Un roman noir haut en couleur

    AIMER… et Mourir                         

            de Roger Lamblin   

                   un policier à mettre en film !

 

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Parmi les polars parus ces temps derniers, celui de Roger Lamblin, « Aimer… et mourir », paru aux Editions Amalthée, s’impose par ses nombreuses qualités, dont la moindre n’est certainement pas l’excellence de son écriture.  

Une peinture réaliste   

La toile de fond de l’histoire peint une société très british, en apparence policée, d’où émergent, sur fond de réalités économiques bien réelles, les remugles de calculs politiques, de pressions médiatiques, de menées mafieuses et de spéculations immobilières. Le problème du réchauffement planétaire et de ses conséquences sur la montée des eaux justifie parfaitement le choix des lieux : les bords de la Tamise. On sent derrière une documentation fouillée. 

Une mise à nu des coeurs 

Mais ce qui l’emporte, c’est le côté romanesque. L’imagination est assurément une qualité majeure de cet auteur qui, en plongeant dans les passions telles que l’ambition, la jalousie et la violence érotique, tisse avec justesse des rapports humains profonds et émouvants. Comme le disent le titre et le graphisme symbolique de la couverture, l’amour et la mort se mêlent inextricablement et de façon tragique dans les cœurs comme dans l’intrigue. Les personnages y apparaissent comme des êtres partagés, déchirés par leurs contradictions, et par là même à l’image de chacun de nous. 

Une intrigue en dominos 

Servie par une construction rigoureuse, l’intrigue y est conçue comme un engrenage fatal qui n’est pas sans rappeler les drames raciniens ou L’Etranger de Camus : il suffit d’un impondérable, si ténu qu’il en paraît le fruit du hasard, pour que tout bascule inéluctablement, tels des dominos entraînés dans leur chute réciproque par une simple pichenette. Cet instant fatal, qui ponctue le drame, donne l’impression d’un destin auquel personne ne peut échapper, une fois l’engrenage enclenché. 

Un style brillant  

Mais, ce qui distingue ce policier, c’est à l’évidence la qualité de son style : la langue est sans conteste l’atout maître de l’auteur. Un vocabulaire foisonnant, des procédés rhétoriques variés, des termes choisis pour leur nuance et leur exactitude. Ce qui s’adresse à l’intelligence est clair, net et précis ; ce qui touche aux sentiments est parcouru de frémissements parfois douloureux ; l’érotisme y garde sa charge charnelle sans tomber dans la complaisance ; l’introspection se livre dans un style indirect où s’enchâsse naturellement un subjonctif imparfait si oublié ; la philosophie qui s’en dégage pose le problème des limites de notre liberté et de notre responsabilité ; et, en bien des passages, la prose se fait poétique et porteuse de symboles. Bref, du must !  

Un scénario à mettre en film 

De surcroît ce policier ferait un excellent film. Paysages variés : bords de la Tamise et collines verdoyantes du Kent, architecture victorienne et cottage campagnard, séquence de plage aux falaises crayeuses et de ferry pour la mer ; face à face télévisé et campagne d’élections ; spectacles de cabaret et de strip-tease dont la chorégraphie inventive n’attend plus que ses danseuses ; fusillades, poursuites et descente en hélico ; assassinat de dealer et chantage ; le tout épicé de nombreuses scènes chaudes…  avec quatre super nanas ! Les dialogues, très travaillés, ne sont plus à faire et le découpage en dix jours est tout prêt ! 

Une mine d’analyses 

Ce roman policier, qui sort du lot, a tout pour lui : suspense, émotion, couleur, et surtout une écriture soignée ! Pour s’en convaincre, il n’est que de lire les analyses et les commentaires enthousiastes des lecteurs sur aimeretmourir.unblog.fr : ça vole haut !  

                  

                                 8 ans     

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306 Réponses à “Un roman noir haut en couleur”

  1. Agathe dit :

    Félicitations !
    Je sens que je vais me régaler !

  2. Hadrien dit :

    Attiré par les couleurs de la couverture et d’emblée séduit par le résumé au dos, je me suis dit que ma mère, qui dévore de tels bouquins, serait heureuse pour ses vacances d’écourter son sommeil ! A elle maintenant de réagir.
    De mon côté, je m’en réserve la lecture entre la fin de mon job estival et la reprise de la fac : à plus tard donc !

  3. Grégoire dit :

    De passage en ce début du mois d’Août, je suis tombé par hasard sur un exemplaire de ce livre lors d’une visite familiale dans les Côtes de Bourg…
    – Première impression excellente quant à la présentation et à l’aspect général du livre.
    – Seconde impression plus mitigée en prenant connaissance d’un titre que j’avais imaginé plus percutant, original et tortueux…
    – Quant à la troisième impression, celle qui découle de la lecture, je vous la livrerai lorsque j’en serai capable et digne !!!

  4. Vera dit :

    Cher Roger,

    J’ai fini ton livre ce week-end : j’en lisais un ou deux chapitres avant de m’endormir et un autre au réveil ! et il faut dire que je l’ai trouvé vraiment très engageant et intéressant à lire. L’histoire est captivante jusqu’à la fin ! Sa lecture m’a vraiment fait beaucoup de plaisir !

    Le déroulement de l’histoire m’a toujours fait vouloir savoir comment ça continue, et je viendrai certainement lire ton prochain livre dès qu’il sortira !
    J’ai trouvé les caractères très bien dessinés et les révélations de ce qui s’est passé viennent à un pas bien calculé.
    La fin est un peu dramatique pour mon goût, mais bon, c’est comme ça, si tout le monde doit mourir !
    Pour le style, on voit que tu sais écrire, c’est à tout moment très bien écrit au plan du vocabulaire et des constructions,
    ça m’a donc beaucoup plu.

    J’ai remarqué quelques petits détails non importants et qu’on peut nommer liberté d’auteur : par exemple, je trouve drôle, à l’heure du numérique, que les personnages utilisent des caméras avec des pellicules et aussi que William se serve d’un téléphone public et non pas d’un portable. Et pourquoi prendre un silenceux quand on vient en hélicoptère ?
    Puis il y a quelques minuscules trucs sur l’Angleterre: il y a bien des officiers de réserve, mais il n’existe plus de service militaire ici depuis le début des années soixante, et il n’y a pas d’Opel ici : les voitures de cette marque s’appellent des Vauxhall en Grande Bretagne, (comme celle qu’utilise l’inspecteur Peterson).
    Et je ne sais pas si je trouve le rôle des médias très convaincant. Parfois, l’immense intérêt qu’ils manifestent ne me semble pas très vraisemblable, et s’il y a un tel intérêt, les reporters devraient être plus présents sur place, c’est-à-dire pourquoi n’y en a-t-il pas devant les maisons des Brown ? Mais bon, je n’en sais rien, c’est seulement ce qui m’a surprise en lisant.
    Finalement, j’ai aussi trouvé qu’il y avait parfois beaucoup de scènes amoureuses, mais c’est vrai, elles se justifient par l’intrigue : après tout, le titre parle d’ »aimer » ! Peut-être y suis-je un peu allergique à cause de ma situation « single nouveau » en ce moment. D’ailleurs, pourquoi est-ce qu’ils ont toujours du sexe superbe et jamais du sexe médiocre ou qui ne marche pas ou ne plaît pas…?
    Mais ces petit points ne gâchent aucunement l’expérience et la jouissance de lire le livre, ne les comprends donc pas comme une critique sérieuse.

    En résumé, je l’ai beaucoup aimé !
    Mes meilleurs voeux pour ton avenir d’auteur !

    Vera

  5. Christine dit :

    D’une lectrice séduite…
    Il est vrai que le feu des passions libère les pulsions enfouies au plus profond de nous. C’est qu’il y a dans la vie tant de désirs non aboutis, tant d’élans refoulés, et qui, à cause de cela, nous travaillent, qu’on le veuille ou non. Alors, quand l’occasion se présente, c’est l’explosion !
    Qu’il est bon d’être aimée ! L’amour fait rêver, idéaliser, fantasmer… mais il est, en proportion, source de tant de désillusions, d’amertume rentrée, de projections déçues !
    Personne pourtant n’échappe à sa fascination, car l’homme, selon moi, est fait pour aimer et être aimé : voilà pourquoi, hors de là, il ne trouve plus de raison valable de vivre.
    Votre roman en est l’illustration. Je le relirai, soyez-en sûr.
    Christine

  6. Aimer… et mourir : les deux principaux thèmes de la vie ! C’est déjà toute une philosophie…
    Je m’y plonge dans tous mes petits moments de repos : l’idée de courts chapitres groupés en journées de 50 pages permet une lecture « gustative », sans que l’histoire en perde son suspense. Je dirais même qu’elle gagne à être dégustée « avec modération » pour mieux en apprécier la richesse des tournures et du vocabulaire (ça change des polars traduits de l’américain !) Mais je sens qu’on peut être facilement embarqué par l’envie de savoir la suite et d’en dévorer les pages !
    Ce sont là mes premières impressions : j’en suis à la mise en bouche, l’enquête ne fait que commencer !
    A +

  7. Christian dit :

    Votre livre est formidable. Super !
    Votre prochain roman sera « assuré » d’avoir un lecteur.
    votre « assureur », C. Grim.

  8. Marc V. dit :

    Cher Monsieur
    Vous n’êtes pas tendre avec les politiciens ! Et sur bien des points je suis d’accord avec vous.

    J’ai apprécié l’ambiguïté de certains « compliments » (allusions qui ne sont pas sans rappeler des situations actuelles…) lorsque l’un d’eux par exemple pratique « l’ouverture » :  » Sans doute, admettait-il, il passerait aux yeux de certains pour un retourne veste ou un opportuniste voulant mordre sur l’électorat de l’opposition ; mais il répondait que ce choix montrait son honnêteté à reconnaître les avis objectifs. » ou bien  » Un coriace ! pensa-t-il, avec une certaine estime. Pas étonnant qu’il survive au milieu des requins de la politique et de la finance ! » ou encore : » Son sens politique avait repris le dessus : des compromis sont toujours possibles, il suffit de savoir négocier. »
    J’ai souri aux remarques plus claires : « Il disait qu’on ne pouvait jamais compter sur les promesses de ces politiciens qui n’étaient que calculs électoraux du moment, qu’il était évident que ses atermoiements cachaient une probable reculade ! » ou encore : « Voyez-vous ça, comme l’intérêt financier ramène les hommes à plus de réalisme !  »
    Puis j’ai applaudi lorsque le tir se fait plus précis : « Si le maire trafiquait pour ses besoins personnels, on devrait plutôt en trouver des traces dans les comptes de gestion de la ville, genre passations de marché camouflant des pots de vin. A chaque fonction ses combines ! » et  » Tu sais que le milieu politique n’est jamais très propre et que pour remplir les caisses, on te propose parfois de l’argent de provenance douteuse en contrepartie de futurs arrangements. »
    Et approuvé vos assertions, hélas trop vraies : « Je pense qu’en politique tous les coups bas sont permis et que personne n’échappe aux éclaboussures ! »  » Et comme l’autre camp n’est pas très propre non plus… »  » Plus une chose est affirmée avec aplomb, plus elle est reçue comme indubitable. C’est le secret des politiciens ! » :  » Tout cela, c’étaient des manigances politiques ! Les honnêtes gens comme lui en faisaient toujours les frais. »
    Enfin comment ne pas partager l’estocade finale :  » Le monde politique est un monde pourri, où même les plus honnêtes se brûlent les ailes. »

    Un lecteur du Centre (de l’Hexagone !)

  9. Patrick dit :

    A Marc V.
    Pas d’accord !
    Il ne faut pas trier que ce qui va dans un sens. J’en veux pour preuves à mon tour ces phrases relevées ici et là.
    - Certaines qualités sont reconnues aux hommes politiques, comme celle d’être « conscients des préoccupations de leur temps, tout en sachant allier fidélité à leurs principes et ouverture réfléchie aux innovations nécessaires » et comme le courage d’affronter les risques du métier : « l’audace politique consiste à prendre des décisions dans l’incertitude ».
    - Il arrive même à l’auteur de les plaindre (sans besoin d’aller y chercher une allusion très actuelle !) :  » Elle se demandait comment un homme qui avait tant d’argent et une si belle situation pouvait se dire aussi seul. Il lui semblait que l’argent et la renommée protégeaient de toutes les blessures de l’existence ». Combien de chefs d’Etat n’ont-ils pas évoqué la solitude du pouvoir !
    - La gratuité et l’esprit de service (oui, vous avez bien lu) sont également soulignés : « Son engagement dans la campagne [venait de] sa fidélité… et de sa générosité. »
    - Et j’avoue pour ma part avoir aimé le « réalisme audacieux » (tout un programme !) et la justesse de cette réflexion : « Il lui parla de sa conception de la société et se défendit comme conservateur de ne pas se préoccuper de social. Simplement, pour distribuer, lui expliqua-t-il, il faut d’abord engranger. Et pour moissonner, il faut semer, c’est-à-dire investir. » (Entende, qui a des oreilles !)
    - Enfin l’Histoire n’a-t-elle pas confirmé qu’un certain Maréchal et un certain Général (n’allumons pas de polémique…) furent appelés, à l’instar de notre personnage, des « hommes providentiels » ?

    Sachons mesure garder, et optimisme malgré certaines… « assertions, hélas trop vraies » !
    Un lecteur de droite et de France.

  10. Jean dit :

    Sus à Patrick !!!
    N’a-t-il pas lu dans l’épilogue ce qu’il advient aux « hommes providentiels » ? Je cite : « Deux mois plus tard, un presque inconnu fut reconnu par tous les médias comme le nouvel homme providentiel. » Toute une leçon pour ceux qui y croient encore, non ?
    Mais peut-être fait-il partie de ces électeurs épinglés, de « ces gens toujours prêts aux conciliations et aux solutions mitigées, et [de] ceux, effectivement nombreux, qui se satisfont de mots creux et à qui les beaux sentiments tiennent lieu de réflexion. » ?
    Que donc ceux qui crient le plus fort – n’est-ce pas Marc ? – relisent cette phrase : « Du reste, il connaissait les électeurs : les solutions du tout ou rien soulevaient les applaudissements mais, lors du scrutin, ne donnaient pas de bulletins… » et que Patrick médite celle-ci, « hélas trop vraie » elle aussi : « Cette passion des foules qui, vite lasse de ce qu’elle a – quel que fût le bilan passé – s’empresse de rêver à une équipe nouvelle et aux sirènes du changement. »
    A bons entendeurs, salut !
    Jean… le Bon bien sûr !

  11. Valentine dit :

    Hi, hi ! hi ! Permettez à une femme de rire, « de ce rire si délicieux qui, d’habitude, chassait ses soucis ou les ramenait à de plus justes proportions ».
    Allons, Messieurs, ne poursuivez pas « avec l’entêtement de qui cherche à se convaincre » ! Parmi la gent politique, il existe des hommes qui même « s’ils ont commis certains écarts… sont profondément droits » : qui n’a pas de faiblesses ? nous rappelle Jennifer.
    Quant à moi, je vais profiter de la Toussaint pour avancer dans l’intrigue : rien de tel qu’un petit frisson (hum…) avant de s’endormir !
    Valentine

  12. Françoise dit :

    Merci, Valentine, d’avoir osé faire entendre la voix d’une femme au sein de cette corrida politique : cela m’a donné le courage d’en faire autant. Je monte donc au « perchoir » au-dessus de l’ »arène », en tant qu’arbitre, pour crier : Appel à la réconciliation !

    Burg, nous dit : « Je cultive une vision de l’homme, responsable de ses choix et qui en paie le prix. » : voilà une éthique de bon aloi, valable pour tous. Car qui, en démocratie, paie le prix de ses choix ? On se souvient du désormais célèbre : Responsable, mais pas coupable…
    Smith, se montre « ouvert aux progrès technologiques dès l’instant qu’il avait la certitude de leur innocuité sur l’environnement , en même temps que partisan du maintien des traditions ; sensible à l’esthétique architecturale d’avant-garde en même temps qu’à la sauvegarde de la qualité du paysage ; il avait fait preuve de sens social en favorisant la création d’emplois générés par d’audacieux projets à la pointe des innovations scientifiques ; ennemi de l’esprit partisan, il était ouvert à des non-politiques, sans arrière-pensées idéologiques. » Certes il faut être un peu funambule, mais n’est-ce pas là « la voie de l’équilibre » ?
    Pour ma part, je veux croire que toute formation, à gauche comme à droite et même… au « Centre », mon cher Marc, possède de tels hommes… et femmes !
    Françoise et française… elle aussi.

  13. Remember dit :

    Ma chère Françoise
    Gardez précieusement votre optimisme et partagez-le avec Valentine et Patrick. Quant à moi, la sagesse, fruit de l’expérience, m’incite à sourire car « Chat échaudé craint l’eau froide ». Prudence donc et circonspection !
    Lisbeth prétend n’accepter que « des compromis et non des compromissions » : c’est vite dit ! Moi, je me méfie de tous ces « arrangements », justement nommés « politiques ». Ce sont souvent des marchés (ça ne vous rappelle rien, ces syllabes ?!) de dupes.
    Regardez ce pauvre Bradley qui jure, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus : « Il avait compris ce qu’on appelait la politique de la main tendue… en attendant qu’on vous lâche. » Ça ne vous rappelle décidément rien ?! Pourtant la mémoire, nous dit l’Inspecteur Peterson, fonctionne par associations d’idées…
    Signé : Remember !

