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Archive pour janvier 2008

Amour et attraction universelle

Jeudi 24 janvier 2008

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Platon aurait-il raison : nous n’aimerions jamais dans les beautés terrestres que la réminiscence de la Beauté idéale perçue dans le monde éternel avant notre descente dans la matière ? 

Le mystère se cacherait-il là-haut, dans ces « Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux », comme disait Lamartine ? Là, comme l’écrivait Du Bellay, où « est le bien que tout esprit désire, … le repos où tout le monde aspire,… l’amour », « Là, ô mon âme, au plus haut du ciel…  où tu pourras reconnaître l’Idée de la beauté, qu’en ce monde j’adore» ? De Maurice Scève à Mallarmé et Valéry, la poésie nous a habitués à l’hyperbole, ce saut au-delà qui va de l’apparence à la réalité invisible. On peut dire de l’aimé(e) ce qu’on dit de la Fleur en soi : « Je dis : une fleur ! et… musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous les bouquets ». 

De même que l’amour de Swann ne s’éveillait au désir qu’au moyen d’une superposition sur le visage de l’amante d’une peinture Renaissance, de même celui des hommes ne vibrerait qu’autant que « la femme leur parût inaccessible et presque éthérée comme Cathy » ? « Le prof. » rappelait que eidos, qui a donné idéal, signifie reflet ; le mot eikona, d’où vient icône, semble bien en être un doublet pour signifier le reflet céleste. 

Du reste, nous diraient Valentine et Hélène, l’homme n’a-t-il pas été créé « à l’image et à la ressemblance » divine ? Ainsi, à l’instar des planètes qui subissent l’attraction du Soleil, nous serions finalement attirés, à travers les humains, par la Beauté du Créateur dont la force attractive serait ce qui le constitue : l’Amour… Alpha et Oméga de toute la Création. 

Est-ce « Là » le secret de l’énigme du « je ne sais quel charme » alliciant ? 

L’amour d’Helen

Jeudi 17 janvier 2008

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Vous êtes nombreux à vous interroger sur Helen et à vous demander avec Peterson : « Comment la considérer ? ». A vous lire, il me semble que vous avez un faible pour ce personnage « racinien » qui émeut par la force de sa passion et sa profonde fragilité de femme, en même temps qu’elle se montre d’un réalisme plein de sang-froid. 

Qui aime-t-elle dans Michael ? 

L’homme brillant, intelligent, un brin beau ténébreux à l’élégance sportive ? Ce mélange de réalisme propre au banquier et de romantisme juvénile qu’il a gardé ? Il est sûr en tout cas qu’elle n’est pas aveugle et qu’elle perçoit ses défauts : son manque d’ambition, son absence d’humour qui lui fait tout prendre au sérieux, sa jalousie ombrageuse, sa susceptibilité, ses emportements, son orgueil de mâle, sa velléité et sa faiblesse de caractère… 

Alors, où est ce « je ne sais quel charme » alliciant ? N’est-ce pas parce qu’elle ne l’a regardé depuis toujours qu’à travers les yeux de Cathy ? à travers les confidences échangées, même intimes sur sa façon à lui de faire l’amour – si différente des étreintes de William ? passant son temps à s’imaginer à sa place, à ressentir par elle des émotions auréolées d’inconnu, à goûter secrètement les troubles charnels de son amie ? Se substituer à Cathy ne l’a-t-elle pas habituée à regarder Michael avec « les yeux de Chimène » ? 

 L’imagination – cette folle du logis, mais si admirée de Baudelaire – est une étonnante fabrique à images : pour se créer une réalité virtuelle, l’homme n’a pas attendu les effets spéciaux…   

Question : selon vous, l’aime-t-elle par frustration ? par compensation ? par procuration ? par substitution ?  ou bien d’un amour bien personnel, délibéré et réfléchi ? 

Juste ciel !

Vendredi 11 janvier 2008

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Les Romains aimaient la procédure, on s’en souvient, et ne se faisaient guère d’illusions à son sujet. 

Le style d’un Cicéron ne fait qu’un avec son habileté oratoire que d’aucuns n’hésitent pas à appeler rouerie, et l’on sait d’expérience que « les injustices sont souvent issues d’une interprétation du droit, habile à l’excès et fourbe ». Y répondre par l’exactitude de la lettre amène Térence à écrire : « Justice extrême est extrême injustice ». Ajoutez-y la vénalité des hommes, il ne vous restera plus guère de recours. Quittez maintenant le prétoire pour le forum, Quintilien, dans son Institution oratoire, nous prévient : « Ce sont les ignorants qui jugent et il faut souvent les tromper, pour les empêcher de tomber dans l’erreur ». 

 Les Français ont nourri de droit romain leur goût de la chicane, mais truffé leurs comédies de satire courtelinesque contre la Justice. 

