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Archive pour novembre 2007

En hommage à Maurice Béjart

Jeudi 29 novembre 2007

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 En hommage à Maurice Béjart – dont Burg se fait l’écho devant Jennifer – je voudrais attirer l’attention sur la scène de Coppélia, revisitée façon cabaret. Léo Delibes en aurait souri, lui qui a préparé la renaissance chorégraphique en France au début du XXe siècle. 

 Il suffit d’un décor dépouillé, d’une gestuelle épurée, d’un corps habillé de lumière, un corps que la scène rend à la fois si offert et si inaccessible, pour que la magie de la danse opère. Une arabesque, et la vie se met à sourdre : le robot, subtilement, se  métamorphose en être vivant et charnel, et bientôt la salle, captivée et captive, se fige, bouleversée par cette danseuse pourtant sensuelle, mais au corps si fluide, si svelte, si totalement habité par la grâce de la danse qu’il en est transfiguré pour ne plus irradier que la beauté féminine ! On pense au baiser du Prince charmant, ce baiser que toute femme attend de l’amour, qui fera d’elle un être rayonnant de bonheur, qui la fera passer de l’innocence au désir, du désir au don, du don à la plénitude…   

Nous touchons là au mystère de la femme, au rêve qu’elle incarne pour l’homme. Un homme d’abord voyeur et concupiscent, puis subjugué, « ravi », peu à peu conduit hors de son épaisse enveloppe trop matérielle, « ex-stasié », s’abandonnant à la fantasmagorie et n’ayant plus enfin d’yeux que pour la danse. 

Quel abîme entre les fantasmes pervers suscités par la « danse » d’Helen-Salomée, et ceux nés de cette femme de cabaret ! Helen – mais aussi Kilinga, le cobra ensorceleur – fait de la danse un instrument d’excitation et de convoitise, Jennifer un moyen d’élévation à la fois pour la danseuse et pour le spectateur. 

L’autre face

Samedi 24 novembre 2007

11-21-2007

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Avant que de subir les foudres de mes lectrices (et de leurs champions), je m’empresse de vous rassurer : l’histoire du miroir a également deux faces. Celle-ci, son double en quelque sorte, vous révélera en creux bien des compliments que la première partie n’osait ouvertement avouer. Comme dans un miroir, chaque élément du portrait a son reflet ; comme dans une glace, tout dépend où se pose le regard ! 

Le lendemain, la belle tourna son visage en larmes vers sa psyché : 

 «  Miroir, mon beau miroir, pourquoi m’as-tu dit que je suis laide ! Est-ce vrai ? 

 Et le miroir, plein de miséricorde, répondit à l’éplorée : 

– Rassure-toi : tu es belle ! Scrute avec attention ce que cachait chacune de mes vérités d’hier : tu es ingénue, romantique, ingénieuse à parfaire ton image ; intelligente, intuitive et sachant calculer ; tendre, sincère, attirante ; habile, experte, enjôleuse ; ayant l’art et la manière, complice en amitié et farouche amoureuse. Tu es satisfaite ? 

 Le sourire revint sur les lèvres de la femme.  Alors le miroir reprit :  

 – Rappelle-toi que ton miroir ne te mentira jamais plus que ta conscience. 

Gladiator… gracié, je l’espère. 

A propos de miroir *

Samedi 24 novembre 2007

11-19-2007


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 Les miroirs  écrit Miguel Asturias –  sont comme la conscience. On s’y voit comme on est, et comme on n’est pas. Cet extrait de conte (comptes !) s’en veut l’illustration. Il s’intitule : Le miroir à deux faces. 

… « Miroir, mon beau miroir, demanda ce soir-là une belle que sa conscience inquiétait, dis-moi vraiment qui je suis ! 

 Et le miroir, plein de vérité, répondit à la femme : 

 – En toi calculs, mensonges et perfidie se mêlent savamment à tes minauderies, à tes agaceries et autres airs innocents. Aguicheuse, coquette, faussement candide, tu fais l’offusquée dès qu’on évoque devant toi les réalités de la chair ; mais sitôt qu’on les dédaigne, tu les réclames et prends l’initiative ! Ton intelligence se confond avec la rouerie ; ton intuition n’a d’égale que ton aveuglement ; ta tendresse est égocentrisme. Avec toi la vérité est suspecte, d’autant que sur tes lèvres les mots jamais n’ont le même sens ; ta duplicité se pare des apparences de la plus grande sincérité ; tu excelles dans l’art du subterfuge, des pirouettes et des faux-fuyants. Ton art de te vêtir, de te parfumer, de te mettre nue, est toujours empreint d’artifices ; ton habileté à entortiller tes soupirants relève de celle du… rétiaire ; ton amour devient vite droit de possession, prétexte à emportements et occasion permanente de scènes. Enfin, pour enjôler les hommes et les pousser aux pires bassesses, tu es diablement experte, mais, complice avec tes comparses, tu te révèles la plus dangereuse des « meilleures amies ». 

Ce qui renvoie, comme par enchantement !, à l’Epilogue de mon roman : au dernier mot de la fin.   

Gladiator (qui voit déjà le pouce de mes lectrices tourné vers le bas !) 

* en réponse au rétiaire. 

Femme : contre… tout contre !

Samedi 24 novembre 2007

11-14-2007

Sourire  Je tiens d’abord à vous dire combien je suis heureux de constater avec quel art chacun d’entre vous se montre ingénieux à extraire du roman les citations qu’il juge utiles à son propos. A ce jeu, il est vrai, on peut faire dire à l’auteur plus qu’il n’y a mis ! mais du moins l’expression de vos commentaires en est-elle exempte de tout débordement. 