    P.S. (avec prière de n’y lire aucune allusion par association d’idées !)
    Ma citation est tirée de l’Epilogue : façon de répondre au petit mot de notre cher auteur « Politique d’abord », et que je félicite chaleureusement au passage, que je n’en suis pas qu’au début. J’avoue avoir dévoré ce roman en passant par bien des sentiments : intrigué, amusé, ému même, piqué par certaines réflexions ou échauffé par certaines scènes… mais toujours tenu en haleine. Un excellent policier. En cela du moins, nous semblons être d’accord !

  14. Alain dit :

    Remember se « souviendra », lui qui cite La Fontaine à la suite de l’auteur, de cette cynique vérité qui est à la source de l’expérience fâcheuse de Bradley : Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui le flatte. Pour moi, c’est ça la politique.
    Voyez les émoluments des pauvres députés non réélus, qui seront donc boulés : en clair, dont on ne veut plus. Eh bien, ils viennent de se voter – à l’unanimité ! – une allocation chômage de longue durée, 6952 euros pendant 60 mois, sans avoir, eux, à faire la preuve d’une recherche d’emploi : elle est valable jusqu’aux élections suivantes ! L’alternance est donc assurée…
    Et ici, pas besoin de « mémoire » : ça date du mois de mars 2007. Croyez encore, si vous le voulez, à la réduction du train de l’Etat ! ou à la chasse aux parachutes en or… ou au désintéressement des politiciens, providentiels ou non !
    Un cocu parmi d’autres
    P.S. (et vous pouvez lire ce sigle en rose)
    Il est vrai, selon Lawson, qu’ « on n’en meurt pas ». La preuve, j’ai survécu !

  15. Patrick dit :

    Hé ! Georges Dandin, dit le cocu
    Attention, à force de voir la vie en rose, à ne pas « passer », comme notre George, l’arme … à gauche !
    Patrick, qui te veut du bien.

  16. Regina dit :

    Trêve de jactance, Messieurs, et « ôtez le bandeau de vos yeux ». La vérité que vous cherchez, que dis-je l’évidence qui devrait vous rendre votre lucidité « définitive », se trouve sous votre nez à la page 27. Elle clôt le chapitre 2 et toute autre rodomontade ou faux-fuyant. Que tous les Remember la gardent en mémoire. « Il en parla à sa femme. Ainsi se dénouent souvent les questions les plus inextricables, du simple quidam jusqu’au chef de l’Etat. » Tout est dit, non ?!
    Reine… évidemment !

  17. Robert dit :

    J’arrive un peu tard dans la bagarre : du reste, l’âge aidant, je n’ai plus guère le coeur à m’exciter là-dessus. Mais qui eût dit – pour employer ce délicieux subjonctif plus-que-parfait cher à notre auteur – qu’un roman policier serait l’occasion d’une telle joute politique !
    Eh bien, moi qui suis septuagénaire et qui ai cru aux beaux discours, je vous le dis à tous : « Je vous ai compris ! »
    En clair , pour reprendre les mots de Brown : « … Des rêves brisés… des illusions déçues… La vie n’est que songe creux… et moi, un jobard… »
    Ne me ressemblez pas.
    Pauvre Job…

  18. Hélène dit :

    Je suis stupéfaite par le nombre de citations que nos Sherlock Holmes ont relevées : un faisceau de « petits riens qui par leur convergence… » Du coup, je vais relire « ce roman qu’on hésite à appeler polar », comme le dit avec justesse un article de presse. Presse, tous médias confondus, qui pourtant y prend une volée de bois vert !
    A + quand vous vous attaquerez à elle ! J’en ai relevé des vertes et des pas mûres. Pas vous ?
    Hélène (prière de ne pas faire « d’associations d’idées » merci.)

  19. Georges dit :

    Salut, les copains ! Le blog s’anime, on dirait. C’est-y qu’on profiterait de la grève pour lire (alors, ce serait déjà un plus dans le moins !) et qu’on s’en vengerait en braquant l’artillerie sur les politiciens ? Et si on changeait de cible ? Les femmes par exemple, hein ? Car il y a de sacrées souris dans ce bouquin !
    Je lance juste l’idée, avec cette déclaration percutante à la page 69 (ça ne s’invente pas !):
    « Après tout, s’était-il dit avec dérision, ce n’était qu’un homme, bon vivant, et qui faisait ce qu’on attendait d’un homme : tenter de séduire les femmes. A elles d’accepter ou non. Les vraies coupables finalement, ce sont elles ! (à écrire en gras sur vos tablettes !) toutes ces femmes qui perdent la tête dès qu’un beau merle leur roucoule des fadaises. La coupable, c’était elle, sa femme. »
    D’accord avec moi, les gars ?
    Georges (avec un « s » s’il vous plaît, merci.)

  20. Henri dit :

    Salut, Georges !
    Fais gaffe de ne pas aller au casse-pipe comme le beau Smith ! Tu t’attaques là à la majorité des lecteurs, si j’en crois les statistiques du blog ! Mais moi, les femmes, ça me branche !
    Sans être de parti pris, je dois avouer que même ma femme a souri quand elle a lu : « Elle avait un art bien à elle de vous commander en vous demandant votre avis. » – à croire qu’elle se reconnaissait ! – et que le pauvre inspecteur se voyait « choisir » son lieu de vacances. Moi, je lui ai souligné au crayon : « Elle connaissait suffisamment les hommes pour savoir qu’il ne faut rien leur dicter, mais simplement suggérer. »
    On a bien ri. La complicité : rien de tel !
    Un mari satisfait (eh oui, ça existe !)

  21. Jean-françois dit :

    Je les aime bien, moi, les femmes, et même un peu « salopes », comme dit Brown : ça met du sel dans les relations. Parce que, entre nous les hommes, « c’est vrai que trop de pudeur tue le désir ! » Et qui plus est, ma femme est d’accord là-dessus. Alors, comptez pas sur moi, dans cette corrida qui s’annonce, pour la mise à mort : je me réserve juste quelques banderilles !
    Olé !
    Un autre mari (presque entièrement) satisfait…

  22. hubert dit :

    Ave, Caesar, moriturus te salutat.

    J’ai longtemps hésité, mais, ne voyant rien venir de bien piquant, me voici « résolu à tirer sur elle[s] en même temps que désespéré d’avoir à le faire. » Je vais sans doute au massacre, mais j’y vais « du pas déterminé du matador qui a rendez-vous avec la mort. »
    Dès le titre « Piège de femmes » nous sommes prévenus : l’art de la manigance est bien féminin. La chaste Cathy ne se fait guère prier pour jouer un jeu ambigu : « c’est excitant ! » avoue-t-elle ingénument. La secrétaire éplorée, si romantique à évoquer Lamartine, se console vite de la disparition de son amant : un de perdu, un de retrouvé ? Avec l’un comme avec l’autre, la préoccupation première pour cette ambitieuse est de tester son sex-appeal !
    D’ailleurs avez-vous remarqué combien elles sont toutes devant leur miroir ? combien passer à la télé les fait frétiller ? combien elles jouissent de « voir les hommes devant elles, prisonniers de leur magie » ? C’est que la séduction et ses jeux, de l’érotisme le plus épuré aux provocations les plus sulfureuses, leur est naturelle. Ange et démon, telle est bien la femme… de couverture.
    Le rétiaire… de la Reine (du 6 nov.)

  23. Brigitte dit :

    Cher auteur
    Intriguée par votre citation allusive de Peter Altenberg – de son vrai nom Richard Engländer – j’ai eu la curiosité de chercher ce que cachait ce « au contraire des femmes ». Voici ce que j’ai trouvé – c’est tiré des Esquisses viennoises – : « L’homme traverse des printemps successifs. Mais pour la femme, il est beau de ne traverser qu’un seul rêve et d’en mourir. »
    J’aurais aimé lire cette phrase dans votre livre, car Helen en est l’illustration dramatique. N’est-ce pas à notre honneur ?
    Héloïse

  24. pierre dit :

    Je découvre, ce matin (au bureau !), la morale du miroir à deux faces : demain, en me rasant, j’y ferai plus attention. Là, devant mon écran, je me dis qu’il fait aussi office de miroir. Alors, ça se passe comme ça partout, sur la rétine et jusque dans la tête ?
    « Réfléchissez ! » disait mon prof.
    Le philosophe

  25. Jean-Claude dit :

    Permettez-moi, sans pédanterie, de rappeler à notre philosophe que « ça se passe bien ainsi dans notre tête » quand nous « réfléchissons » : le mot « idée » vient du grec « eidos » qui signifie apparence, reflet, image.
    De là aussi le mot « idole » : qui n’a que l’apparence de la réalité. De combien de choses n’en fait-on pas ! A commencer par soi-même. Argent. Femmes. Sexe !!!
    Et pour en revenir à la politique : « idéologies » de toute nature.
    Un prof.

  26. Hélène dit :

    Hypocrite lecteur !

    C’est la femme qui m’a donné du fruit de l’arbre !

    Facile d’accuser les femmes, après avoir été comblés par elles, d’être « des tentatrices, des Circé aux charmes maléfiques, des ensorceleuses qui vous dépossèdent de vous-mêmes » (p.483). Ingrats ! Vous ressemblez bien à Michael qui, égaré « dans les dédales où l’orgueil masculin perd les hommes » (et l’égoïsme donc !) n’est « même pas reconnaissant de l’ivresse qu’il cuve en animal repu ».
    Oui, comme dit Helen : « c’est trop commode de miser sur les deux tableaux ! »
    Comme quoi, M. le Psy, la duplicité est aussi masculine !
    Eve

  27. Gilles dit :

    Comment en serait-il autrement, ma chère Eve, puisque vous avez été tirée de la côte d’Adam : il faut bien que ça vienne de quelque part ! Mais certaines la cultivent mieux que d’autres, disons qu’elles l’ont dans le sang.
    Psy

  28. Jean-Claude dit :

    Soyons honnêtes : depuis Eve et sa pomme, la femme pour tous les Adamiques est « volatile comme un rêve et charnelle comme une promesse savoureuse ». Charmant, non ? et si délicieusement vrai !
    Pourquoi donc ne pas tirer plaisir des deux ?
    Epicure

  29. Hélène dit :

    Soit ! Admettons-le : une femme sera toujours heureuse de voir un homme devant elle « prisonnier de sa magie » et d’être « une ensorceleuse ». Mais, dès qu’elle est amoureuse, elle est encore bien plus heureuse de ne plus être vue comme « objet de convoitise » et de ne plus considérer l’homme comme « objet de séduction ». Ce qui l’intéresse est fort bien dit à la page 274.
    Nous aimons être désirées – et j’avoue avec Jennifer que nous ne pensons qu’à provoquer ce désir – mais, dans le secret de nos cœurs de femmes (je crois que c’est pareil pour les hommes), nous désirons être regardées « comme une personne », « un mystère ». Alors bien sûr que nous faisons les mystérieuses !
    Et à vous voir « frétiller » devant nous, comme nous – paraît-il – devant un miroir ou sur un écran de télé, j’imagine que ça vous plaît aussi !
    Eve

  30. Valentine dit :

    A tous les Don Juan… ou qui se rêvent tels !
    Cessez de gamberger et méditez sur ces deux titres qui explicitent votre dilemme : « Les yeux bandés – Les yeux ouverts ».
    Moi, je vous le conseille : faites plus attention à votre femme et à sa « réalité charnelle » (avec ses kilos en trop ou en moins). Car « l’absence même d’images réelles favorisait ses fantasmes » et les fantasmes, nous voyons bien où ils entraînent « le pauvre » Michael.
    Bien sûr, il nous arrive de nous refuser – pour des tas de raisons que je tairai ici – et croyez que nous savons la « torture » que cela vous inflige, mes pauvres ! Nous compatissons. Mais ces moments sont l’occasion de mettre à profit les conseils d’Helen à la page 472 : « Je voudrais que tu me regardes, que tu me caresses… religieusement, que tu m’émeuves touche par touche ». De la délicatesse, quoi !
    D’ailleurs certains hommes – il faut être vraiment amoureux pour cela – le pressentent et prennent le temps de « goûter les sensations imperceptibles que sont les légers contacts de la peau, les regards, le parfum d’une haleine », et sont capables de s’en griser sans se conduire en conquérants machos.
    Je l’aime bien cette Helen-là.
    Héloïse

  31. Henri dit :

    D’accord avec vous, ma chère Héloïse. Et pour vous complaire, j’aurai la « délicatesse » d’oublier les jeux compliqués de séduction dont prend l’initiative votre chère Helen et ses cavalcades débridées… Même s’il est vrai que nous vivons tous avec un bandeau sur les yeux.
    Je ne relèverai que la réponse de cette même Helen, repartie pas méchante et dite en riant, à la question de l’inspecteur : Pourquoi n’en avoir rien dit à votre mari ? : « Pour le mettre devant le fait accompli, sans qu’il puisse faire d’objections préalables ». Et je remarque que la « rouerie » est fort consciente, car, à propos des maris, elle ajoute : « Nous, les femmes, savons comment les manœuvrer ! » Et au lit, itou !
    Qu’en dites-vous ?
    Abélard…

  32. Sylvie dit :

    Puissent les hommes continuer à nous trouver mystérieuses !
    Je vais vous faire un aveu : j’ai 25 ans et j’aime les hommes mûrs. Pourquoi ? Parce que, comme Burg, ils me font la cour – oh ! comme ce temps est loin aujourd’hui chez les jeunes – qu’ils s’efforcent de se montrer « charmants » et d’exercer, eux aussi, une certaine « magie ». Tandis que les jeunes, persuadés de leur invincible attrait, sont déjà prêts à consommer ! Et là, à part des « je t’aime » (dans le meilleur des cas) et des «tu me plais » déversés à satiété, des « ma chérie » interchangeables (des fois qu’on se gourerait de prénom), il n’y a ni « personne » ni « mystère » : on se sert, on se gave, et une clope en guise de pourboire. Même pas un bouquet de fleurs le lendemain.
    Sylvie

  33. Jean-Claude dit :

    D’accord aussi avec Héloïse quand elle conseille de ne pas négliger la réalité charnelle de sa femme : on a toujours tendance à préférer l’ombre qui est de l’autre côté du mur et à trouver à la femme du voisin toutes les qualités. Même le fidèle Peterson n’y échappe pas : « Un cœur d’or, du tact, de la générosité ! Mais qu’avait donc son butor de mari pour ne pas voir la perle rare qu’il possédait ! » (C’est Madame qui devrait être contente ! elle en aurait un regain de tendresse…)
    Il semble bien cependant qu’il en aille de même avec les femmes ! Voyez Helen, je comprends qu’elle trouve le mari de sa meilleure copine plus attrayant que son William bedonnant… mais le conseil vaut pour elle, isn’t it ?
    Fidelio

  34. Gilles dit :

    Chers co-lecteurs et collecteurs de citations ! J’aimerais vous livrer quelques réflexions afin que nous explorions ensemble les doubles fonds de la nature humaine.
    Pour ma part, je suis fort sensible à l’intention qui a fait choisir le dessin de couverture : on ne dira jamais assez la richesse des symboles.
    L’amour et la mort, bien sûr, avec leur charge pulsionnelle, que rend bien l’image d’Eros et Thanatos aux prises sur une carpette qui ressemble à un tapis de casino où se joue un quitte ou « double » dramatique.
    Mais aussi l’apparence et l’être, l’image de soi donnée aux autres et la vérité ; l’être vil transfiguré en homme nouveau, ou l’homme droit tombé en déchéance… Et comme dans tout polar, innocence et culpabilité !
    Quelle meilleure illustration que le contraste emblématique entre nos deux amies ! Helen, « femme à la réalité charnelle sans complexe… occupant l’espace (et les commentaires !) par l’épaisseur de sa présence », apparaît bien comme le contraire d’un rêve, celui d’une Cathy, éthérée, diaphane, nimbée « comme une icône » d’innocence, et fort candide selon moi !
    Psy

  35. Hubert dit :

    Bien vu, le Psy ! Mais il faut aller plus loin en effet dans la lecture dualiste. S’il y a un fossé entre l’image donnée à l’extérieur et la réalité de notre intime personne, il y en a parfois un plus trompeur avec l’image que nous nous faisons de nous-même !
    Et pour en revenir à Helen – c’est un tropisme révélateur qui atteint même nos lectrices –, c’est en elle-même qu’il y a une Helen et une Cathy.
    « Quand je voyais Cathy dans tes bras, quand tu l’embrassais devant moi, je m’imaginais être à sa place : c’était à la fois un supplice et une consolation.» : ce n’est là encore que projection du désir. Mais le dichotomie se manifeste nettement dans le jeu du bandeau : « Imagine que je suis Cathy, dis-moi les mots d’amour que tu lui aurais dits, appelle-moi Cathy ». Puis Helen, « fleurant le parfum de Cathy », cherchant à abolir la réalité en priant Michael : « Pense que je suis Cathy qui s’offre pour la première fois » et qui termine avec ce télescopage révélateur des pronoms : « Parle-lui, dis-moi que tu m’aimes » !
    Mon cher Psy, dites-nous : faut-il appeler cela dédoublement de personnalité, schizophrénie ou plus prosaïquement prendre la place de l’autre !
    Hubert