Nous avons nos Pathelin, Dandin et Chicaneau, nos Brid’Oison et Bartholo, nos affaires Calas et Dreyfus, nos tribunaux populaires et ceux d’exception, et au sommet le pérenne garde des… sots. Mais, pour notre bonheur, nos irremplaçables gravures de Daumier ! 

Après cela, allez vous étonner qu’on représente la Justice d’ici-bas… « les yeux bandés » ! Alea jacta est ! 

Aimer et vouloir aimer

Dimanche 6 janvier 2008

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L’amour, qui occupe dans mon roman une place primordiale, passe par toutes les gradations – ou dégradations, c’est selon – innocent ou coupable, sublimé ou avili, droit ou tortueux, redonnant de la dignité ou la faisant perdre… Une même force pour des effets contraires. 

L’amour naît d’une attirance spontanée : rarement le fruit d’un choix conscient et raisonné, souvent lié à l’attrait physique, il se révèle à nous comme une inclination mystérieuse, un « je ne sais quoi », un « charme » au sens plein du mot, « un je ne sais quel charme » aurait dit Corneille. En ce sens, il nous surprend, s’empare de nous, nous « ravit », plus que nous ne l’avons volontairement cherché. 

Cependant cette force d’attraction qui s’exerce si puissamment sur notre être tout entier requiert notre libre acquiescement. Et si même par la suite cet amour emplit toute notre vie, il n’est jamais fini ni achevé – « il n’a pas de limites ou alors n’est pas amour » –  et c’est pourquoi, pour se développer et se garder, il doit en trouver la force dans une ferme volonté d’aimer. 

Se garder, il en a en effet bien besoin. Car, même si l’homme était un monolithe lancé dans l’espace sur une trajectoire définie, il n’en subirait pas moins d’autres attractions. De fait, l’amour humain, qui est une attirance spontanée vers le bien qui nous comblera, risque de se tromper de cible, de tendre vers de faux biens. Cette belle navette spatiale qui tend vers son Soleil risque – si l’on n’obéit pas à certaines règles – de tomber effectivement dans le champ de gravité d’une planète ou d’un satellite intermédiaire rencontré sur sa trajectoire et de dévier, d’être capté… subissant alors la même force d’attraction naturelle qui lui fera croire qu’il « aime ». 

D’où l’impérative nécessité d’une première visée qui soit la bonne – mais comment en être assuré ? –, d’une connaissance approfondie des règles de navigation – mais qui les fixera ? –, et d’une persévérance dans la volonté d’aimer – une volonté active, délibérée et résolue. 

Cette vision de l’amour n’est guère romantique, je vous l’accorde, mais la fidélité à soi-même et à l’autre n’est-elle pas à ce prix ? 

De la vertu de prudence et du devoir de justice

Jeudi 3 janvier 2008

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J’aurais préféré commencer l’année en parlant d’amour, mais on me somme de partout, amicalement, d’avoir à me prononcer dans le débat qui vous oppose sur la Justice, les deux du reste étant inséparables. Comme si un auteur, qui a pris la précaution de répartir entre ses personnages des points de vue divergents, se devait d’arbitrer ! Mais je ne me déroberai pas : après tout, en lisant cet article, vous prenez le risque de me juger ! 

Tout magistrat certes ne peut être Salomon ou saint Louis, mais reconnaissons qu’il a à cœur d’étayer son dossier et de l’appuyer sur des preuves matérielles, aidé dans l’élaboration prudentielle de son jugement par les diverses plaidoiries et par la concordance des témoignages.

  J’admets avec Peterson, pour devancer toute objection, que s’« il y a dans toutes ces approches quelque chose de vrai, la vérité totale ne se laisse pas aisément circonscrire » et que « toute vérité partielle, affirmée comme totale, est déjà une erreur ». 

Je veux bien aller jusqu’à reconnaître « le côté aléatoire de la justice  qui – [c’est ici un cas limite] –  malgré un faisceau apparemment probant de « preuves », qui plus est, corroborées par des aveux spontanés, nous laisse toujours un doute sur les capacités humaines à juger en toute vérité, sinon en âme et conscience ». 

 Mais on ne peut pour autant – à mon sens – à la suite de Montaigne ou de Pascal, dénier à l’homme la capacité de peser les actes, d’avoir une compréhension suffisante des intentions, et, autant que faire se peut, d’estimer la responsabilité qui en découle, responsabilité matérielle, sinon morale. 

Quand le peuple crie « Justice ! », il est du devoir régalien de rendre justice. Pour le reste, laissons au Ciel le soin de peser les âmes. Et, puisque d’aucuns ont évoqué le Jugement dernier, je rappellerai les Béatitudes : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés ».