Archive pour mars 2008

Vertu d’insolence ?

Samedi 22 mars 2008

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Pour un écrivain, il est toujours agréable de jouer des registres du vocabulaire, afin de mieux cerner les frontières mouvantes qui font basculer un mot dans l’estime ou la déconsidération. Qu’en est-il par exemple de ce cocktail détonant de « vertu d’insolence » déposé par Alain pour mettre le feu au blog ?! 

 Tout le monde ou presque s’accorde à ne trouver aucune vertu à l’irrespect, à l’impolitesse et à l’inconvenance, à rejeter l’impudent, le malappris et l’incongru, mais trouve déjà quelque piquant à l’irrévérence, à la hardiesse et à un certain culot. Ne sont évidemment pas tolérés le mépris, la morgue et l’injure, mais un brin de bravade, voire de cynisme ou de désinvolture quelque peu cavalière, fait sourire. A condition toutefois de ne pas se comporter avec arrogance, fatuité et outrecuidance, ce qui serait perçu comme insultant, il semble admis et de bon ton de faire montre, jusqu’à un certain point donc, d’insolence. 

Entendez par là un zeste d’effronterie, une ombre d’impertinence et une once de provocation qui sous-entendent une complicité dans la joute. Si l’on gomme de surcroît ce que le mot a d’agressif et d’excessif pour n’y voir qu’une manière d’échapper aux conventions stérilisantes, au carcan de la pensée unique et au moule du prêt-à-porter intellectuel, il semble qu’en effet on puisse trouver à l’insolence un parfum exquis ou une vertu roborative. 

Quel féminisme ?

Dimanche 2 mars 2008

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Votre dispute au sujet de la meilleure façon de réagir lors des scènes de ménage – laquelle en général préfère au profil bas diplomatique ou à la feinte indifférence l’affrontement sans détours et le coup de bistouri chirurgical – m’amène à m’interroger sur le comportement, aujourd’hui répandu, qui pousse la femme, pour affirmer sa personnalité et son indépendance, à revendiquer sa place face à l’homme par le conflit, prétendant défendre l’identité féminine « en faisant de la femme l’antagoniste de l’homme », ce que sous-tend souvent l’acception donnée au mot « féminisme ». On le voit pourtant dans vos commentaires, penser le rapport homme/femme en termes de rivalité, de bras de fer, de violence verbale ou de guerre des sexes aboutit à une impasse. Personne n’y gagne en dignité. 

Je le concède bien volontiers par ailleurs : ce n’est pas pour autant en prônant une égalité statique et nivelante qu’on s’opposera à l’excès inverse qui, en affirmant une différence trop tranchée, aboutit à une discrimination négative et injuste, inexorablement conflictuelle. 

En revanche – si j’en crois vos réflexions à l’article Un et deux – concevoir le féminin et le masculin comme complémentaires entre eux, non seulement du point de vue physique et psychologique, mais ontologique, c’est-à-dire croire que l’humain se réalise pleinement grâce à la dualité du masculin et du féminin, devrait conduire les esprits à reconnaître de façon positive le génie propre de l’un et de l’autre. 

La féminité est la valeur propre de la femme. Cela va plus loin que les grâces de son corps et de ses manières. Cela dit sa capacité à se projeter loin dans le temps, à pénétrer la vérité par l’intuition, à voir par le cœur ; cela dit sa patience dans l’attente, son expérience de l’écoute, sa force de compassion ; cela dit sa ténacité à croire qu’en se donnant la femme s’accomplit, que la vie, qu’elle donne comme mère, est ce qui’il y a de plus précieux au monde et que protéger le plus faible lui est « naturel ». C’est sur ces qualités propres – et j’en omets – qu’il faudrait, à mon sens, promouvoir un nouveau féminisme. Il conviendrait bien évidemment d’en faire autant à l’égard de la virilité. Chacun y gagnerait en dignité.