  36. Valentine dit :

    Pour répondre à Hubert et consorts, je reprends ici mon commentaire mis à l’article de notre bien-aimé auteur « Dualité et duplicité ». Peut-être certains se reconnaîtront-ils « sous un masque » !
    Si Helen en arrive au dédoublement de personnalité, c’est qu’elle désire passionnément être aimée comme elle pressent que l’est Cathy, plus que pour l’évincer. Mais le Michael qu’elle découvre, supposé « tout d’une pièce », est plus qu’ambigu.
    Il se regarde – mais on sait quoi penser des miroirs et des consciences – comme follement amoureux de sa femme tout en la trompant. Passe pour les baisers ; mais plus tard, c’est bien en acte (impossible de s’y… tromper !) ; en intention, laissons-lui la responsabilité de prétendre que simultanément « dans son esprit il aspirait profondément à rester fidèle à sa femme ». Mais voilà, « Le pauvre homme ! » aurait dit Orgon : « il sépare comme beaucoup d’hommes le plaisir des sens et l’engagement du cœur ». « Trop commode ! » lui rétorque Helen avec raison. « Tu prends et tu laisses, tu reprends et tu délaisses, tu veux et tu te repens et cela ne t’empêche pas de recommencer ! »
    Qui joue double jeu, sinon cet homme velléitaire, inconstant, plein de bonnes intentions, mais posant les actes contraires à ses principes ? Un faible, oui. Sans généraliser en disant « comme tous les hommes sans doute », je le trouve moi aussi « égoïste, jouisseur et lâche ». Et son geste final, qui n’arrange rien, relève plus de l’orgueil blessé que du repentir véritable.
    Jusqu’au bout, il reste empêtré dans sa dualité équivoque : « Vous le regarderez toutes deux comme un geste d’amour », pour ne pas dire tout haut ce que je pense : dans sa duplicité !
    Héloïse

  37. Isabelle dit :

    Ce que j’ai aimé dans ce roman, dont je viens de terminer la lecture grâce à un ami qui me l’a prêté, c’est que l’enquête, comme le dit un commentaire de presse, « s’aventure également dans les recoins cachés des cœurs où se tapissent toujours, sous le verbe aimer, les mobiles les plus profonds des conduites humaines ».
    A ce propos, je vous livre une réflexion d’Origène, théologien d’Alexandrie au début du IIIe siècle.
    « Ton ennemi sort du fond de ton coeur. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le Christ ; écoute-le : « C’est du coeur que viennent les pensées mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, diffamations » (Mt 15,19). Réalises-tu la puissance de cette armée ennemie qui s’avance contre toi du fond de ton coeur ? Voilà tes vrais ennemis. »
    Nous le savons, le cœur est loin d’être limpide : il est bien plutôt un « nœud de vipères ». Y plonger ses regards est à la fois répulsif et fascinant. C’est tout l’attrait de ce policier « littéraire ».
    Isabelle

  38. Valentine dit :

    Tout à fait d’accord avec Isabelle (la catholique…). Femme, j’adore les romans de sentiments. C’est pourquoi j’aime bien le titre du livre « Aimer… ». C’est pourquoi aussi j’avais signé mon premier message « Héloïse » (qu’un Abélard s’est empressé de commenter !)
    Tout dans la vie, bien et mal, trouve sa source dans le coeur.
    Dans celui des personnages cuit un ragout où trempent « ambitions dévorantes, calculs sordides, vices dégradants, jalousie morbide et sensualité débordante  » cependant que dans d’autres chaudrons mijotent « émerveillement d’aimer et d’être aimé, innocence à toute épreuve ou virginité recouvrée, confiance inébranlable et amitié fidèle ».
    Cette descente au coeur de l’homme est d’autant plus passionnante qu’elle constitue finalement le ressort profond de l’intrigue. Voilà pourquoi, pour ma part, j’ai eu beau suspecter assez vite le coupable, je n’en ai pas moins aimé me laisser conduire dans ce dédale où « ombres et lumières » alternent et dont l’issue débouche sur une espérance de « rédemption ».
    Valentine

  39. Henri dit :

    C’est un « mari toujours satisfait » (14 nov.) qui en témoigne et que Jean-François (15 nov.) devrait confirmer. Quant à Valentine-Héloïse, notre grande amoureuse, elles ne pourra, je pense, qu’y apposer sa signature !
    « Et ils ne feront plus qu’un »
    Il est des moments privilégiés, et je l’admets assez rares mais en cela même magiques, où, « par quelle alchimie » ?, la dualité ressentie comme une séparation opiniâtre s’abolit. Un peu comme ces minutes silencieuses que vivent William et Jennifer sur le quai d’embarquement du ferry : unis par la même « évidence aveuglante qui n’avait pas besoin d’être répétée : ils s’aimaient… Ils s’aimaient, cela seul comptait, cela suffisait… Ils respiraient ensemble, ils se taisaient ensemble ». Ou, comme après s’être donnés l’un à l’autre, « ce temps du silence où il suffit aux amants pour se comprendre d’être étendus paisiblement l’un près de l’autre ».
    J’y remarque que le silence est nécessaire dès qu’on s’approche de l’état fusionnel dont nous rêvons tous et que la « communication », dont on nous rebat les oreilles, ne passe pas fatalement par des torrents de mots ; et a contrario, que les « explications » tournent toujours aux disputes amoureuses (?).
    Henri

  40. Valentine dit :

    Mon cher Abélard
    En guise de signature à apposer à vos réflexions de mari satisfait, je peux bien vous avouer qu’au début de notre mariage, notre couple a connu, après des passes enivrantes – mais n’a-t-on pas tendance à les embellir dans nos souvenirs ?! – de ces minutes silencieuses où, pleinement heureux, nous nous regardions, émerveillés, « comme deux êtres venus au monde au premier matin de la Création » (Poétique, non ?) Oui, j’en témoigne aussi : dans ces précieuses minutes, notre bonheur était intense, « comme seuls le connaissent ceux qui font l’amour avec amour ». (J’adore cette phrase !)
    Héloïse

  41. Mon cher Henri-Peterson, puisque vous sollicitez mon témoignage, je vais, comme Valentine, moi aussi passer aux aveux.
    C’était en fac, j’avais déjà près de 25 ans : veni, vidi, vinctus sum ! Je l’ai vue et ce fut le coup de foudre instantané. « J’ai ressenti comme une illumination », ma vie, jalonnée de nombreuses rencontres féminines, « m’est apparue comme une longue course vers « Elle », comme une préparation à cette rencontre » providentielle. Toutes les filles que j’avais connues se sont comme fusionnées en elle, elles n’ont plus existé – quoique j’aie gardé d’elles des photos ! – sinon pour être « sublimées », ne subsistant dans ma mémoire qu’à l’état « d’esquisses », « d’aspects particuliers de la beauté », propres à me rendre sensible à l’unique que j’avais devant les yeux.
    « Commode ! » aurait dit Helen, mais c’est un fait.
    Jean-François

  42. Brigitte dit :

    Pour répondre à Henri et en général aux hommes qui, par nature ou « épuisés » par leurs ébats, restent silencieux (ou fument, n’est-ce pas Sylvie ?!)
    Qui admettra n’avoir jamais été ce « bateau ivre » dans les bras de l’amant ? « Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots »… Mais moi, lorsque j’atterris sur la grève, j’ai tendance au rire et à l’exubérance, ou à l’épanchement des mots ! Et je crois que c’est une généralité pour nous, les femmes. Nous attendons avec délices ce « moment où les corps assouvis laissent place à l’euphorie des mots ». Nous aimons, dans ces moments de pause, – moi, j’adore cette phrase-ci ! – nous « enivrer de mots qui se muent en câlins et de câlins qui font naître de nouveaux mots ». Comme Jennifer, je ronronne « suspendue à cette musique des mots ». Quels qu’ils soient – le dictionnaire importe peu à ce moment-là ! – « ils convergent vers un point focal où tout se fond en une lumière unique » : il m’aime ! Mieux : nous nous aimons.

    Et pour répondre à l’article « Un et deux » – je suis de l’avis de Hubert, ces articles sont remarquables de clarté et de pénétration – j’ajouterai, en tant que mère de famille nombreuse, qu’il existe une réponse au problème « ne faire qu’un à deux » : c’est l’enfant né du couple !
    Bien sûr, reste ensuite à ne plus faire qu’un à trois, ou à plus !!!
    Brigitte

  43. Alain dit :

    Vous me direz qu’être cocu « jusqu’à la gauche » en politique (cf. 3 nov.) devrait garantir de ne pas l’être en ménage. Et pourtant…
    Je lis avec une pitié attendrie vos commentaires sur la beauté des nuits câlines et les couples en fusion. Mais certains, embarqués vers des soleils radieux, se sont noyés au large. Je reprendrai, moi aussi, quelques vers du Bateau ivre, pour rappeler les désillusions de ceux qui voient se succéder aux nuits torrides des lendemains qui déchantent et dont la saison en enfer ne sera jamais finie.
    « Mais, vrai, j’ai trop pleuré. Les aubes sont navrantes,
    Toute lune est atroce et tout soleil amer.
    L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes »
    Alain

  44. Nathalie dit :

    Esprit cartésien s’il en est – et pourtant femme ! – je refusais de croire au coup de foudre, réservant ce beau songe aux romantiques et aux « littéraires ». Jusqu’au jour où j’aurais pu reprendre mot à mot les célèbres vers de Phèdre :
    « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
    « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
    « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
    « Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
    Comme Burg, j’eus la certitude que « mon destin se jouait là », que « je n’avais été mise au monde que pour LUI » et mon cœur « s’est dilaté d’une surabondance de joie ».

    Las ! un gros orage, sous la forme d’une « garce » genre Helen, a éclaté trois ans après et la foudre m’est à nouveau tombée dessus. Ce jour-là, j’aurais pu reprendre exactement les mêmes vers de Phèdre : blanche comme un linge, bouleverséee, paralysée, glacée. Je suis passée par les mêmes sentiments que la pauvre Cathy : tout mon « château intérieur s’écroulait », et c’est LUI qui le démolissait. J’ai cru qu’il me « tuait ».

    Depuis, je n’ai toujours pas la réponse à la question de Jennifer :
    « Peut-on éprouver à nouveau un tel coup de foudre (je parle du premier) sans craindre de se tromper ou… d’être trompée comme la première fois ? »

    Une lectrice émue, et bien surprise de l’être dans ce que je croyais n’être qu’un simple polar. « Quand la fiction rejoint la réalité » : c’est bien vrai pour moi aussi.
    Amitiés « littéraires » à tous.
    Nathalie

  45. Georges dit :

    En évoquant Phèdre, ma chère Nathalie – à qui, malgré tout, je souhaite un joyeux Noël – vous m’avez fait repenser à sa jalousie féroce : un des thèmes de notre livre, un des ressorts de son action.
    Heureusement, un homme, Michael, et une femme, Lisbeth – voire Helen vis-à-vis de Cathy? – l’illustrent : chacun peut donc entrer facilement dans la peau du jaloux.
    Il n’y pas de passion amoureuse sans jalousie : elle lui est, selon moi, essentielle. Et elle conduit – presque « fatalement », dirait l’auteur – à faire, comme dit Racine, « tout le malheur de ce qu’on aime ».
    Toutes mes humanités sont remontées à ma mémoire : « Oenone, qui l’eût cru ? j’avais une rivale… Aricie a trouvé le chemin de son cœur… Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux ».
    Le jaloux s’attendrit sur lui-même en même temps qu’il aiguise sa souffrance. Alors il suffit, dans sa fureur, d’un mot : « définitif » ou d’une pression du doigt sur la détente pour tuer.
    Nous sommes bien dans l’esprit de l’article racinien de notre auteur du 15 décembre : Duo = Duel.
    Georges

  46. Henri dit :

    Oui, Helen est jalouse ! Et oui, elle a les mêmes accents passionnés que Phèdre.
    Phèdre :
    « Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
    « J’aime.
    Helen :
    « Car tu m’aimes, n’est-ce pas ? Tu m’aimes ! »
    « Moi, je t’aime ! dit-elle sur un ton passionné. Je t’ai toujours aimé. »
    A ce moment-là, le barrage cède – de même que dans le passage de l’aveu :
    « Oui, j’ai fait tout cela ! Oui, j’ai tout mené du début à la fin ! Parce que je t’aime. »
    et entraîne, comme dans la tragédie, un torrent irrépressible de mots : « son cœur se vidait en paroles brûlantes, en images presque hallucinatoires. »

    Sa « jalouse rage » ressemble également à celle de Phèdre imaginant « les jours clairs et sereins » des amants.
    « Quand je voyais Cathy dans tes bras… je m’imaginais être à sa place : c’était… un supplice. »
    Et ce cri, d’une incroyable inversion des rôles :
    « Penses-tu que j’accepterais qu’elle me vole mon bonheur ! qu’elle partage avec toi un bonheur dont je serais exclue ! »

    Je reconnais bien là chez notre cher auteur la trace indélébile des études classiques. Comme l’a écrit, je crois, un lecteur : ça change des polars américains ! Y a pas photo, diraient les jeunes ! Joyeux Noël !
    Henri

  47. Pierre dit :

    Ce que je trouve de pire dans la jalousie, c’est le doute. Et les scènes qu’il provoque.
    Je me rappelle une petite amie, que j’ai quittée à cause de ça, qui, chaque fois que je rentrais plus tard que d’habitude, me harcelait. Si elle trouvait un cheveu sur ma veste : « Alors elle est blonde, cette fois ? » ; s’il n’y en avait pas : « Ah ! tu as bien brossé ta veste ce soir ! » C’était à ne pas s’en sortir. Si j’étais gentil pour la calmer : j’avais sûrement quelque chose à me faire pardonner ; donc je lui cachais quelque chose ; donc je lui mentais ; depuis combien de temps ça durait, hein ? ; je lui avais sans doute toujours menti… je ne l’aimais donc plus ?… l’avais-je d’ailleurs jamais vraiment aimée !…
    La litanie est connue et chacun peut gloser là-dessus. Mais je n’y ai pas tenu : « Il y a des limites qu’on ne dépasse pas impunément sous peine de non-retour », lit-on quelque part.
    A bon entendeur, salut. Que de pareils souvenirs, si vous en avez, ne vous gâchent pas les fêtes de fin d’année !
    Pierre

  48. Hubert dit :

    Comme voeux pour cette année 2008, j’aimerais partager avec vous mon intérêt sans cesse renouvelé pour les interventions de notre auteur : n’hésitez pas à laisser votre commentaire au bas de l’article. Du croisement de vos points de vue grandira l’intérêt de notre forum.
    Bonne année à tous.
    Hubert

  49. Jean-Claude dit :

    Voilà, Hubert, c’est fait. J’ai profité des vacances scolaires de fin d’année – et de ce que je suis encore en état avant le 31 au soir ! – pour mettre ma griffe de prof à l’article « Etudes classiques et humanités ». Mais je crains d’avoir ouvert une boîte de Pandore par ma conclusion. Pourtant, il faut me rendre cette « justice », je ne suis pas du signe de la « Balance » !
    Bonne et heureuse année.
    J-Claude

  50. Isabelle dit :

    BONNE FETE ! Monsieur Lamblin
    J’ai lu quelque part que ROGER signifie en langue germanique « gloire de l’épée » : je vous souhaite que l’épée soit votre plume.
    Vos articles sont un régal : culture, style, justesse de la pensée et élévation spitituelle.
    Avec l’assurance de mes « affinités électives » et mes compliments.
    Isabelle

  51. Georges dit :

    Assez d’accord avec la réponse de J-Claude au dernier article de l’auteur, pour pondérer mon « jugement », disons plutôt – pour ne pas mécontenter notre fougueuse Isabelle – mon appréciation sur Brown, assassin virtuel. Je ne me « hasarderais pas » à le condamner.
    Mais n’y a-t-il pas du sophisme dans sa défense quand il se blanchit en arguant : « Il avait bien fait de le tuer. C’était de la légitime défense. Une sorte de défense après coup, puisque Smith l’avait d’abord tué en tuant son amour ». D’une logique un brin spécieuse…
    Georges

  52. Brigitte dit :

    Assassin virtuel, Brown ?
    « Matériellement, vous n’êtes pas un assassin », conclut prudemment Peterson. Mais en conscience ? Celui qui a décidé l’adultère dans son cœur, ne l’a-t-il pas déjà commis ?
    Brigitte

  53. Gilles dit :

    Des sophistes d’hier à ceux d’aujourd’hui : en souvenir de la fête des saints Innocents.
    Je ne suis pourtant pas Ponce Pilate, mais j’ai lu Montaigne et Pascal : « Vérité d’un côté des Pyrénées, erreur au-delà », grimaces de prétoire, incapacité à tenir les tenants et aboutissants…
    Je constate simplement, et avec tristesse, que rien n’a changé : l’avortement était un crime ; il est devenu un droit opposable, un acte remboursé « en toute justice », une dignité pour certains esprits ; et dire le contraire est… un crime !
    A croire que la loi naturelle inscrite dans le cœur s’est fossilée avec l’organe, et que plus personne, ne distinguant entre le bien et le mal, n’ose plus porter le moindre jugement, sauf sur ceux qui persistent à juger !
    Après cela, comment trancher ? Dans le… vif du sujet ! et bonne année malgré tout !
    Gilles

