’angoisse et fait remonter de l’inconscient monstres et cauchemars.

Mais la nuit peut également être vécue comme une vacance dramatique mais provisoire, comme une attente, une absence destinée à être comblée. « Avant que la lumière soit, les ténèbres recouvraient la face de l’Abîme ». L’aurore jaillit de la nuit, comme l’année nouvelle de l’hiver. C’est le temps de l’épreuve que traversent les mystiques avant l’illumination, et c’est aussi l’heure qu’attendent les amants impatients…

J’y trouve une analogie avec une enquête policière, qui descend dans les enfers des bas-fonds de la société et dans les sombres replis des cœurs, mais qui à son dénouement verra l’énigme résolue, la justice rétablie, le méchant puni ou bien trouvant dans son âme un reste de lumière qui sera l’aube de sa rédemption.

Les heures sombres de la nuit se prêtent donc par nature à la lecture de romans noirs. Mais il est une nuit entièrement blanche, d’où l’humeur noire est bannie : celle de la Saint Sylvestre. Puisse-t-elle déboucher pour chacun sur une nouvelle année lumineuse !

« Aimer… et Mourir » avec Cocteau

Mardi 23 décembre 2008

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« Outre que les mots signifient, ils jouissent d’une vertu magique, d’un pouvoir de charmes, d’une faculté d’hypnose, d’un fluide qui opère en dehors du sens qu’ils possèdent » 

Comment mieux exprimer que Jean Cocteau la puissance étrange des mots, lui qui se définissait essentiellement comme un poète, mais qui fut tout à la fois romancier, homme de théâtre et de cinéma, peintre et dessinateur ?

Comment également mieux illustrer notre avertissement au lecteur sur « la vérité qui se cache derrière le mentir-vrai  de la fiction » que par ce paradoxe par lequel se présente à nous l’auteur de Thomas l’Imposteur ou du Grand Ecart : « Comprenne qui pourra : je suis un menteur qui dit toujours la vérité » ?

Avec Cocteau, ne sommes-nous pas au cœur de notre roman policier ? où chaque indice apparemment probant est travesti, mais où chaque mensonge est plus révélateur que la simple vérité ; où dans les miroirs se confondent réalité et reflet, illusoire et vrai ; où le symbole du bandeau sur les yeux est aussi bien masque que révélation ; où les personnages, pris dans une Machine infernale, sont happés par des forces redoutables, comme si rien « ne prévalait contre un ordre du destin » ; où, comme dans Orphée, l’amour semble impossible, sauf peut-être au-delà du temps et de l’espace ; où enfin chaque personnage fait l’expérience des fatales conséquences du pouvoir magique de la parole ?

Autour du sapin, je vous donne donc avec lui « Rendez-vous derrière l’arbre à songe » 

La pensée moderne et le symbole

Dimanche 14 décembre 2008

(réponse au club de lecture « catimini44 ») 

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Si la pensée symbolique semble connaître un regain de faveur en réaction au rationalisme exacerbé de notre siècle, l’opposition fondamentale entre la démarche scientifique et la lecture symbolique de la réalité n’en est que plus manifeste. Je vois à cela deux raisons. 

La première est que la pensée moderne, scientifique et technique, pour être la plus objective possible, cherche à ne retenir que la mesure exacte et se doit par conséquence d’exclure toute approche autre que rationnelle et dûment quantifiable, et donc d’éliminer ce qui reste de symbolique dans le langage. Ce faisant, l’abstraction à laquelle parvient, par exemple, le langage mathématique vide le symbole de ses résonances pour ne laisser subsister qu’un signe notionnel. Or le symbole ne se réduit pas au concept : il met certes en jeu l’intellect, mais aussi l’affectif, l’imaginaire, le sentiment religieux, bref il mobilise la totalité du psychisme. 

La seconde raison est que, autant la pensée scientifique procède par réduction du multiple à l’un, autant la pensée symbolique procède par l’explosion de l’un vers le multiple, pour mieux percevoir d’ailleurs, en un second temps, l’unité du multiple. 

La richesse du regard symbolique sur le monde est évidente. D’abord la compréhension, se passant sur un plan de conscience autre que l’évidence rationnelle, n’est jamais totalement achevée, comme devant une partition musicale permettant une exécution toujours renouvelée. De plus d’un côté, la vision symbolique puise dans des archétypes communs à toute l’humanité et passe par une structure psychique commune à tous les hommes : son langage est universel ; d’un autre, cet universel est individué par les images diverses qu’elle engendre selon les lieux, les époques, la culture et les personnes. 

Symbole et polar

Samedi 6 décembre 2008

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Les familiers de ce blog le savent : les dominos de la vignette sont le symbole du destin, du déterminisme, de l’enchaînement fatal des événements – la fameuse « concaténation » – et l’illustration parlante d’une intrigue policière. 

Le symbole, par nature, signifie plus que le mot ne dit et réunit les extrêmes dans une même vision, comme une monnaie réunit ses deux faces. Il échappe ainsi à toute définition : un peu comme les indices d’un roman policier susceptibles de multiples hypothèses ! 

Vous voilà devant un mot : il a un sens établi et évident, une apparence figée et qui, normalement, veut dire ce qu’il veut dire ! Mais vous flairez en lui un je ne sais quoi de caché qui cependant a révélé sa présence. Intuition ?  

 Intrigué, vous vous interrogez. Comme l’ordinateur intérieur de Peterson, votre inconscient fait des rapprochements, établit des associations d’images. Las, la réalité qu’il évoque est fugitive, insaisissable, grosse de mystère. Il semble qu’il y ait toujours un au-delà à chaque au-delà. 

A peine le mot nous a-t-il livré l’existence de sa portée symbolique que celle-ci nous échappe : c’est que, à l’instar du symbole lui-même, il révèle en voilant et voile en dévoilant. Tout comme un polar, vous disais-je !