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Archive pour juillet 2008

Polyvalence ambiguë des baisers

Mardi 22 juillet 2008

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Si l’on dépasse les sensations physiques que procurent les baisers, on se rappellera avec profit que le baiser est le symbole de l’union et de l’adhésion mutuelles, et que, dès l’Antiquité, il a pris une signification spirituelle. L’exemple le plus frappant de son interprétation mystique se trouvant dans le Cantique des Cantiques où il signifie la pleine adhésion d’Esprit à esprit, celle du divin et de l’humain.

C’est que la bouche reste pour nous la médiation par où passent le souffle et la parole, par où le Créateur a insufflé la vie, et qui donc, à son tour, est capable de donner vie aussi bien aux sentiments qu’aux mots. Mais, hélas, elle a également le pouvoir de détruire, de troubler, d’abaisser, de mentir, et même de tuer. Il existe des mots assassins comme il existe des baisers vénéneux.

Gueule du monstre aussi bien que lèvres de l’ange, la bouche est porte des enfers autant que porte du paradis. Les deux courbes qu’elle dessine figurent le monde d’en haut, là où se trouve le palais, et le monde d’en bas, celui des appétits sensuels. Comme la langue – qui d’ailleurs participe activement aux baisers – elle est la meilleure et la pire des choses.

Ne nous étonnons donc pas des commentaires opposés que soulève le baiser : symbole d’union, il garde en effet la polyvalence, et donc l’ambiguïté, des innombrables formes d’union.

Amour et baisers

Mardi 8 juillet 2008

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Le baiser, habituellement, est le premier geste amoureux. Et le dernier ! Au début, « il laisse un goût sur les lèvres » inexprimable ; parfois il a une saveur « de poésie » ; à la longue, il acquiert un petit quelque chose d’anodin et d’un peu fade… De là le frémissement de tout l’être qu’engendre la plongée dans l’inconnu des « premiers baisers » et le souvenir merveilleux qu’ils impriment dans notre imaginaire, chacun des deux partenaires affirmant qu’ils l’ont fait « fondre » dans les bras de l’autre.

Dans le roman, il y en a de toutes sortes : souffles caressants plus que baisers charnels, ils sont  alors à peine esquissés, chastes, pudiques, timides, légers ; tantôt empreints de douceur, de tendresse et même de vénération quasi religieuse, tantôt passionnés et brûlants, avides et frénétiques, ils se montrent aussi divers que contrastés : inattendus ou impatiemment désirés, fougueux ou retenus,  rapides ou prolongés, sensuels ou fort coquins… et même plus ; il n’y manque même pas les gros baisers sur la joue, ceux envoyés du bout des doigts ou le baiser rituel, presque machinal, sur les cheveux.

Chacun les donne ou les reçoit à sa façon. Certains ferment les yeux pour les savourer ou les ouvrent pour guetter la réaction de l’autre ; les uns renversent la nuque, d’autres mordent, dévorent, griffent, ou soupirent, frissonnent et fondent… Ils enflamment, mettent le feu au sang, provoquent par leur onde de choc un émoi tel qu’ils font perdre la notion des lieux et du temps. On en ressort chaviré, ébloui, saoulé, étourdi, haletant ou apaisé.

Beaucoup y voient un petit extra, un plaisir pris au passage, un « lot de consolation » ; peu en revanche – et je remarque qu’il s’agit surtout de femmes – semblent y lire l’engagement total de la personne, une avance sur le don plénier de soi. Helen en est l’exemple, lorsque, serrée de près par Mr. Edouard, elle se refuse au baiser.