  54. J-François dit :

    Hardi ! les gars, à force d’ébranler les bases de la société par votre scepticisme, allez-vous être « complices » des « habituels détracteurs de la Justice et de la Police » visés à la page 408 ?
    Pour continuer dans l’évangélisme, entendez le bon larron nous dire : « Pour nous, c’est justice après ce que nous avons fait ».
    Si même le condamné le reconnaît…
    J-François

  55. Hélène dit :

    A quoi bon vous torturer les méninges ! Il y a loin entre la justice théorique et sa mise en pratique.
    La « Justice » est telle que Brown est relâché et le dossier d’Helen – malgré son aveu – irrecevable en l’état, fautes de « preuves » ! Alors, pourquoi jouer à Faites entrer l’assassin ? Les erreurs judiciaires – en âme et conscience – sont une réalité. Ce terrible mot de « définitif » qui clôt le livre me fait frémir : je ne voudrais pas faire partie d’un jury d’assises.
    Hélène

  56. Pierre dit :

    La « Justice » est telle, dites-vous, qu’elle est inopérante. C’est pourquoi je trouve que la justice expéditive du « Shoot to kill » a le mérite de rendre à Mr. Edouard ce qui revient à Mr. Edouard ! et de ne pas encombrer les prisons où les petits malfrats attrapent le virus. Combien sommes-nous à garder sur le cœur la même indignation que Peterson : « Coincer les pauvres mecs, ah ça, on savait faire ! Les entasser à trente dans les cellules, les laisser au contact des vrais voyous jusqu’à ce que la greffe prenne, les relâcher pour bonne conduite et se désoler après coup parce que des récidivistes « bien connus des services de police » commettaient à nouveau leurs crapuleries… et laisser en liberté les gros bonnets ! Non, il ne le supporterait plus longtemps ».
    Là est le vrai scandale.
    Sur ce, bonne nuit et tous mes voeux !
    Pierre

  57. Sophie dit :

    Moi, je ne voudrais ni être jurée ni… témoin, car « Mouiller les témoins, ça aussi on savait faire, mais qu’ils retrouvent une vie normale, ça, on s’en lavait les mains ! ». Quant à l’indépendance de la police ou de la magistrature, parlons-en, on sait faire pression sur elles : « Il soulèverait une tempête politique qui éclabousserait le gouvernement en place et ferait la partie belle aux opposants… il torpillerait de façon inconsidérée des enjeux économiques… ce serait de la légèreté ! »
    C’est comme pour les victimes : ils reçoivent moins de « compréhension » que les assassins et violeurs de tout poil. Je suis écoeurée.
    Sophie

  58. Nathalie dit :

    Et moi, je suis comme Cathy. Si on me disait : « Grâce à vous, l’assassin est sous les verrous », je répondrais : « Ce n’est pas une consolation, Inspecteur. Cela ne rendra pas la vie à sa victime… » Et ce ne sont pas non plus les indemnités qui rendent les morts à leurs familles ni la santé aux handicapés, ni la dignité aux femmes violées. Il devrait y avoir deux secrétaires d’Etat à la Justice : l’un pour sanctionner les criminels, l’autre pour trouver comment rendre justice aux victimes. Et une fois encore, je ne parle pas d’argent.
    Nathalie

  59. Alain dit :

    Il ne faut avoir jamais été convoqué au commissariat ou au tribunal, et il faut être candide comme Lawson, pour penser « que le témoignage d’innocence que lui décernait sa conscience simplifierait tout… et que son « aveu » serait un tel signe de collaboration avec la Justice qu’on le féliciterait en fin de compte de son honnêteté ».
    Sachez que votre témoignage est d’abord regardé comme sujet à caution, porteur d’erreurs potentielles, et parfois chargé d’intentions que l’on vous prête. A partir de là, vous voilà sur la défensive, mal à l’aise, crispé, et en passe d’être passé au peigne fin.
    Un témoin devient vite un suspect ! un suspect que les avocats ont tôt fait de transformer en accusé ! et la presse en homme douteux…
    Alain un témoin qui témoigne !

  60. Jean dit :

    J’ai constaté moi aussi combien on devient vulnérable devant un simple interrogatoire, et comment on finit par douter de sa mémoire à force de répéter. Chaque mot que vous prononcez devient un danger possible ; le moindre changement effectué, sous la pression de l’interrogateur, semble vous mettre en contradiction avec la déclaration précédente ; vous dites que vous vouliez apporter une nuance à votre affirmation, en atténuer le tranchant : on vous répond que n’êtes donc pas sûr de vous. Peterson a beau le savoir : «Illusion de la mémoire ? Il avait constaté que cela arrive parfois quand on cherche à tout prix à se souvenir ou à force de faire pression sur des témoins », ça ne change rien à leur manière de procéder.
    Jean

  61. Robert dit :

    Je confirme ce que dit Alain. J’ai pourtant 50 ans et suis loin d’être timide.
    J’ai eu à témoigner à plusieurs reprises lorsqu’un de mes frères a été tabassé par deux « jeunes » au point de nécessiter un remodelage de son visage. Le pire pour moi a été le foutu carnet qu’ils remplissent avec vous ne savez jamais quels mots ou le magnétophone qui non seulement vous emprisonne dans les mots prononcés : « vous l’avez pourtant dit, écoutez ! » mais en plus enregistre l’intonation, l’hésitation, le moindre silence intercalaire dont on se sert ensuite pour vous « cuisiner ».
    J’ai été convoqué à la barre, et je peux vous dire que j’ai ressenti la tension du témoin devant l’appareil de la Justice et son déploiement fait pour vous impressionner, devant le ton sec de la défense et ce que vous prenez pour des signes entendus entre gens de robe, ou tout simplement devant cette sorte de détachement face à votre témoignage, écouté avec une froideur qui frise l’indifférence, comme s’il n’avait aucune valeur en soi, n’en acquérant que si l’avocat sait en user.
    Ce mépris se confond à la sortie avec l’indulgence scandaleuse dont ont bénéficié les inculpés. En cela je rejoins Nathalie et Sophie : les voyous sont mieux pris en compte que les victimes. Et les témoins bientôt plus malmenés.
    Robert

  62. Jean-Claude dit :

    Après ce qui a tous les airs d’un réquisitoire, écoutez la défense !
    Il ne faut pas en vouloir au flic qui prend des notes : d’abord, c’est son boulot d’enquêteur, et puis c’est comme ça qu’on coince les menteurs. Rappelez-vous la réponse de Peterson à Helen : « Comme le dit Sherlock Holmes, une enquête est le résultat de l’observation de riens. Ce ne sont pas les quantités de pages qui comptent, mais de ces petits détails insignifiants en apparence et qui par recoupements finissent par dégager des contradictions ou des convergences… significatives ! »
    O’Neil le sait aussi : « La routine, se dit-il, mais c’est souvent grâce à elle qu’on coince le coupable ».
    Certes être interrogé est un mauvais moment à passer, mais il faut se dire que cela peut servir à la vérité et que, finalement, seuls ceux qui ont quelque chose à cacher ont à craindre.
    J-Claude

  63. Gilles dit :

    D’accord avec Jean-Claude. Il n’y a qu’à se reporter au passage où Lisbeth, p.98, se disant qu’un jour ou l’autre elle risquait de se couper, en a froid par avance dans le dos, pour constater que la méthode du calepin est efficace. En revanche, c’est ce qui permet à Peterson de constater que Brown n’a jamais « dit » avoir tiré et de comprendre ainsi son innocence (relative, j’en conviens). Enfin, pour nous lecteurs, chaque détail ainsi noté – horaire, kilométrage, position, contradiction… – est un « signe de piste » qui nous pousse à des supputations, lesquelles, bien évidemment, se retourneront, tout aussi logiquement, contre nos conclusions ! C’est tout le plaisir des dénouements du genre.
    Gilles

  64. Henri dit :

    La psychologie, on le sait, n’est pas le fort des policiers ou des gendarmes, du moins c’est une tradition que de l’affirmer ! Cela n’empêche pas un Peterson, grâce à son expérience, de jouer finement : « Peterson laissa un de ses silences qu’il affectionnait pour désorienter les prévenus : il avait remarqué que ceux qui mentaient se troublaient et perdaient une partie de leur assurance pendant les interminables secondes où ils se demandaient d’où allait surgir l’attaque, sans moyen de s’y préparer ».
    Ce sont là des trucs d’interrogatoire, et ils marchent… parfois !
    Pour déstabiliser le prévenu, faire craquer le coupable – si l’on excepte la torture – tous les moyens sont bons. Et le témoin s’avérant parfois le coupable, on comprend qu’on le « cuisine ». Les romans policiers ont cela de bon, c’est qu’à la fin le flic a raison !
    Henri

  65. Georges dit :

    Jusqu’où pousser un interrogatoire : là est la « question » !
    Prévenus, mis en examen, témoins : on ne prend jamais assez de précautions avec eux.
    Les mêmes qui se plaignent des méthodes « persuasives » oublient la remarque cynique de Brown : « Rien ne ressemble plus à un innocent… qu’un coupable qui ne craint rien ! » Je n’oublie pas de mon côté que « les plus fortes présomptions ne font pas une preuve », mais ça, c’est au juge d’y prendre garde. La police, elle, vise à obtenir les aveux et se doit de soumettre le suspect à la « question ». Certains, comme Burg, s’avèrent « coriaces » ; d’autres, comme Helen, habilement coopératifs.
    Dans le roman, remarquons-le, tous les témoins mentent, même l’innocente Cathy !
    Georges

  66. Hubert dit :

    «Quelle enquête ne met pas au jour plusieurs suspects sans pour autant qu’ils soient coupables… de ce dont on les accuse ? »
    Cette réflexion nous rappelle que le mensonge est la parade courante pour protéger une vie privée mise soudainement en lumière. Il est rare que nous n’ayons rien à cacher ou que nous n’estimions devoir l’être. Le « à condition que ce ne soit pas étalé dans la presse » de Lisbeth est symptomatique : nous craignons avant tout le jugement public. Voir nos réactions contre les paparazzi et autres « fouille m…e » : ne ressemblent-elles pas à celles de Brown devant les insinuations des journalistes sur sa vie privée ?
    Je pose la même question que Georges : jusqu’où tolérer les impératifs de l’investigation ?
    Hubert

  67. Pierre dit :

    A l’interrogation finale de Hubert, je réponds par l’observation de Peterson, p.150. Lisbeth lui faisant remarquer que la question à propos de sa liaison avec le maire « ne relève pas de son enquête », il rétorque : « En effet, vos sentiments sont votre affaire personnelle. Mais ils peuvent interférer avec [elle] » : ce qui est effectivement le cas.
    C’est pourquoi, aux impératifs de l’investigation, répond le secret de l’instruction. Malheureusement, qu’on les attribue au Parquet, à la Police ou aux « fouille m….e », il y a trop souvent des « fuites » inadmissibles.
    Pierre

  68. Paul dit :

    Je viens de parcourir ce blog pour la première fois et vos commentaires, Mesdames, m’ont donné à penser. Les femmes, dites-vous, réclament des mots comme preuve d’amour. Helen en est l’exemple : prête à tout pour les entendre, elle en est pathétique.
    Pour une fois Michael se domine : « C’eût été lui dire : je t’aime… je t’aime d’amour. Et cela, alors même qu’un violent désir l’enflammait malgré lui, il ne voulait pas le concéder. D’un sens, il l’aimait trop pour le lui faire croire. » Il a conscience de l’impact des mots.
    Mais quand il finira par céder, Helen, oubliant comment elle les avait obtenus, en tirera argument : « Elle l’entendait encore crier : « Helen, je t’aime ! Je t’aime, Helen, je n’aime que toi ! » Non, elle ne l’avait pas rêvé : la joie qu’elle en avait ressentie était encore palpitante dans un coin de son cœur broyé. Une joie que même la mort ne pourrait jamais lui ravir. Une joie amère, mais une joie malgré tout. C’était sa preuve à elle qu’il l’avait vraiment aimée. »
    Cette « preuve » et ce « vraiment » ne vous posent-ils pas question ?
    Paul

  69. Georges dit :

    Mon cher Paul, si les mots sont suspects, et si l’on peut même penser en entendant des « ma chérie » qu’il y a là une précaution de langage « des fois qu’on se gourerait de prénom », que dire alors des silences !
    Voyez Michael et Cathy : le silence, que chacun interprète différemment, paralyse le geste de réconciliation, pourtant désirée des deux, et creuse le fossé qui les sépare. Voyez Helen se demandant si son amant cuve son plaisir, éreinté par la fougue de ses assauts, ou bien rumine des pensées agressives. Voyez-les au bras l’un de l’autre dans Cantorbéry, si proches de corps et si éloignés par leurs pensées ! Enfin regardez William et Helen se donnant l’un à l’autre : chacun pense à un autre partenaire et « ils furent pleinement heureux » !!!
    A tout prendre, je préfère encore les rapports de Burg et de Jennifer : dans leur approche, ils se grisent de la musique des mots et dans leurs étreintes, ils se murmurent des mots passionnés, lesquels font naître des câlins qui à leur tour suscitent d’autres mots amoureux ; mais quand vient le moment de se séparer sur le quai du ferry, ils gardent le silence, un silence qui exprime intensément leur amour partagé : il leur suffit de respirer ensemble, de se taire ensemble.
    Au fond, je crois que, s’il y a une confiance totale entre les personnes, toute ambiguïté disparaît. Le reste est question de feeling !
    Georges

  70. Julie dit :

    Je suis bien de l’avis de Georges : le feeling est en rapport avec le caractère des partenaires, certains sont bavards, d’autres silencieux. J’ai un mari qui ne dit pas un seul mot pendant l’amour, rugit au moment du plaisir, et n’arrête plus de parler quand la tension est tombée !
    Ce en quoi mon expérience rejoint une réflexion de l’auteur, par personnage interposé : « Pourquoi les hommes dressent-ils tant de barrages à l’expression de leurs sentiments : par pudeur mal comprise ? (je crois que oui ou alors ils partent dans des mots crus), par peur de se rendre vulnérables ? (encore plus d’accord !) Mais « après », je peux tout lui demander : c’est le secret de l’oreiller !
    Julie

  71. Sylvie dit :

    Vous savez que j’apprécie les relations avec les hommes faits que je trouve plus attentionnés à mon égard. Je rejoins ceux et celles qui parlent en amour d’estime, d’admiration, et même de dépendance librement consentie . Comme pour William et Helen, je peux affirmer que « la différence d’âge est positive ». Devant l’éclat de mes 25 ans (qui lui donne des airs de conquérant pas peu fier de lui !), mon amant, devenu mon mari, est « à mes pieds » et y trouve sa joie ; moi, « je l’admire » et « je me repose sur la sécurité » qu’il m’apporte. Je ne dis pas que toute notre relation se réduit à cette double posture, mais elle en constitue le socle : nous formons un « vrai couple ».
    J’ajoute que, aux dires des amis, la cinquantaine joviale lui réussit parfaitement et qu’à ses côtés je prends un relief particulier… Bref, je suis heureuse de cette complémentarité, et le regard des envieux n’est pas le moindre de nos plaisirs !
    Sylvie

  72. De mon côté, je suis très sensible à la qualité du regard posé sur moi. J’ai relu avec attention, après le témoignage de Vicky donné en annexe, le passage où elle parle de ces regards collants et poisseux, pleins de concupiscence, des spectateurs de son show, alors qu’une autre manière d’être regardée, d’une façon plus transparente, comme Jennifer par Burg, lui redonne toute sa dignité : elle peut alors se regarder elle-même en face.
    Voilà pourquoi j’ai été très émue par la réflexion à propos de Helen se regardant dans sa glace après la disparition de son amant : « A ce moment, elle réalisa douloureusement, que seul le regard de Mick lui donnait le goût d’elle-même ». En cela je rejoins Sophie (6 dec 07) rassurée par le regard de son mari sur le charme que l’éloignement de la jeunesse lui a laissé… au moins aux yeux de celui qui l’aime.
    Je trouve ce roman policier, par ailleurs bien ficelé, d’une grande richesse psychologique. Et finalement plein de tendresse.
    Christine

  73. Valentine dit :

    Julien, dans son commentaire à l’article « La dualité n’est jamais loin du duel », évoque ces mots irréparables que chacun lance à la figure de l’autre lorsqu’éclate une scène entre deux passionnés. Marie-Christine nous dit l’importance de la manière dont on est regardé par autrui. Je trouve justement que les mots violents qui cherchent à exprimer la souffrance que nous ressentons, prennent leur force dans le besoin que nous avons du regard de l’autre.
    Ils sont comme un appel à une justification que l’on attend de lui, le besoin impérieux d’une ratification, par celui à qui l’on a donné toute sa personne, de ce qui est pour nous la vérité qui fonde notre être. Voilà pourquoi les mots sont sans nuances, absolus, « définitifs » : il y va de notre image même, laquelle nous est indispensable pour nous attester à nous-même le bien-fondé de notre raison de vivre. Ils sont le cri d’un être nié dans ce qui justifie sa vie. Ce déni serait capable de nous « tuer » comme l’expérimente Cathy.
    Dans ces moments-là, personne n’a envie de tricher avec soi-même : il faut que certaines « vérités » soient dites, quelles qu’en puissent être les conséquences. Quitte à les regretter amèrement par la suite ! ce que l’auteur nous dit si bien dans son intervention, toujours aussi pénétrante.
    Valentine

  74. Hélène dit :

    Les empoignades verbales ne manquent pas dans le roman : Michael quittant sa femme, ou lui disant ses quatre vérités au téléphone, ou encore la scène de l’ultimatum posé par Helen. Elles y ont un rôle dramatique dans la trame de l’intrigue, mais elles nous interpellent aussi dans notre vie quotidienne.
    Certains trouvent aux algarades entre amoureux une fonction positive d’exutoire. Cela certes soulage de vider son sac et de dire ce qu’on garde sur le cœur avant que ça ne rancisse : il faut bien, estime Valentine, mettre les choses à plat une bonne fois pour toutes. Mais, justement, cette bonne fois est souvent la mauvaise et… la dernière de toutes : les propos de Julien nous rappellent avec raison l’effet boule de neige des mots outranciers et leurs conséquences souvent irréversibles. Il est bien temps après coup(s) de s’en mordre les doigts.
    A mon avis, mieux vaut s’abstenir de ces « sorties » : elles s’avèrent trop souvent, hélas, des impasses.
    Hélène

  75. Eric dit :

    Excellente nouvelle : nous allons vivre centenaires !!! La dispute conjugale bénéfique pour la santé.

