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Archive pour septembre 2008

Manipulation des consciences

Jeudi 25 septembre 2008

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C’est le titre d’un ouvrage, paru à Moscou en 2003, du politologue Sergueï Kara-Mourza ; c’est aussi la trame de romans policiers qui s’ingénient à tirer de l’ombre les tireurs de ficelles. Vos réflexions à propos de la télévision le montrent : la manipulation de l’opinion est patente. C’est une réalité quotidienne qui s’exerce sur toute la planète : le paradoxe étant que ceux qui la dénoncent sous le nom de politiquement correct ou de pensée unique, sont ceux-là mêmes qui participent à l’élaborer !

A l’origine au service du commerce, les techniques mises au point par la publicité se sont étendues à la politique, faisant des politiciens des bonimenteurs et de la démocratie un exercice permanent de démagogie, pour gagner progressivement le for interne de chacun et finir par dicter à la conscience ses normes morales et les comportements qu’elles induisent.

Pascal le déplorait déjà : pour convaincre la raison, il faut persuader le cœur : or l’émotion, si facilement excitable, obnubile la lucidité et engendre des réactions passionnelles. Cet appel à la sensibilité est devenue une des armes, courantes autant qu’efficaces, du viol sous anesthésie de la raison. Du cœur, il est aisé de descendre au ventre, puis au bas-ventre… le but étant de s’emparer insidieusement de l’inconscient.

Ce viol en douceur se réalise déjà dans l’emploi même du mot « média », qui efface par son abréviation la notion de pression contenue dans le terme anglais mass media, qui signifie « moyens d’action sur les masses ».

Hypnose télévisuelle

Dimanche 21 septembre 2008

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Vous êtes nombreux à solliciter mon arbitrage au sujet de la télévision, sujet qui déborde le cadre du roman policier ! Au-delà des critiques habituelles sur sa nocivité, en particulier sur l’aspect fragmentaire et non proportionné des informations, vous attirez l’attention sur les manipulations inhérentes à sa nature, conscients que « informer » est inséparable de « donner une forme » ; mais vous en dénoncez vigoureusement le côté insidieux, camouflé sous des dehors objectifs ou à tout le moins apparemment neutres.

Qu’on procède par hypnose ou par anesthésie, il convient, avant d’opérer, d’endormir les réactions intempestives du patient,. Et si plonger un patient dans un état hypnotique relève de manipulations délicates, il faut convenir que la télévision est passée maître en la matière. Toutes ses manœuvres, copiées sur celles de la publicité, ont pour objectif d’ouvrir la voie jusqu’à l’inconscient, « là où se décident (?) nos choix ». Je me contenterai aujourd’hui d’évoquer celles qui préparent le terrain. 

Certains ont parlé de bombardement cathodique et de pilonnage neutralisant. En effet il s’agit, en guise de préliminaires, de priver le téléspectateur de toute possibilité de se recueillir, en le privant de silence, en le plongeant dans un flux continu de paroles et d’enchaînement ininterrompu d’images, jusqu’à saturation. Entouré de bruit, de rumeurs, de slogans, de rythmes, de mots creux, de nouvelles sans intérêt, d’images hétéroclites, de tout ce qui assourdira en lui le sens critique, il sera bientôt prêt à recevoir, avec même un certain soulagement à ne pas devoir penser par lui-même, l’injonction du deus ex machina.

Cette stimulation, maintes fois répétée et assortie de sondages chiffrés dont le nombre en impose du fait même qu’il est nombre, non seulement engendrera une habitude propice à la crédulité, sous-tendue par la peur de ne pas penser comme la majorité, mais encore créera, par des associations mécaniques, l’illusion d’une chaîne logique, souvent réduite à des clichés. Les comportements induits viendront progressivement, avec notre « libre » acquiescement.

Voilà comment on devient un médium docile.

La télévision ou l’illusion de la véracité

Samedi 13 septembre 2008

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Le pouvoir de la télévision est « fantastique », par sa puissance d’impact et par sa capacité à créer de l’illusion.

On se rappelle – mais non, on ne se les rappelle pas, c’est trop dérangeant – les images télévisées montrant un « grand homme » applaudi par la foule en Avignon alors que ce jour-là il était en réalité hué : les images étaient celles de spectateurs enthousiastes venus auparavant au festival du Palais des papes… On se rappelle (?) les images du charnier de Timisoara… une intox de première ! et pourtant tous les téléspectateurs de se récrier unanimement : « Impossible ! nous l’avons vu ! », renchérissant si vous en doutiez, à l’instar de Mme Pernelle dans Tartuffe : « De mes yeux vu ! Ce qui s’appelle vu ! »

A l’inverse, d’aucuns doutent qu’on ait réellement marché sur la Lune, qu’on ait pendu le vrai Saddam Hussein, ou pensent que, après tout, les images de la Guerre du Golfe sont peut-être des images virtuelles.

Que les images soient vraies ou fausses, peu importe donc ici : il s’agit de rester vigilant, car ce que nos yeux voient est reçu par réflexe comme véridique, alors que toute image, par nature ou par l’emploi qu’on en fait, est suspecte.

Le miroir des yeux

Mardi 2 septembre 2008

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Le regard est le miroir de l’âme : par lui, s’exprime notre monde intérieur. Instrument principal de la communication silencieuse entre deux personnes, il s’échange ou se refuse, mais dans les deux cas fait apparaître, sauf art poussé de la dissimulation, nos sentiments intimes.  

Par une alchimie mystérieuse, le regard se charge de nos passions les plus secrètes et exerce sur autrui un pouvoir étrange : inquisiteur et perçant, il scrute et pénètre les pensées ; concupiscent, il dénude et colle à la peau ; il supplie et implore autant qu’il se fait impérieux, foudroie ou tue ; il peut subjuguer et même hypnotiser comme il peut révéler l’être envoûté et dompté ; en lui se lisent le mépris ou l’admiration, la franchise ou le mensonge, l’audace ou la lâcheté ; arme préférée des séducteurs, il se fait enjôleur et attire comme un aimant, mais devant sa froideur et sa dureté, on reste désemparé et parfois paralysé ; direct, limpide, innocent, il attire invinciblement la confiance, mais trouble, fuyant, hypocrite, il suscite une méfiance et une répulsion instinctives. Bref, capable, au gré des humeurs et des passions, des plus subites transformations, il apparaît doté d’une force « magique ».

            Mais ses métamorphoses ne révèlent pas seulement celui qui regarde : elles révèlent aussi, tant à lui-même qu’à l’observateur, celui qui est regardé. Il est curieux en effet d’observer les réactions du regardé sous le regard de l’autre et de s’observer soi-même sous des regards étrangers. Réacteur et révélateur réciproque, le regard est un miroir qui reflète deux âmes.

            A son propos il me souvient de ces vers de Baudelaire :

                « La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme                  

                  Dans le déroulement infini de sa lame »  

            « En regard » on pourrait écrire :

                  Ainsi que l’océan … Changeant et miroitant

                               Le regard est reflet

                  Des profondeurs obscures … Et du ciel le plus pur.