Dans ce nouveau chapitre que vous ouvrez sur les femmes, je compte, il va sans dire, sur votre pondération et sur votre délicatesse pour « mesure garder » comme le conseillait Patrick le 30 octobre.Ceux qui jugent seront jugés… et les personnages masculins sont loin de n’avoir que des mérites !  Mais soit ! parlons des femmes ou de « La  Femme » 

« Le cœur des femmes est un mystère insondable » avoue Peterson, pourtant fin psychologue. A vous tous réunis, serez-vous plus forts que lui pour en pénétrer les abysses ?

Quatre héroïnes se présentent devant vous : à laquelle iront vos suffrages ? laquelle sera clouée au pilori ?

Plus il y a de facettes à un diamant, plus il a d’éclat : serez-vous habiles joailliers pour l’enchâsser dans la monture qui lui sied ?

J’attends avec impatience de voir l’Eve que vous allez créer. A parier qu’elle aura toute l’ambiguïté du sourire de la Joconde !

Politique d’abord ?

Samedi 24 novembre 2007

10-31-2007

Me voilà bien surpris ! Qu’un roman policier sur trame de passions amoureuses déclenche en premier lieu un feu nourri sur les politiciens, serait-ce le signe que, sans le savoir, Maurras aurait raison avec son “politique d’abord” ou tout simplement que vous n’en êtes encore qu’au début de l’histoire ?

Quand bien même, je constate que les rapports de la politique et de la morale continuent de passionner les esprits. A donc dit vrai celui qui a écrit : “Les hommes ont ceci en commun, ils se rencontrent là où la politique les divise”.

Où la réalité rejoint la fiction

Vendredi 23 novembre 2007

C’est avec une extrême émotion que je vous livre cette lettre reçue le 12 novembre 2007. J’ai pris dix jours de réflexion et de contacts avec l’intéressée avant de m’y décider, tant cela m’a paru délicat. Vous en jugerez vous-mêmes.

Monsieur, 

Femme de cabaret à Paris – strip-teaseuse et entraîneuse – je ne sais pas écrire et je vous demande d’être indulgent pour mes fautes. Mon ami m’a passé votre livre en m’assurant qu’il me plairait parce que, d’une certaine manière, il parlait de nous. La couverture m’a plu tout de suite, mais le nombre de pages m’a effrayée ! Le début était dur, mais, à partir du meurtre, je n’ai pas pu m’arrêter. Vous allez comprendre pourquoi. 

C’est que ce qui est arrivé à Jennifer m’est arrivé. Comme elle, j’ai souffert chaque soir des regards et des avances de ceux qui nous matent comme une marchandise et qui croient qu’avec de l’argent on peut tout acheter. Mais ça fait partie du métier. En décembre 2000, j’ai rencontré moi aussi un homme « aux cheveux argentés », « cultivé et galant ». Je me suis montrée, bien plus longtemps que votre personnage, réticente et prudemment réservée. C’est que moi-même je le regardais comme un « client » plein aux as. Peu à peu je me suis rendu compte de sa solitude, mais beaucoup d’hommes qui viennent ici me disent la même chose. Mais lui, il avait l’air sincère, j’ai eu pitié et ça me l’a rendu sympathique. Vous dites que les femmes sont comme ça : c’est bien vrai ; ce doit être le sentiment maternel. Alors – c’est venu comme ça   j’ai eu le désir secret de lui plaire par moi-même en laissant tomber les subterfuges du métier. A partir de ce moment, je l’ai regardé autrement et tout ce qu’il me disait s’est transformé en « musique des mots », comme pour Jennifer. Pendant qu’il me parlait, j’étais suspendue à ses lèvres et j’avais toujours envie de l’embrasser. J’ai senti alors que j’étais attirée par lui et je me suis traitée de folle. Mais j’ai fini par y croire, malgré tout ce que me disaient les copines. Mon cœur à moi aussi s’est mis à danser et, une nuit, je suis tombée dans ses bras. 

Nous sommes toujours ensemble, sans que j’aie renoncé à mon métier ni lui à sa femme. Je ne crois pas que je me contente des « apparences », comme l’aurait accepté Helen pour vivre avec Michael, parce que j’ai la conviction d’être aimée pour moi-même, « comme une personne » qui a sa dignité malgré son passé et son métier. J’ai ma place auprès de lui et je suis assez réaliste pour m’en contenter. Jamais je n’aurais pu rêver cela : « qu’un homme de cette classe, de cet âge, de cette importance jette les yeux sur elle, strip-teaseuse de cabaret ». Vous savez, c’est tout votre chapitre que je devrais recopier pour raconter mon histoire. L’impression « d’être lavée de toute souillure », d’être enfin  « respectable », et surtout cette joie formidable, que j’ai toujours, « d’être aimée », moi, pauvre fille (même si je suis bien roulée). Vous dites que « chaque personne a une valeur unique » : c’est ça qu’il m’a fait comprendre en restant avec moi, mieux qu’avec des discours.

Votre livre m’a fait pleurer et en même temps il m’a fait du bien. Et c’est pour ça que je vous ai écrit : si vous le publiez, je vous demande de mettre mon texte en bon français, mais sans dire mon nom. J’espère que ça servira à d’autres. Encore merci pour ces belles pages qui m’ont très émue.

Vicky