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Archive pour novembre 2008

Lire : un processus vital

Jeudi 20 novembre 2008

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Pour l’esprit humain qui, par nature, est discursif, un mot ne devrait jamais être isolé, sous peine d’être réduit à sa seule définition minimale, celle d’une notion sans couleur ni mystère.

C’est pourquoi le grammairien est là pour nous rappeler qu’un mot n’a de réelle signification qu’en relation avec d’autres. De l’expression à la phrase, et de la phrase à un contexte plus élargi, il gagne peu à peu en épaisseur et prend par un effet de résonance une ampleur qui n’était pas jusque-là perceptible. Tout mot a ainsi besoin d’une interprétation : c’est la part du lecteur. 

Il est commun de dire qu’une œuvre admet plusieurs lectures : le blog en est l’illustration. Les lecteurs, en confrontant leur sentiment à partir d’un même passage du roman, révèlent, à travers la pluralité croissante de leurs perceptions, que les mots ne sont ni anodins ni clos sur eux-mêmes et qu’un texte ou une parole ne peut se réduire à sa simple littéralité. 

Si écrire est un accouchement, aussi difficile que passionnant, lire l’est également. Cela réclame toujours un dépassement du sens littéral. Pour atteindre à la plénitude du sens, il faut tout un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble. L’étymologie latine de comprendre, cum-prehendere : saisir tout ensemble, nous rappelle qu’un mot ne se livre dans toutes ses harmoniques et ses non-dits que dans l’unité dynamique d’une pensée. 

Lire n’est jamais passivité : c’est un processus vital. 

Une langue émasculée

Samedi 8 novembre 2008

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Mon titre est une manière radicale de nommer ces mots qu’Isabelle dit avoir été « vidés de leur personnalité » et réduits à une « coque sonore », souvent à un simple sigle. Siphonnés, IVGtisés en quelque sorte – Valentine me permettra ce néologisme – aseptisés et finalement émasculés puisqu’on en est à leur ôter leur différence de genre, les mots perdent leur aspect rugueux ou trop explicite. Ainsi minimisés et décolorés – par souci, dit-on, d’éviter les polémiques et de ne froisser personne, mais à mon sens c’est lâcheté –  ils se fondent aisément dans un langage passe-partout.

A l’inverse, on assiste à une inflation de superlatifs et de mots forts, grossis pour attirer l’attention ou pour faire peur. L’actualité se nourrissant de sensationnel, de catastrophisme et de scandales, de discours propres à enflammer les passions, les mots sont choisis, non plus pour leur sens propre, mais « pour leur charge émotionnelle ».

Dûment codés et estampillés par les transmetteurs officiels, ils sont ensuite unilatéralement martelés par la cohorte des relais qui, lorsqu’un terme français ne peut s’édulcorer, le camouflent sous un mot étranger, celui-là garanti incolore et inodore.

Par la suite, combinés aux sigles devenus des armes, ils se prêtent à merveille aux slogans et à la propagande. Comme l’explique Vincent, on en fait des formules choc et stéréotypées qui sclérosent la pensée et, ajouterai-je, favorisent les amalgames.

Munis de ce vade mecum – comme dirait Pascal – les « nouveaux colporteurs » n’ont plus qu’à prendre leur bâton de pèlerins…

Amis, « gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche » et tenez votre langue !