Archive pour août 2008

Quand la rhétorique engendre l’émotion

Lundi 18 août 2008

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Permettrez-vous au professeur de français une petite intervention rhétorique à propos du rôle de la métaphore, dont vous dites qu’elle agit comme un miroir ou comme un voile ? On lui attribue généralement une triple valeur stylistique : docere, placere, movere.

La première a pour objet de faire connaître une notion abstraite en utilisant une comparaison avec une réalité concrète, en agissant par association d’images ; la seconde, d’être un ornement évocateur qui apporte toujours la poésie d’une vision des choses qui dépasse le réel présent ; et la troisième, d’émouvoir par sa capacité à exprimer quelque chose de l’indicible des sentiments.

Voltaire, dans son Commentaire sur Corneille, l’a saisi en un éclair : «  La tragédie admet les métaphores, mais non les comparaisons, pourquoi ? Parce que la métaphore, quand elle est naturelle, appartient à la passion ; les comparaisons n’appartiennent qu’à l’esprit ».

Voilà aussi pourquoi les surréalistes en ont fait l’instrument par excellence de l’exploration de l’inconscient : quand la métaphore vient des personnages, elle nous introduit ainsi dans leur for intérieur, derrière quoi certains décrypteront celui… de l’écrivain ! mais où ils pourront retrouver  leur propre part de subjectivité…

Isabelle, Sylvie et Hubert, qui s’en sont bien expliqués, seront certainement d’accord sur la puissance émotionnelle et poétique de cette figure de rhétorique. A cette occasion, je tiens à remercier ceux qui prennent sur leurs loisirs pour apporter ici un éclairage toujours personnel et approfondi, et à les féliciter de la haute tenue de ce blog : du jamais vu !

Miroir : matière à réflexion !

Jeudi 7 août 2008

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D’après les compteurs intégrés à ce blog, les articles de novembre sur le miroir restent parmi les plus lus* et une de vos dernières interventions y revient. Que le miroir nous occupe à nouveau n’a rien d’étonnant quand on sait que son nom latin speculum a donné spéculation ! A proprement parler : l’observation des étoiles à l’aide d’un miroir ; sidus, l’étoile, ayant donné considération. Vous le voyez, le miroir est une surface réfléchissante qui fait réfléchir ! 

Exemple. En soi le pur miroir reflète la vérité des choses ; mais tout se complique lorsque l’œil regarde l’image et l’interprète. 

Le monde est à sa façon miroir de l’Intelligence créatrice : pourtant tout le monde ne le perçoit pas comme tel. L’homme est fait lui aussi à l’image de son Créateur : mais qui y voit encore cette empreinte dès lors que laideur, malformation, traumatisme, vieillesse le défigure ? La femme est créée également à l’image de l’homme : et l’histoire des mentalités est là pour nous montrer, encore aujourd’hui, que certains peinent à l’admettre. Les personnages d’un roman sont nos reflets, mais qui s’y reconnaît ? 

Il ne suffit donc pas au miroir d’être la fidèle manifestation du vrai : il y faut encore un regard qui perçoit, un cœur qui admet, une intelligence qui interprète avec exactitude, et des mots adéquats qui en rendent compte sans déformer.  

* voir aussi les commentaires des lecteurs en décembre 2007