    Selon une étude américaine, les couples qui répriment leur colère ont un taux de mortalité deux fois plus important que ceux qui l’extériorisent.
    Ernest Harburg est catégorique : «Si vous enfouissez votre colère, que vous la ressassez et que vous éprouvez du ressentiment pour l’autre, et que vous n’essayez pas de résoudre le conflit, alors vous avez un problème.»
    Son enquête sur l’impact de la colère enfouie montre que, après 17 ans, les couples où aucun conjoint n’avait exprimé son courroux avaient environ cinq fois plus de risques d’être tous deux décédés que ceux adeptes de la dispute.
    En effet le fait de réprimer sa colère augmente les maladies liées au stress comme les problèmes cardiaques ou ceux liés à la tension artérielle.
    «Quand les couples s’unissent, l’une de leurs principales tâches est de savoir se réconcilier quand un conflit survient», assure Ernest Harburg.
    (Tiré du Figaro-Santé du 25-01-08)
    Eric

  76. Eric dit :

    Je ne résiste pas au plaisir de recopier, en en polissant quelque « peu » la forme !, trois réactions puisées au blog du Figaro : manière de provoquer un nouvel article de notre auteur ! Bon dimanche !!
    Eric

    Georges : se disputer sans se détruire
    Le dialogue, c’est la vie ; le mutisme, c’est la mort. C est infernal de cohabiter sans se parler. Affection et attention commencent par le dialogue et, pourquoi pas, une petite dispute avant de se réconcilier.

    Brigitte : Parle-moi…
    Je ne sais pas si la colère est bénéfique à la santé, mais il faudrait que les couples communiquent bien avant la colère ! Pourquoi laisser les choses s’envenimer ? Il faut régler les problèmes au fur et à mesure, pour éviter les débordements parfois dangereux.

    Pierre : …et on n’en parle plus !
    Pourquoi réduire le sujet à la dispute conjugale ? Pousser un coup de gueule quand on sent que la pression risque de monter fait du bien à tout le monde : pas que dans le couple, ailleurs aussi. Et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas et qui se vexent : il vaut mieux un éclat direct et franc que de parler dans le dos des gens. Une fois que le conflit est dégonflé, on oublie, on ne stresse plus, tout est dit et il n’y a plus à y revenir. Alors, aux autres en face de se dire que, bon, un coup de gueule, c’est une soupape de sécurité et que cela ne prête pas à conséquence.

  77. Sylvie dit :

    Sylvie : l’instant fatal
    Gare au mot de trop ! On croit qu’il ne franchira jamais nos lèvres, mais l’emportement et le besoin de blesser l’autre pour lui faire payer nos propres blessures font toujours déborder le vase. Comme on dit : un mot en amène un autre, et patatras, ce qu’on ne voulait pas dire (mais est-ce bien sûr ?) sort comme un diable de sa boîte.
    Je sais, garder son sang-froid est plus facile à dire qu’à faire, car les accusations de l’autre nous semblent toujours injustes ou disproportionnées. Mais si l’on pensait davantage aux dégâts, dont on sera le premier à payer le prix, on retiendrait sa langue. Dans le feu de la dispute, c’est pratiquement impossible : à mon avis donc, mieux vaut fuir l’affrontement que d’être pris dans l’engrenage.
    Le mot de trop, pour reprendre la comparaison de l’auteur, c’est « la pichenette entraînant tous les dominos dans une cascade de chutes inéluctables ». J’ajouterai pour le paraphraser : Il suffit d’un mot, voulu ou non, pour déclencher le mécanisme dont autrui est censé être la victime, mais qui fait de nous aussi la proie d’un engrenage fatal dans lequel nous serons les premiers broyés.

  78. Hélène dit :

    Advienne que pourra !
    Cette exclamation est celle d’un entêté qui s’aveugle en faisant comme l’autruche, mais ici, avoir « les yeux bandés » n’est pas un jeu : c’est une prise de risque stupide. Puisqu’on sait pertinemment tout le mal que nos paroles vont causer, à l’autre comme à soi, c’est même un acte foncièrement mauvais qui relève de la méchanceté.
    Inutile de le travestir en thérapie : je n’ai pas besoin d’être une spécialiste des comportements pour savoir que la montée d’adrénaline est aussi néfaste aux cardiaques que l’amertume de la bile l’est pour les rancuniers ! Les coups de gueule vont de paire avec les coups de sang et… les coups de poing ! et « ravaler » n’aide pas à digérer : « ça caille sur le jabot », ça cuit et ça recuit, et un jour on vomit ce qu’on a gardé sur le coeur.
    La vengeance, qu’elle soit à chaud ou à froid, n’est pas une solution. C’est la politique du pire. On sait ce qu’il en advient : un divorce sur deux !
    Hélène

  79. J-Claude dit :

    Honni soit qui mal y pense !
    Avez-vous remarqué que ce sont souvent les champions de la tolérance qui s’écrient, quand ils sont l’objet de remarques désagréables : « c’est intolérable ! ». D’un coup, ce qu’ils appelaient avec un sourire bonhomme, « une bonne petite engueulade qui clarifie les choses » se voit qualifier de propos outranciers, d’irrespect inqualifiable, d’atteinte injurieuse à la personne… C’est drôle comme soudain leur vocabulaire s’enrichit de superlatifs absolus ! On entend leurs coups de gueule jusque dans les couloirs : « C’est inadmissible !… Jamais je ne tolèrerai de tels mots !… Vous dépassez les bornes !… Il y a quand même des limites ! » Amusant, non ?
    Je m’abstiendrai, pour ne pas jeter d’huile sur le feu comme le recommande Julien avec bon sens, de toute réflexion sur les joies de la réconciliation ou sur le « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » : passer « outre » ressemblerait à de la provocation.
    Jean-Claude

  80. Hubert dit :

    La peur du clash
    Comme Sylvie au 11 fév., j’aimerais moi aussi, à propos des scènes de ménage, paraphraser l’auteur en reprenant ce qu’il dit du chantage, car n’est-ce pas donner prise à un chantage affectif que de toujours « s’écraser » ? je veux dire « ravaler » (Sophie), « faire celui qui n’a pas entendu, laisser passer l’orage » (Julien).
    Lisez bien : « elle savait, pour avoir lu des romans policiers, que c’était une chaîne sans fin, qu’on n’en voyait jamais le bout. Et, s’il se rendait compte à quel point il la tenait, il exigerait de plus en plus d’argent. » Il en va de même dans le rapport de force qui s’établit dans le couple au moment où fusent les reproches – et je ne dis rien des torrents de larmes !
    Ne pas répondre est souvent ressenti par l’autre comme un mépris provocateur et irritant ou comme la « preuve » de la justesse de ses accusations. Alors, ou bien il hausse encore davantage le ton ou bien il considère que c’est gagné et, la fois suivante, assène ses quatre vérités avec encore plus de dureté.
    D’accord donc avec Valentine (8 fév.) : il y a des limites au silence ; arrive un moment où il faut que ça sorte : quand ce qui fonde notre être est mis en cause. Sinon, c’est la spirale sans fin d’un chantage établi sur la peur de la rupture. Au lieu de « l’instant fatal », c’est « l’engrenage fatal ».
    Hubert

  81. Isabelle dit :

    La flèche du Parthe
    Le chapitre 14 qui raconte l’entrevue houleuse entre l’ingénieur et l’adjoint au maire se clôt sur une réplique de Bradley lancée dans le dos de Lawson, réplique apparemment anodine : « Et ne vous avisez surtout pas de… ». Cet avertissement pourtant est ressenti comme un défi. « Lawson, blessé dans son orgueil, fait volte-face » et rebondit sur l’apostrophe par un glissement de mot similaire, mais qui n’a pas du tout le même sens : « Me raviser ? Non pas ».
    Le mot de Bradley a été « le mot de trop », ce mot que lance toujours celui qui veut avoir « le dernier mot ». Le pire, la plupart du temps. Celui qui met le feu aux poudres. Il provoque automatiquement une contre-attaque : « Puisque vous m’y poussez – remarquez bien le rapport de cause à effet – je vais de ce pas tout raconter à la police ».
    Pour finir, Lawson laisse tomber ce qui se veut une menace, mais qui va le mettre lui-même dans le pétrin, ce « Advienne que pourra » que dénonce Hélène. Mais pour s’exonérer de toute part dans les ennuis qui s’en suivront, il a à la bouche la phrase de tous ceux qui, dans une dispute, rejettent sur l’autre la responsabilité des dégâts : « C’est vous qui l’aurez voulu ! »
    Attention donc à ne pas pousser le bouchon trop loin. Celui qui crache en l’air, ou à la figure de l’autre, ça lui retombe toujours sur le nez !
    Isabelle

  82. Eric dit :

    Ah ! mes amis, quelle joie est la mienne de vous voir – est-ce grâce à mon incitation de dimanche dernier ? – vous disputer à propos de disputes !
    Lequel aura « le dernier mot » ? Laquelle enverra la « flèche » qui fera mouche ?
    Rendez-vous, pour ceux qui resteraient sur les commentaires de la page d’accueil, aux commentaires qui suivent l’article « Les mots irréparables » : c’est un régal ! De la profondeur, du style, des points de vues argumentés : ce blog me plaît ! Le Figaro va en faire une jaunisse !
    Eric

  83. Nathalie dit :

    Gare à l’effet de serre !
    Hélène a fort bien dit combien les paroles rentrées « cuisent et recuisent », jusqu’à ce que, comme le volcan, on les « vomisse ». Il y a ainsi des déchets qui, même enfouis profondément comme l’uranium, dégagent des radiations qui, quoique invisibles, sont à la longue mortelles, et d’autres qui émettent des gaz délétères qui creusent le trou de l’ozone de notre beau ciel intérieur.
    J’admets donc volontiers qu’une bonne explication de gravure soit une solution à préconiser ! mais seulement à ceux qui parviennent à doser leur colère et n’agissent pas d’abord pour faire mal à l’autre. A chacun de se connaître et de connaître l’autre. En fait, qu’on se laisse entraîner dans une dispute ou qu’on l’esquive doit être guidé par l’amour. Si on ne s’aime plus, notre débat là-dessus est clos d’avance.
    Nathalie

  84. Julien dit :

    C’est vrai, Nathalie : si on ne s’aime plus, les disputes n’ont plus rien d’ « amoureux ».
    Mais justement, l’amour ne s’éradique pas aussi facilement qu’on le croit. J’ai le sentiment que, quand on a aimé quelqu’un à fond, rien ne peut l’éliminer de notre être. L’auteur le dit fort pertinemment : « On ne peut impunément vivre dix ans avec quelqu’un sans en être profondément marqué, dans sa chair et dans son esprit, et jusque dans les arcanes inconscients de l’imaginaire ».
    C’est pourquoi la souffrance qui naît de cet arrachement sans anesthésie est si intense. Se sentir « trahi » provoque généralement une réaction si violente qu’elle ressemble parfois à une explosion de haine, suivie d’un désir tenace de vengeance. Aux reproches véhéments succèdent les pires menaces. C’est comme si l’amour, blessé mais toujours vivant, se retournait contre lui-même.
    Chaque amoureux promet et se promet un amour « pour toujours » et « à jamais » : s’avouer que « c’est fini » est atroce, et l’on en reporte instinctivement la responsabilité sur l’autre. Les mots irréparables se veulent une manière d’« achever » l’autre : en réalité ils visent à tuer en soi l’amour. Ils sont bien un suicide.
    Julien

  85. Benjamin dit :

    Comme il a raison, Hubert – à l’aticle « Roman policier et morale » – de parler de « décalage d’appréciation » entre les partenaires après leur joute amoureuse !
    Voyez Helen : « Elle goûtait, après cette âpre lutte, la sensation d’émerger de son plaisir par paliers, comme un plongeur enivré remontant des profondeurs marines… espérant maintenant ces marques de tendresse qui transmuent la jouissance en sentiment amoureux… désirant ce que désire toute femme : être aimée après l’amour. » Et voyez Michael : « Déjà, il ne lui était même plus reconnaissant de l’ivresse qu’il cuvait en animal repu… il s’en voulait de s’être abandonné à une conduite dégradante… écrasé d’humiliation, rongé de remords », en proie « à l’agressivité… à l’écoeurement… à la honte » et déjà repris par le désir !
    Voyez William et Helen : « Ils s’aimèrent avec une fougue inlassable : lui, pensait à Jennifer ; elle, à Michael. Ils furent très heureux. »
    Voyez Michael et Cathy : « Elle savait pourtant qu’il eût suffi d’une caresse, d’un frôlement, pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Mais aussi bien par pudeur que par crainte qu’il ne se méprenne sur son initiative, elle se tenait écartée de lui. Elle ignorait que Michael s’imposait la même distance, et qu’il eût suffi d’un seul geste venant d’elle pour que tous deux se retrouvent, embrasés l’un par l’autre, dans une communion de tout leur être. Au lieu de cela, chacun évitait l’autre, le laissant aller à la dérive. »
    Ici les épidermes se touchent, là ils se tiennent à distance : mais qui peut dire ce qu’il en est des esprits ? Qui peut jamais être sûr de ce que l’autre pense et ressent ?
    Benjamin

  86. Juliette dit :

    Bras de fer
    Faudrait-il donc toujours que la femme s’oppose à l’homme et lui tienne tête pour s’affirmer ? et, inversement, que ce dernier se dresse sur ses ergots pour ne pas perdre la face ? Ne sortirons-nous jamais de la dialectique usée du « conflit sensé faire progresser les choses » ? En clair, n’y a-t-il pas d’autre posture possible que le bras de fer permanent – réflexion que j’étends à tous les rapports en société ?
    J’admets qu’il est bien des cas où la force doit venir au secours du droit bafoué ; mais, entre personnes censées s’aimer – l’amour n’étant jamais un droit, mais un libre don de soi – les rapports de force sont un aveu d’échec patent.
    Evitons donc de prôner les « bonnes petites engueulades », même si on a la sagesse d’en arrêter le cours avant que n’éclatent « les mots irréparables » : le seul point positif qu’elles ont est de révéler la générosité du pardon qui les suit. En elles-mêmes, elles manifestent agressivité, irrespect, indélicatesse, esprit de vengeance, orgueil, et j’en passe.
    Juliette

  87. André dit :

    Je viens de commencer ce qui m’apparaissait un « pavé », mais j’ai été agréablement surpris par la présentation aérée qui correspond en fait à la cadence assez rapide du récit. Si le face à face télévisé des deux postulants m’a intéressé par les problèmes qu’il soulève (et pour moi qui connaîs la région, ils sont bien réels), j’ai souri bien des fois, en ces jours de vote municipal et cantonnal, aux correspondances faciles à établir : je pense en particulier au battage médiatique !
    Il y aurait bien des choses à dire sur ceux qui s’arrogent le titre et la fonction de pythies ! Et de nous prédire une déculottée de la droite, histoire sans doute d’orienter le sens du courant ; puis la politique des petits pas… en arrière au vu des résultats ! Vraiment amusantes ces passes de matadors, je veux dire de matamores !
    André

  88. Alain dit :

    Trop sérieux, s’abstenir.
    Moi, ce qui ne m’amuse pas dans ces tables rondes post-scrutins, c’est qu’on y tourne toujours en rond ! Où diable sont donc passés les « modérateurs » qui jettent de l’huile sur le feu, le fameux « gars de service pour tenir le rôle de boutefeu, comme c’est la règle du jeu » ?
    Elle a bel et bien disparu, cette « vertu d’insolence » chère à nos Bernanos et autres Léon Bloy ! On dirait des assesseurs-potiches, attentifs à ne froisser personne, qui pontifient en débitant des platitudes de convention et qui se renvoient la balle – car « dans la confrérie, il est de bon ton de se renvoyer l’ascenseur ». A croire que le script est écrit d’avance… et interchangeable d’élection en élection.
    Alain

  89. Jean-Claude dit :

    Tournez manèges…
    C’est vrai que les soirs de résultats électoraux sont ternes et qu’on y enfonce des portes ouvertes… sur le changement… qui ne change rien… que les têtes,… elles aussi interchangeables ! On prend les mêmes et on recommence d’… émission en émission.
    J-Claude

  90. Paul dit :

    Platitude des plateaux !
    Bien aimé la réflexion suivante : « Le problème avec l’objectif, c’est de paraître… objectif ! »
    Pauvres cadreurs : si, comme des chasseurs à l’affût, ils surprennent le geste ou l’expression de visage que les journalistes du lendemain s’empresseront d’exploiter, on crie à la partialité ; mais qu’ils les évitent en s’empressant de balayer les rangs du public venu faire la claque ou le banc du quarteron de scandalisés, on les traite de pleutres. Et avouons que les téléspectateurs n’attendent qu’un dérapage, d’où qu’il vienne, qui mettra un peu d’ambiance dans les chaumières !
    Comment voulez-vous faire ? Il ne reste souvent plus qu’à cadrer les journalistes eux-mêmes qui, bien obligés de paraître objectifs, restent le plus inexpressifs possible. Ou bien à rendre compte de l’ambiance des permanences ou de la rue, en se baladant de ville en ville : ça distrait et, si on donne le micro « à droite et à gauche », la sacro-sainte « objectivité » sera tenue pour respectée. Et voilà comment le manège tourne… en rond !
    Paul

  91. Nathalie dit :

    Ronron médiatique
    Il faut rendre justice à nos pauvres journalistes, pris entre les bienséances du politiquement correct, l’audimat et les remontrances possibles de la confrérie des plumitifs : ils font leur possible comme de bons (et honnêtes ?) tâcherons, « appliqués et consciencieux ».
    Et plutôt se demander : qui attend la question… attendue, sinon l’invité qui va de plateau en plateau interchangeable ? lequel invité pense comme Michael : « On ne va pas passer l’émission à leur cirer les bottes, non ? Il ne faudrait pas inverser les rôles ! » Eh oui ! chers hommes politiques qui n’attendez finalement que ça de la part des médias : qu’on vous passe la brosse à reluire ! et qu’on vous donne l’occasion de briller quelques instants, chacun votre tour, devant le public.
    Si l’émission ronronne – j’en conviens, elles sont de plus en plus ennuyeuses et toujours sur le même modèle – elle vous sert du ronron qui vous fait ronronner d’aise ! On parle d’animal politique : à chaque animal sa pâtée… servie sur un plateau et parfois dans les urnes !
    Une insolente bien sûr !

  92. Paul dit :

    Mise en scène
    La télévision poursuit deux buts parfois difficiles à concilier : informer et distraire.
    L’information a toujours un arrière-fond de propagande déguisée ou de parti pris plus ou moins gommé ; et la distraction, censée vous éviter l’ennui ou le banal du quotidien, oblige à vendre de l’image et à papillonner « de droite et de gauche », réduisant les personnages au rôle de « figurants à qui on demande juste de faire bonne figure ».
    Tout cela est fort bien épinglé lors du passage de Michael devant les caméras de la BBC : « La mise en scène … était réglée pour accrocher le plus large public : les cadrages, les lumières, les fonds de teint, le ballet flatteur des va-et-vient de la caméra faisaient de lui une sorte d’objet de vitrine, et d’elle et de ceux qui regardaient des clients potentiels » ou, si vous préférez, des électeurs à séduire.
    Paul

  93. Georges dit :

    Cum grano salis
    Juste un petit mot avant que j’aille cultiver mon jardin en attendant candidement le deuxième tour.
    Il ne faut pas attendre des émissions « officielles » ce sel de l’insolence que réclame Alain. Mais il en existe d’autres, ouvertement partiales sous couvert de rires – la dérision y est érigée en système – où le modérateur (euphémisme !) « laisse délibérément s’étendre l’empoignade à la limite du brouhaha ». Pour récupérer, avec un gros plan sur lui-même, les applaudissements plus que sollicités d’un public acquis d’avance au numéro.
    On vend ce qu’on peut… et on regarde ce qu’on veut !
    Georges

  94. Henri dit :

    Le prix à payer
    Il faut savoir ce qu’on veut et y mettre le prix. Passer à de telles émissions, c’est accepter le jeu de la dérision dont on fera l’objet, suivi des autocongratulations pour bonne conduite : il suffit de donner l’occasion à l’animateur de « se faire remarquer par son esprit ou ses réparties. » Si de plus vous prenez tout cela « sur le ton branché de la plaisanterie », vous repartirez avec la pub de votre spectacle ou de votre bouquin. C’est « la règle du jeu ».
    Henri

  95. Benjamin dit :

    Appâtés par la pâtée
    On se demande parfois qui a à y gagner dans les pronostics qui prédisent que l’adversaire à abattre va se recevoir une pâtée mémorable : tout le monde ! D’abord c‘est un bon moyen d’attirer des téléspectateurs à qui l’on promet du suspens et au final « du sang ». Puis l’opposant qui, jouant au croquemitaine, galvanise ainsi ses troupes et qui, s’il est cependant battu, se félicitera d’une victoire psychologique. Celui qui est visé y gagne aussi : s’il gagne, il tonitrue : à vaincre sans péril… ; s’il ne perd que quelques points, c’est bien plus glorieux qu’annoncé ; et si jamais les pronostics se vérifiaient, il n’y aurait là rien que de normal puisque prévu.
    Emotions éminemment artificielles de la politique spectacle où – tout le monde le sait – les protagonistes s’entendrent comme larrons en foire sous les yeux complices des bateleurs montreurs de numéros.
    Un badaud parmi d’autres

  96. Eric dit :

    « Les petits matins » ou l’heure des comptes :
    Déculottée, peut-être pas, mais au minimum une bonne fessée !
    Déboussolé, on rectifie le tir, mais sans changer de cap !
    Un stratège manœuvrier victime de manœuvres (basses évidemment…)
    Une percée de jeunisme à donner la jaunisse aux vieux chevaux de retour
    Et des électeurs qui paieront bien vite le plaisir d’avoir administré un camouflet
    Il y a toujours un prix à payer…
    et ce ne sera jamais pour solde de tout compte !
    Eric

  97. Isabelle dit :

    Ces malices cachées qu’on appelle couleuvres (Sainte-Beuve)
    Il n’y a pas qu’en politique, lors des marchandages de report de voix par exemple !, qu’il faut mettre son honneur dans sa poche et se garder de toute susceptibilité lorsque vous êtes la cible du moment. Comme le dit Lawson : « Quand de tels intérêts sont en jeu, il faut s’attendre à avaler des couleuvres ! »
    Je veux parler bien sûr des passages à la télé où la seule marque d’intelligence des animateurs consiste à plaisanter, à piquer, à ironiser, à lancer ces traits malicieux ou perfides qu’on appelle couleuvres, pour mettre de l’ambiance et ranger les rieurs de leur côté. Plutôt que de réagir, comme Michael, en aboyant, et provoquer ainsi d’autres morsures, il vaut mieux, comme le fait remarquer notre auteur, « donner l’impression de perdre des points au bénéfice du journaliste pour en regagner plus tard par un bon mot ». Bref, comme le dit Lisbeth – et c’est valable partout – « aller dans le sens du poil ».
    Cela aussi est « humain »…
    Isabelle

  98. Pierre dit :

    Il est encore temps…
    Mesdames, pour un temps encore – mais l’égalité numérique rendue obligatoire devrait vous en priver sous peu – vous serez assurées d’être traitées avec certains égards lors de votre passage à l’antenne. Certes il y a aussi « un prix à payer ». Isabelle a raison : écoutez le conseil de Lisbeth, experte en communication : « Aller dans le sens du poil : ils adorent ça, venant d’une femme ; ça les conforte dans leur image de mâles ! Et alors ils filent comme de bons toutous qui s’excusent d’avoir montré les dents ! »
    Evidemment mieux vous serez roulées, plus ils le seront !
    Pierre

  99. Valentine dit :

    Image d’Epinal
    Les vieux routiers de la politique le savent : à la télévision, tout est une question d’image. Celle que l’on donne de soi, celle qu’on s’ingénie à donner de vous, celle qui est attendue du public…
    Les premiers temps, le novice est séduit « par l’image que les techniciens savent tirer de la réalité », mais arrive le moment où « il s’impatiente peu à peu de ce qu’il sent être un montage ». Il perçoit le risque de devenir « un être qui semble s’être dissous dans l’image qu’on en donne et que le jeu des questions enferme insidieusement dans un cliché préfabriqué ».
    Comme dans un roman policier, l’engrenage est en marche. Sera-t-il encore en mesure d’imposer son image aux médias et à tous ceux que la réduction à une étiquette ou à une caricature arrangent ? Réagir ne paraîtra-t-il pas outrance, hypocrisie ou manœuvre de retourne veste ?
    Le jeu du bras de fer n’est pas réservé seulement au couple !
    Valentine, qui vous souhaite de joyeuses Pâques.

  100. Isabelle dit :

    La 100ème !
    J’attendais ce jour avec impatience et je me précipite ce matin pour écrire le 100ème commentaire. Je viens de tous les relire et je me dis que nous n’avons sans doute pas dit le centième des réflexions que peut susciter ce roman !
    Une revue rapide, que l’on peut suivre grâce aux interventions de l’auteur – j’attends la prochaine sur le dernier thème égratigné : la séduction de la télévision – montre qu’ont été abordés : politique, jalousie, amour, passions, sexualité, liberté, responsabilité, rapports homme/femme et monde fallacieux du petit écran… Paradoxalement je n’y ai presque pas relevé de notations sur le suspens propre à l’enquête : sans doute de peur de révéler, ce faisant, des éléments de l’intrigue ? mais c’est frustrant, car c’est d’abord ce que j’ai aimé !
    Je ne puis qu’inciter ceux qui ont la plume facile à se (re)mettre à la tâche ! Vite, avant qu’un autre roman ne paraisse ! Profitez bien des quatre jours de Pâques : je reste aux aguets !
    Isabelle

  101. Hélène dit :

    Marionnettes
    J’attendais les fêtes de Pâques pour prendre part à la volée de bois vert administrée aux médias et être la centième à réagir : mais Isabelle m’a chipé la place ! La toute première s’appelait Agathe. J’en suis quitte pour être la première de la deuxième centaine… La preuve est ainsi faite que les femmes savent tirer certaines ficelles ! Mais qui tire les ficelles derrière l’écran ?
    On pense immédiatement aux journalistes qui tiennent le devant de la scène : ils ne sont souvent que des caisses de résonance, activées à leur insu – nous dit Volkoff dans Le Montage, roman passionnant – par d’autres puissances, quand ils ne sont pas réduits en réalité à n’être que des lecteurs de prompteurs ! C’est oublier que derrière eux veille la tête pensante, le réalisateur de l’émission, lequel a un patron de chaîne encore plus équilibriste, qui calcule à l’audimat les rentrées publicitaires et vérifie sans cesse l’état de son siège éjectable. Mais il règne également en coulisse tout un monde de techniciens sans lesquels rien ne peut exister et avec lesquels il faut compter : mieux vaut avoir le cadreur avec soi et se faire un ami du monteur… démonteur. L’invité lui-même n’a-t-il pas posé ses conditions, se sachant l’appât qui conditionne le succès de l’émission ? Et la pression de l’opinion, ne joue-t-elle pas non plus un rôle non négligeable, même si en même temps elle est téléguidée, voire fabriquée, par ces mêmes médias ?
    Bien malin celui qui peut identifier le manipulateur. Une chose est claire : chacun est la marionnette d’autrui. A commencer par le téléspectateur, le seul à être privé de ficelles !
    Hélène

  102. Jean-Claude dit :

    Trois petits tours et puis s’en vont.
    Terrible est la puissance des médias. Le roman comme notre expérience quotidienne nous le montrent : être rejeté des écrans, c’est « se condamner à ne plus exister aux yeux du monde » car « en faisant disparaître leur image, on renvoie au néant » les êtres et les événements. Ou au contraire, en leur donnant un temps d’antenne, on les fait exister… En ces jours de Pâques, on en prend étrangement conscience lorsqu’on voit exhumés – je n’ose écrire ressuscités – de leur tombeau des vedettes dont on exploite encore l’attraction rétroactive ! Tournez manèges bis…
    Aussi « passer à la télé » est-il devenu Le rêve par lequel on sortira enfin de l’anonymat : on sera un homme « reconnu ». Qu’importe « le prix à payer » ! To be or not to be : pour un homme public, c’est bientôt une question de vie ou de mort.
    J-Claude

  103. Alain dit :

    Ciao, pantins !
    A qui une simple apparition à la télé ne tourne-t-elle pas la tête ? Comment voulez-vous alors que ceux qui en font profession ne se gonflent pas d’importance, allant jusqu’à croire qu’ils sont admirés pour eux-mêmes ? On les craint, voilà tout. D’où le mépris habituel dans lequel ils tiennent leurs « figurants » et « faire-valoir ».
    A ceux qui veulent ressembler au Bourgeois Gentilhomme, « toutes ces baudruches qui se gonflent d’importance dès qu’on leur tend un micro devant les caméras et qui, à la moindre piqûre, se dégonflent lamentablement », il ne manque pas de « maîtres à danser » qui n’usent d’eux que pour se mettre en valeur et faire rire leur public. A qui refuse de « s’aplatir à leur lécher les pieds et à sourire de leurs soi-disant plaisanteries qui ne font rire qu’eux-mêmes », on s’entend à faire comprendre qu’ils sont des trouble-fête qu’on ne réinvitera plus. A qui ose, pas même les défier, mais seulement les remettre à leur place, il lui faut craindre le feu convergent d’attaques sournoises et pernicieuses qui cherchent à « déstabiliser », voire à tourner en dérision. Reste le va-tout : être assez téméraire pour oser le bras de fer, je veux dire l’attaque frontale. Michael l’a tentée : « Plus il avait aboyé, plus ils avaient mordu. Et pour finir, c’est lui qui avait paru enragé. »
    Une marionnette non branchée

  104. Dominique dit :

    Servi sur un plateau
    Comme il est agréable de se détendre devant une bluette télévisée avec son plateau télé ! J’avoue que le mien est habituellement moins épicé que les critiques acérées au sujet de ces autres plateaux scéniques où personne apparemment n’aimerait se trouver sous les feux des spots…
    N’est-ce point trop noircir le tableau ? Je sais bien que les billets sont écrits en fonction du roman où les médias jouent un rôle « fatal », mais il m’arrive non seulement d’être intéressé par des face à face – certains ont eu leur heure de gloire ! – mais aussi de rire franchement ou de regarder des… polars !
    A ce propos, qui aurait les relations requises pour proposer ce policier à des gens de cinéma ? Je suis moi aussi d’avis qu’il ferait un excellent film : on le croirait même écrit dans ce but.
    Dominique

  105. Thibaud dit :

    Un blog sans blagues ?
    Alors, puisqu’on est au guignol (de l’info), et le 1er avril !, voici quelques pasquinades…
    Comment peut-on s’étonner :
    - que la lumière vous sorte de l’ombre et que l’écran fasse écran ?
    - qu’on puisse affirmer que la télé mente : ce serait niais, puisque telle est vérité!
    - qu’on puisse dire téléobjectif mais non téléobjective…
    - qu’on se croie un génie à la télé dès qu’on a un peu de télégénie ?
    - que celui qui voit la télé rose est certainement gris, et qui la voit noire est aigri…
    - que l’on soit philosophe et qu’on ait la téléologie !
    - que sous les spots on soit tous potes ou tous despotes ?
    - que sur un plateau il faille faire du plat et qu’un micro rende mégalo…
    - et que tel est visé, tel est guidé, tel est spectateur !
    Thibaud (ce qui est mieux que… t’es laid !)

  106. Eric dit :

    « Le prix à payer » !
    Puisque apparemment on peut profiter du 1er avril pour… débloguer, écoutez mon avis – c’est un télé-con-voyeur très regardant qui vous le dit – : la télé, c’est très rigolo et, pour le… coût, dérisoire.
    « Y en a y font les ânes y mateurs, y li hôtes y font des potiches à ses sœurs. Y a même di pantins, y font di maris honnêtes. Dans li studio-tipi voir la femme tronc y en face l’épaule tronc. Quand il y tassi sur un télé-siège, y passe pas de faux col (ça, c’y por li coulisses) ; y quand y cause à la sale, il y di boue.
    Por li lettres : quand y a divan, y divague : normal por l’ami Théo ; mi barbotant, vrai ment, comme mentent les infos. Quand y vise le char Cosy, y si monte la tête avec le Hénin ; quand y parle di bouche, il a plein de mi-crocs ; y quand la fin approche, y part di nez.
    Por li chiffres : quand y si mettent en quatre por li face à face, y sont dos à dos : preuve que c’y un vrai fesse à fesse. Li uns y disent zen, li hôtes y disent court – car le zéro y compte pas – mi tous y disputent : ça, c’y déjà un gros mot.
    Mi quand sic la guerre y a, alors jacuzzi la Raspoutine, Jimmy babouche y J.R. comme tapis : tapis volant bien sourd si ti entends bien li conte…Y avec tout ça, ça cause dix grands maux, ça joue li mages et l’y profitent. Ah ! mon frère, toi ti comptes pour beur, mi eux y prennent l’argent du beur : tojors li povre y raque !
    Ti vois, la télé, ça fait dix euros. C’y pas cher por rigoler ! »
    N’est-ce pas que la T.V. Ah ! ça vaut le… coup ?
    Eric

  107. Roger Lamblin dit :

    SYNTHESE DU MOIS
    Où le verbe « mourir » côtoie dangereusement le verbe « aimer »

    Durant ce mois, vos réflexions se sont pour la plupart orientées vers trois thèmes, comme autant d’irradiations du verbe « aimer » : toujours la part nécessaire d’estime entre les deux personnes, celle du désir avec sa charge charnelle et sa projection fantasmatique, et enfin celle d’un érotisme jugé comme un ingrédient naturel aux rapports sexuels ou comme une dépravation.

    1 – Amour et estime :

    Philippe, comme preuve a contrario, prend l’exemple de Burg conscient que d’une part, pour ne pas anéantir tout sentiment chez sa femme, il faut sauvegarder en elle cette part d’estime : « Il l’aimait trop pour anéantir en elle l’image respectable qu’elle gardait de lui… » ; que d’autre part, pour pouvoir se regarder en face et se croire « aimable », « tout désabusé qu’il fût de lui-même, il voulait toujours se croire un fonds de dignité qu’elle pût estimer ». Et comme preuve directe ajoute : « Elle le voyait dégringoler, et, en perdant son estime, il perdait son amour. »

    Alain renchérit, soulignant que William « par respect pour elle » se refuse à lui révéler une vérité qu’elle ne supporterait pas, sous peine de briser en elle toute capacité de croire encore en l’amour.

    Sophie et Christine témoignent de leur expérience féminine par l’exemple de Jennifer. Comme cette dernière, chacune s’est sentie « consciente de sa propre indignité » et « révélée à elle-même » comme « personne riche de son unicité » par l’amour qu’un homme lui a donné.

    2 – Amour et désir :

    Valentine souligne que, chez les hommes plus que chez les femmes, le désir se double de fantasmes, s’appuyant sur la proportion masculine qui hante les boîtes de strip-tease qui en font leurs fonds de commerce : le voyeur sait qu’on le manipule mais pendant ce temps il rêve, conscient de la distance qui le sépare de cette créature idéalisée : ainsi que le dit l’Indonésien : « Le rêve seul est désir, ou désir de désir », jamais épuisé, renaissant sans cesse tel le phénix.

    Bertrand, plus désabusé, fait remarquer combien le désir est souvent déçu quand « la dure réalité nous rattrape » : il est comme ce « champagne éventé qui perd ses bulles » après avoir symbolisé la fête.

    Sylvie au contraire crie, « par tous les pores de sa peau » écrit-elle, que de se sentir désirée la rend heureuse, à la fois du plaisir qu’elle ressent que de celui qu’elle procure aux hommes. Leur regard l’aide à être « plus féminine ». Et, coquine, ajoute que son mari y gagne une femme plus amoureuse !

    3 – Amour et érotisme :

    A l’unanimité masculine comme féminine, Paul, Eric, Valérie, Karin et Claudine nous affirment que le fantasme, comme dans le désir, y a la part prépondérante.
    Acharnez-vous, de dépit comme Michael, à détruire l’image de la femme idéale, vous la recréez encore plus attractive ! Le doute, la jalousie s’emparent-ils de vous, « l’absence même d’images réelles favorise vos fantasmes ». Un simple baiser a été échangé, et nous voilà comme Helen : « un espace infini s’ouvre devant soi et l’on se met à rêver l’impossible ». Vous croyez, à l’instar d’Helen, que votre « réalité charnelle » suffit à aiguillonner votre partenaire, et vous découvrez que « la part de mystère inviolé dont il vous auréole est pour lui une puissante source de fantasmes », que la sensualité qui l’a séduit risque par son excès de l’éloigner de vous et qu’en somme « le rêve chez lui a plus de charme que la réalité ».

    Mais s’il y a dans l’érotisme, concède Hélène, « une part de vénération quasi religieuse qui nous fait placer l’autre sur un piédestal et le regarder comme une icône », elle y dénonce – d’accord avec Caroline – une propension encore plus naturelle à s’avilir en bestialité. On commence, comme Burg, « à goûter ces fruits verts et acides qui donnent l’impression de virilité accrue », puis les jeux se compliquent de « lumières tamisées, de peaux nues et nacrées sur lesquelles scintillent des bijoux, de prise de drogue douce qui laisse au rêve suffisamment de réalité charnelle » ; on prend des poses de danseuse indienne d’« un érotisme si épuré qu’il en devient irritant » et l’on se retrouve, « fasciné », à attendre comme Helen « la possession sauvage qui la ravagerait et lui ferait perdre toute conscience sauf celle d’être prise telle une bête, et heureuse de l’être ainsi ».

    Trop d’angélisme cependant, fait remarquer Jean-Luc, conduit à l’excès inverse : « Oh, et puis c’est vrai que trop de pudeur tue le désir ! » Regardez comment Michael, si chaste au début, devient la proie « des plus troubles fantasmes » et comment cela le plonge par étapes dégradantes « dans une ivresse qu’il cuve en animal repu ». Et il a beau être écoeuré et honteux de lui-même, il est comme sous l’effet d’une drogue : « Jusqu’où descendrait-il dans la bassesse si, au moment même où il l’accusait de crime et de turpitude, il était incapable de réprimer son désir d’elle ? ».

    Un tel érotisme, commente Damien, manifeste « une fureur de vivre, une obsession à se fuir, une course désespérée » vers un état second, proche de l’anéantissement. Il est mortifère, porteur des pires perversions de punition et d’autopunition : « Alors, sauvagement, il la prit le plus bestialement qu’il put…pour la punir de ce qu’il s’obligeait à lui faire, pour se punir de s’être laissé aller à le faire ». Il se finit en « délire érotique » et presque toujours en autodestruction.

  108. Michel dit :

    L’érotisme, nous dit la psychanalyse, est un comportement sous-tendu par la libido, laquelle est considérée comme une force vitale essentielle Si l’on peut l’atténuer jusqu’à le rendre synonyme d’attitude amoureuse et galante, il dénote habituellement un goût excessif pour tous les plaisirs que procure l’amour physique. Aussi évoque-t-il davantage des gestes lascifs, des recherches sensuelles et voluptueuses. Jusque-là on peut, me semble-t-il, en tolérer les manisfestations et les croire légitimes.
    Mais la part d’excès que le mot sous-tend en fait glisser la connotation vers des images et des actions impudiques, lesquelles tombent vite dans l’obscène, voire dans la pornographie. Comme le dit Valentine, à un tel stade, ne lui associons plus le mot d’amour.
    Qu’en est-il des jeux entre Helen et Michael ? A chacun de sentir la part des choses : ce qui est « littérature », ce qui est fantasmes d’auteur, ce qui est description de réalités fort répandues aujourd’hui, en gardant à l’esprit, comme le souligne Hélène, que l’érotisme de cette scène conditionne l’intrigue : elle nous montre un plan de séduction « en action » et parallèlement la faiblesse d’un pauvre homme entraîné, malgré ses efforts de résistance, par la concupiscence de la chair, jusqu’à sombrer dans un délire érotique. Etat où Helen voulait le conduire, mais qui aura un effet boomerang inattendu.
    Je suis d’accord pour dire qu’il y a là une « morale ».
    Michel

  109. Georges dit :

    Pauvre Cathy !
    S’il est une femme que je plains, c’est bien Cathy. Elle me fait l’effet d’une héroïne de tragédie ancienne, innocente victime qu’une fatalité accable impitoyablement de malheurs.
    Voilà une épouse modèle, amoureuse, dévouée, pleine de tact, de sollicitude et de tendresse ; une amie fidèle, confiante, incapable de supposer quelque vilenie chez ceux qu’elle aime ; compatissante envers ceux qu’atteint le malheur, dans l’impossibilité d’en vouloir à qui l’a blessée et bonne au point de pardonner à ceux qui lui font du mal. Et voilà celle que le sort a choisie pour la faire souffrir et lui gâcher l’existence. Cruauté des dieux, aurait dit Eschyle.
    Comme je comprends que l’inspecteur ne lui ait pas révélé la vérité : c’eût été … un crime.
    Georges

  110. Claire dit :

    A quoi tient une destinée ? A un rien.
    Voyez comment le couple que forme Michael et Cathy s’est trouvé à la merci de ce qui n’est même pas un malentendu : comme on parle d’un non dit, il faudrait dire ici un non geste. De son côté, elle savait qu’il aurait suffi « d’une caresse…, d’un frôlement… » pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Mais – pudeur ou crainte ? – elle se tenait écartée de lui. A côté d’elle, Michael s’imposait la même distance alors qu’il eût suffi « d’un seul geste » venant d’elle pour que tous deux se retrouvent, embrasés l’un par l’autre, dans une communion de tout leur être. Au lieu de « cela », chacun évitait l’autre, le laissant aller à la dérive.
    Un mot irréparable peut tout gâcher, un petit geste peut tout sauver et changer le destin. Cette nuit-là, un drame au moins aurait pu être évité, si…
    Claire

  111. Patrick dit :

    A quoi tient le bonheur…
    Tout, semble-t-il, n’est constitué que de riens. Selon Peterson, une enquête en est la somme. Dans la vie de Cathy, il a suffi, comme l’écrit Claire, d’un geste manqué, d’un coup de téléphone mal interprété, d’un petit traquenard de rien, juste pour s’amuser ou avec la bonne intention de favoriser la carrière de ses amis, pour qu’une suite de malheurs s’abattent sur des gens somme toute « comme tout le monde ».
    Dans celle de Jennifer, il a suffi qu’un homme débarque, par hasard, pour que le bonheur lui sourie. Mais ce hasard est fait, lui aussi, de toute une suite de petits riens aléatoires qui ont conduit Burg dans ce cabaret : il a fallu un ennui financier, tout à fait passager, pour qu’il soit appelé là, contrairement à toutes les règles ; que, déçu de ne pouvoir inviter les danseuses à sa table à cause du règlement, il ait décidé de rester pour tenter sa chance avec la suivante qui se trouve être non tenue par ce même règlement ; il se trouve peut-être aussi que cela a lieu justement quand la séparation d’avec sa femme se fait plus consciente et, qui sait, alors qu’il a un mauvais pressentiment sur ce qui l’attend ?
    Cependant rien n’était encore écrit : il a fallu qu’elle accepte, l’auteur y insiste : « Cet homme la désirait et elle en était émue, parce que ses yeux ne cherchaient pas à le cacher… la laissant libre de sa réponse ». Ce n’est qu’une fois le oui prononcé, que le cours de sa destinée en sera irréversiblement orienté dans une direction dont elle paiera le prix. Et déjà ce choix l’oblige : « Dès l’instant que son cœur avait choisi, elle se sentait prête à tous les sacrifices »
    Patrick

  112. J-Claude dit :

    Chère Lisbeth !
    Trois fois au moins le destin aura sollicité sa liberté : trois fois comme au théâtre.
    La première fois, ce fut dans l’auberge : cédera, cédera pas ? Elle avait vingt ans, le dîner avait été arrosé, quelque vision d’ambition se profila en arrière-fond. Le beau Smith l’emporta. Ce fut du bonheur. Et d’un.
    La deuxième fois, ce fut quand elle eut avec son mari – un gros lourdaud bien entendu – une scène où le mot de trop lui échappa. Plus moyen de faire machine arrière : « Reprendre la vie commune, comme si rien ne s’était passé ? Il est des mots irrévocables qui scellent des actes irrévocables ».
    La dernière, ce fut sur le plateau de la BBC : partira ou restera ? Elle hésita un moment – foutue liberté ! – « Le suivre, c’était se condamner à être rejetée des médias et, de ce fait, à ne plus exister aux yeux du monde ; rester, c’était leur donner raison, et de cela elle avait honte. » Le présentateur, pris de court, se tourna vers elle : elle resta. A quoi tient une carrière politique !
    J-Claude

  113. Hélène dit :

    Lisbeth vue autrement…
    Avez-vous remarqué qu’au lieu de subir sa destinée, Lisbeth est une femme qui essaie de se tracer un chemin ?
    Elle ne ménage pas sa peine ! Elle épouse un ingénieur : pas mal, non ? Puis, en « parfaite secrétaire », lui fait monter un dossier bidon, et, calculatrice, assure ses arrières en cas d’échec. Quand elle sent le danger d’être évincée par une autre femme, elle soutire habilement les renseignements, s’arme de son appareil photo, prête à faire les pressions nécessaires si besoin est. Tenace, elle négocie au coup par coup ses atouts, les fait valoir auprès de l’un, puis de l’autre candidat qui a ses chances. Elle sait se placer et se rendre indispensable, jouer de sa silhouette de vamp et se concilier les médias.
    Vous me direz qu’au bout du compte, le destin semble ne pas s’infléchir. A croire qu’on a beau faire des pieds et des mains pour modifier la trajectoire, ce qui est écrit est écrit. Mais les dieux ne sont pas que cruels, ils savent aussi sourire aux audacieux : quand tout paraîtra perdu, elle sera hissée plus haut qu’elle ne visait.
    Hélène

  114. Dominique dit :

    Peut-on échapper à son destin ?
    Les commentaires sur le destin tout tracé des personnages, auquel concourt cependant leur liberté, ainsi que l’interview qui suit les articles de presse sur les caractéristiques du roman policier – dont je vous recommande incessamment la lecture – m’incitent à me pencher sur le destin tragique de William.
    Tragique, parce que, comme dans le théâtre antique, la mort rôde au-dessus de lui – « La mort de Smith était comme le décalque prémonitoire de la sienne » – alors que tout semble lui sourire : aidé par un concours de circonstances « providentiel », il a toutes les chances de l’emporter aux élections et son brillant face à face télévisé laisse augurer une ascension politique jusque dans les rangs du gouvernement.
    Las, certains actes de sa vie le rattrapent et le voilà pris dans un engrenage fatal. Pourtant il se bat pour y échapper, au risque sa vie. Et gagne. Le hasard même – ironie du sort – lui fait rencontrer lors d’un spectacle de cabaret, un lieu à cent lieues d’une telle éventualité, la femme qui devrait être son salut : « Son destin se jouait là : il en avait la certitude ». Mais ce n’est que pour mieux le conduire là où son destin doit s’accomplir.
    Formé aux aléas de la vie politique, il savait d’expérience qu’ « on ne peut jamais rien prévoir de sûr. Et que, puisque la vie se joue ainsi sur une succession d’improvisations, il lui faudrait aviser, le moment venu ». Mais la partie d’échecs est perdue d’avance : chaque coup qu’il tente, d’abord heureux, se retourne contre lui.
    La prémonition du début recélait cette vérité dont toutes les mythologies sont porteuses : on n’échappe pas à son destin !
    Dominique

  115. Sophie dit :

    Il suffit d’un « si… »
    Comme le dit Claire, la vie est faite d’une infinité de « si » dont on imagine, peut-être à tort, qu’ils auraient pu changer notre destin… s’ils s’étaient réalisés.
    A première vue, Michael, lors de sa dispute avec Cathy (p.246), a laissé passer sa chance : « Quelque part dans son coeur, ces paroles trouvèrent une fissure : il sentit qu’elles lui faisaient du bien, comme une ondée sur une terre aride ». Je crois qu’on a toujours des signes que l’on « sent » « quelque part » en nous – ce qu’on appelait la conscience – mais que nous écartons, faute de leur accorder l’importance qu’il convient. Or, est-il écrit, « s’il lui avait laissé le temps de pénétrer, elle aurait eu raison de sa dureté » et nous pensons que le drame aurait été évité.
    N’y a-t-il pas là une extrapolation douteuse ? Qui nous dit en effet que le drame, évité cette fois-là, n’aurait pas rattrapé Michael ? Cet homme est d’un caractère si orgueilleusement jaloux qu’il aurait vraisemblablement récidivé à la prochaine occasion : c’est ce que Dominique semble suggérer lorsqu’il dit qu’on n’échappe pas à son destin.
    Sophie

  116. Georges dit :

    Ces petits riens qui font une vie ou un roman.
    Je ne pensais pas qu’il y eût tant de philosophes fans de romans policiers, et je crois savoir pourquoi : car cette découverte m’a fait…réfléchir ! En particulier sur ces riens, apparemment anodins, qui finissent par constituer le tracé irréformable de notre vie ou la trame d’une intrigue.
    Ici, on nous parle d’une caresse, d’un frôlement, d’un seul geste ; là, de l’irréparable dû à une pression réflexe, à un doigt crispé, à la vue d’un bouquet insultant : avez-vous remarqué ce terrible article « un » à la fois indéfini et comptable ? Une rencontre, un mot, un geste, un regard, une occasion manquée, un coup de feu, une seconde. « Il suffit d’un instant, l’instant fatal »… Ce « un » qui devient « le », voilà pour les philosophes.
    Mais pour l’amateur de policier, ce sont également ces riens écrits comme par inadvertance qui constituent les indices laissés à sa perspicacité. Comme rien n’est là par hasard, mon grand plaisir est de me dire : ce cigare par exemple, justifié à première vue par le sadisme du tortionnaire, est-il tombé « naturellement » à terre dans la bagarre ou bien intentionnellement pour jouer un rôle par la suite ? ce geste banal d’enfermer les photos dans le coffre à gants est-il si innocent ?
    Ainsi en va-t-il d’« un » bouquet de fleurs apporté par le maire : question de politesse, se dit-on, mais avec l’habitude, on devine qu’elles seront un aliment à la suspicion jalouse du mari. La surprise vient du rôle inattendu que produira leur vue sur le tireur embusqué : on ne peut penser à tout !
    Georges

  117. Bertrand dit :

    Baiser fatal ?
    A lire les commentaires – passionnants au demeurant – sur le Destin qui ferait de nous des jouets des dieux ou des victimes de nos propres passions : « Etait-ce ruse des dieux ou aveuglement fatal des passions » (p. 35), je voudrais insister sur l’ignorance qui nous fait appeler hasard ce qui est résultat recherché consciemment par autrui.
    Prenons l’exemple (p.115) de Helen lors du premier baiser donné à Michael, le mari de sa meilleure amie, l’homme qu’elle a aimé dans sa jeunesse. Quand elle penche ses lèvres vers lui, à quoi obéit-elle ?
    Est-ce dû à l’euphorie d’un premier bain de soleil : « La température presque estivale les plongea dans une douce torpeur » ? A l’émotion charnelle d’une femme pour un homme dont elle sent « le poids de la nuque contre son ventre » ? A la pitié envers cet ami « que l’amertume empoisonnait », qui « criait son désir frustré, son sevrage intenable » : « Détends-toi, Mick, je crois que tu en as besoin en ce moment » ? Au désir maternel de consoler ce malheureux qui déversait contre son sein « le trop plein de ses souffrances » : « Maternellement, elle passait une main apaisante sur son front » ? A la fin de l’épisode, elle dira : « Le consoler, lui, c’était le mieux », mais elle avouera : « Depuis le temps que j’en mourais d’envie » !
    Alors, était-ce calculé ? Et si oui, depuis quand ? Dès son invitation à aller pique-niquer sur la côte ? Et alors le choix de ses vêtements « légers », la jupe dans l’auto « ramenée à mi-cuisses, découvrant ses formes pleines », son tee-shirt « moulant », et sur la plage son invitation à poser sa tête sur ses cuisses haut dénudées, tout aurait été fait exprès pour le séduire ? Raison pour laquelle elle prolongerait la caresse de ses doigts sur son front, la pression de son index sur ses lèvres ?
    Lorsque l’auteur écrit : « Soudain Helen lui prit la tête à deux mains », a-t-elle été entraînée ou s’est-elle décidée sciemment à poser le premier geste d’une patiente stratégie de conquête ? Faut-il d’ailleurs dire « premier » geste ? N’était-il pas envisagé depuis le fameux « piège de femmes » du début ? En tout cas pour notre pauvre Michael, manipulé à son insu, il n’y vit qu’un acte isolé survenu par hasard, un acte « sans conséquence(s) »…
    Hasard, fatalité, destin, sont des mots dont nous parons notre ignorance.
    Bertrand

  118. Hubert dit :

    L’homme naît libre, mais après ?
    Curieux comme on peut être influencé par un bouquin : à vous lire, je pourrais croire que la vie est un engrenage fatal, un enchaînement inéluctable de causes à effets, et qu’on est comme un prisonnier aux chaînes ! C’est oublier que l’auteur de ses actes possède au début de sa vie une liberté quasi souveraine qui, je l’admets, va s’amenuisant au fur et à mesure de la voie où il s’est engagé volontairement.
    N’oublions pas par exemple que, si le premier baiser d’Helen a pu surprendre Michael – et même Helen selon la brillante analyse de Bertrand – lors du second, le temps de reprendre sa respiration !, il est écrit : « Leurs regards se croisèrent, laissant à leur « liberté » une fraction de seconde pour se décider ». Lors de la récidive dans l’auto, il semble qu’ils ne puissent plus ignorer la pente sur laquelle ils s’engagent : « Cette fois, ils échangèrent un regard « averti » dans lequel chacun « put » lire la « pleine conscience » du geste posé » Indulgent, l’auteur ne les écrase pas, ajoutant : « et « sans doute » de ses conséquences, un jour prochain ».
    Certes ils pourraient en rester là, mais le corps n’est plus sur la défensive, la conscience se disculpe déjà : «des baisers, ce n’était pas une vraie trahison ». La volonté de l’un au moins résiste encore : « Aller plus loin, il ne le voulait pas ». Sa lucidité est entière : « Il y a des limites qu’on ne franchit pas » et n’ignore rien de la conséquence à venir : « sous peine de non-retour ». Mais nous le savons par expérience : l’intimité dangereuse d’une voiture, la proximité des corps, des avances féminines… pauvre Michael, le combat est perdu d’avance ! Et de fait, tous deux sombreront bientôt dans « une sorte d’inconscience où plus rien n’existait d’autre que la satisfaction immédiate de leurs pulsions ».
    Si, « à cet instant précis [de l’ouverture de la boîte à gants], l’engrenage de la fatalité se mit en marche », ne faut-il pas le voir déjà en marche dans le cœur des futurs amants, là où se décident les choix qui scellent notre destin ?
    Hubert

  119. Nathalie dit :

    Le doigt dans l’engrenage
    Mettons que le premier baiser entre Helen et Michael ait surpris leur volonté et soit imputable à la faiblesse humaine. Mettons qu’« à cet instant précis », ils n’aient pas eu « la pleine conscience » des conséquences lointaines et mêmes immédiates de leur geste. La suite de leurs relations est sans équivoque – enfin si je puis dire ! – chacun des deux sachant pertinemment ce qu’ils seraient amenés à faire.
    Si l’on peut concéder aux premiers émois une excuse indulgente, il n’en reste pas moins que, au fil des privautés qu’ils se permettent, les deux portent la responsabilité du « destin » à venir. On peut toujours franchir une limite « sans clairement le décider, seulement par l’enchaînement mécanique » d’un baiser en entraînant un autre, lequel conduira à des caresses de plus en plus osées, puis à des étreintes progressivement moins pudiques, en attendant la suite « inévitable ».
    N’y a-t-il pas là, non un aveuglement, mais une sorte de préméditation en actes ? Michael le dit très justement : « Sans doute […] dans cette fraction de seconde, je ne l’ai pas voulu expressément » et je n’en avais pas « l’intention », « mais qu’est-ce que cela peut faire, puisque je l’ai prémédité depuis la veille ? » Ici, précisons-le, il se sera écoulé plusieurs jours avant la chute « fatale », circonstance aggravante.
    On nous apprenait naguère à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage.
    Nathalie

  120. Hélène dit :

    Aide-toi et le Ciel t’aidera
    Loin de moi l’intention de mêler le Ciel aux machinations de la belle Helen : je ne l’entends ici qu’au sens antique de la Fortuna qui, les yeux bandés (tiens, tiens !), distribue à chacun son lot de bonheurs et de malheurs.
    Au jeu donc de la roue de la fortune, Helen, d’un baiser opportunément donné, voit « un avenir de bonheur s’ouvrir devant elle comme par enchantement ». Le coup de pouce provenait-il de l’occasion plus ou moins fortuite d’une balade ou d’un calcul aux répercussions si lointaines qu’il ne peut être regardé par Helen comme déterminant ? Quoi qu’il en soit, à partir de ce moment, elle est habitée par une folle espérance que ce qui était impossible ne l’est plus : « Il lui revenait seulement d’aider le destin » ! En somme, elle a un petit air de ressemblance avec Lisbeth (mon commentaire du 31 mai)
    Tout est dit dans ces deux expressions qui conjuguent leur force : « par enchantement » et « aider le destin » : j’avoue avoir souri à ce passage non dénué d’humour et de vérité psychologique ! Montaigne, avide de plaisirs et sachant la fugacité des choses, enseignait déjà à « se saisir de l’occasion par les cheveux ».
    Helen a montré dès le début qu’elle avait la vivacité nécessaire pour bondir sur l’occasion et dresser dans l’instant un plan à long terme ; mais elle sait également « remettre à plus tard ses projets de séduction » quand, en femme finaude (je devrais dire simplement parce qu’elle est femme), elle devine que « attendre accélère parfois les choses ». Je me répète : je l’aime bien, moi, Helen !
    Hélène

  121. Christine dit :

    Un baiser, rien qu’un baiser
    Un baiser n’engage à rien, pense-t-on. Est-ce bien certain ? Les derniers commentaires, à leur façon, qu’ils l’estiment simple élan charnel ou calcul mêlé de désir, en montrent au contraire les conséquences possibles. Les femmes le savent d’instinct, du moins celles qui ont une certaine retenue : donner ses lèvres, c’est partager son souffle, c’est ouvrir déjà son intimité, comme une manière de don préalable. Il y a là comme une haleine de vie qui transfuse d’un être à l’autre en vue de ne faire plus qu’un. En ce sens, le premier baiser d’Helen, à coup sûr de son point de vue, l’engageait corps et âme.
    On devrait y songer davantage et ne pas galvauder ce geste.
    Christine

  122. Brigitte dit :

    Le premier baiser
    Bravo, Christine ! Tout à fait d’accord avec vous : un baiser est un acte formidable quand on y pense. Je me rappelle avec une émotion toujours aussi neuve mon premier baiser. Ah ! cette peur en même temps que cet élan irrésistible qui m’attirait vers son visage ! ce frémissement qui faisait flageoler mes maigres mollets ! ma respiration si coupée que je craignais de ne plus savoir garder assez de souffle pour l’embrasser ! Qui ça, lui ? Hélas, je ne l’ai plus revu : les trois semaines de plage finies, il ne me restait de lui que ce frisson délicieux qu’il m’avait donné. Quand j’y repense, j’en suis encore tout émue charnellement, et dans mon jardin secret demeure cet éblouissement de ce que j’avais cru de l’amour.
    Brigitte

  123. Luc dit :

    Baiser de vie
    Emouvante Helen ! J’avoue être moi aussi sous son charme – et avec l’auteur, je pèse ce que ce mot évoque de magie. A d’autres, le soin de la psychanalyser ; pour ma part, je me contente d’éprouver les sentiments mêlés qu’elle m’inspire. Si romantique et si réaliste, si lucide dans le calcul de ses effets et si totalement abandonnée aux émois de l’amour, si habile à jouer sur les deux tableaux parce que pour elle ils ne font qu’un !
    Tenez, cette robe « à la Cathy » qui lui a servi à circonvenir Michael, on peut la voir tâchée d’opprobre et porteuse d’une sensualité animale, mais, lorsqu’elle l’étend sur son lit, la voilà transfigurée en symbole le plus pur : tout à la fois robe de mariée et linceul, unissant dans sa trame Eros et Thanatos, elle est devenue, par la force de son amour, l’image d’elle-même « allongée là dans un sommeil dont elle ne se réveillerait pas car il n’y avait plus de prince charmant pour lui donner un baiser de vie ».
    Que voulez-vous, elle me fait fondre cette femme, si femme !
    Luc

  124. Patrick dit :

    Le sceau de l’amour
    C’est toujours un plaisir pour moi quand arrive le samedi : je me hâte de lire tous les nouveaux avis. Alors, juste un petit mot pour affirmer à mon tour l’importance que peut avoir un baiser.
    « Elle approcha ses lèvres du papier et y déposa un long baiser, imprimant de son rouge à lèvres une forme de cœur. » Quel amoureux n’a pas fait ce geste ? Mais ici, cette marque est le sceau tragique apposé à un amour fatal. Je suis d’accord avec Christine pour y reconnaître le don plénier d’un cœur : en témoigne le dessin de l’alliance qui en sera la signature.
    Amour fantasmé ? Qu’importe ! Il exprime la vérité unifiante d’un être, sa raison de vivre et de mourir : en cet instant, toute remplie de contradictions qu’elle soit, Helen est une. Et ce baiser, dans lequel Helen condense sa vie, m’émeut.
    Patrick

  125. Sophie dit :

    Un baiser, c’est jouer avec le feu
    « Un baiser, rien qu’un baiser » supplient les garçons : ils savent bien l’effet d’entraînement qu’il exerce sur le corps et sur la sensibilité ! Car il est impossible de ne se toucher que des lèvres. Ne serait-ce que pour donner au baiser une pression incitative et une profondeur amoureuse, les mains viennent au secours des lèvres et attirent la nuque ; bientôt les bras entourent les épaules en une étreinte enveloppante, la respiration haletante soulève la poitrine, le ventre se met à fondre, et tout le corps sous l’onde de choc est mis en émoi.
    Méfiez-vous, fillettes !
    Sophie

  126. Françoise dit :

    Chaste baiser
    Bien sûr, vous me direz que le cadre s’y prêtait et que le beau George savait s’y prendre. Mais il n’empêche que, dans le cœur de Lisbeth, les vers de Lamartine ont trouvé un chemin tout tracé, « réveillant en elle des rêves de jeune fille informulés » Ces rêveries dont se grisent les adolescentes sont une alliée « fantastique » pour le séducteur.
    Le baiser reçu ce jour-là ne devait pas ressembler à ceux de l’auberge ! Celui-là la laissa « tout éblouie, chavirée comme au premier baiser ». Et pourquoi ? Parce qu’alors les lèvres de l’amant « avaient la douceur de la poésie »… Il n’y a qu’un Français pour écrire de tels mots !
    Françoise

  127. Georges dit :

    Le baiser d’Helen
    Je voudrais revenir sur le fameux premier baiser d’Helen : ce fut pour elle un changement radical dans ses relations avec Michael.
    Lorsqu’elle rentre de leur escapade, elle murmure d’un air badin, en se passant la langue sur les lèvres : « Depuis le temps que j’en avais envie !». On pourrait, à ce moment de l’histoire, croire à un petit extra ! mais, lors de la grande scène où elle lui avoue son amour, elle le redit sur le mode nostalgique et douloureux de la passion : « Quand je te voyais embrasser Cathy, j’étais au supplice… Jusqu’à ce jour heureux où, sur la plage, nous nous sommes embrassés. Oh Mick ! si tu savais comme j’ai attendu ce baiser, comme j’ai désiré tes lèvres, ton souffle ! »
    La césure est nette. Jusque là, elle brûlait, résignée, d’être à la place de Cathy ; maintenant, elle savait que la fièvre des sens allait la reprendre, mais différemment : « Et, cette fois, pas comme « avant » : avant le baiser sur la plage ». Elle en est si consciente que la phrase qui suit précise : « Depuis qu’elle avait franchi cette limite »
    Oui, dans ce baiser, le don total d’elle-même était inscrit. Aux hommes de prendre en compte cette réaction féminine lorsqu’ils croient à un simple badinage, car On ne badine pas avec l’amour…
    Georges

  128. Thomas dit :

    Baisers, promesse de bonheur
    Pour Helen, les baisers échangés avec Michael signifiaient des « promesses de bonheur » et lorsque les choses se gâtent entre eux, elle y revient comme à une preuve incontestable : vous l’avez dit, c’est qu’elle s’y livrait tout entière.
    Cathy, elle, ne sépare rien non plus : dans le moindre geste, elle est toute donnée, je dirais même abandonnée. Dès le premier baiser, elle y a enclos toute sa vie. Au point que, lorsque Michael la quittera, elle ressentira que cette ultime fusion de leurs deux êtres « condensait leur premier baiser, leur premier enlacement, leur étreinte nuptiale »
    De son côté Michael, torturé de jalousie, se rappelle qu’à Jersey, du côté de Saint-Aubin, ils s’étaient embrassés pour la première fois avec Cathy et que « dans l’éblouissement du soleil et des baisers, ils s’étaient promis un amour éternel ». Chaque matin il ratifiait ce pacte, « baisant ses yeux endormis, puis sa bouche toute chaude ».
    Ce sceau d’amour, comme l’appelle Patrick, ils le renouvelleront lors de leur brève réconciliation : « leurs lèvres scellèrent ces nouvelles épousailles » et il répondit aux baisers de Cathy : « pour toujours, mon amour, pour toujours ».
    Il est des baisers qui engagent autant qu’une promesse, qu’on soit homme ou femme.
    Thomas

  129. Jean-Pierre dit :

    Pour lui, « des baisers, ce n’était pas une vraie trahison »
    Je ne puis que rebondir sur le commentaire de Thomas : si des baisers engagent à ce point, alors un baiser donné à une autre femme que la sienne serait bien le début d’une trahison. Et non pas simplement « une petite compensation » ou un badinage anodin. Mais peut-on pour autant qualifier un baiser de « vraie » trahison ? Les hommes ont tendance à le nier.
    Et c’est ce que fait Michael. Il sait pertinemment qu’il n’a pas de « véritable » amour pour Helen, seulement de la tendresse ; et « il s’en veut d’autant plus de lui avoir cédé que dans son esprit il aspire profondément à rester fidèle à sa femme ».
    En tant qu’homme, je le crois sincère. C’est que, comme le fait remarquer avec justesse notre auteur, il sépare facilement « comme beaucoup d’hommes, le plaisir des sens de l’engagement du cœur ». Or, si au moment de cette réflexion on a de loin dépassé le stade des baisers, il faut bien admettre qu’il y a quand même de la marge entre l’adultère et un baiser.
    Dans la pensée masculine, l’équation est simple : sans « véritable » amour, pas de « vraie » trahison.
    Jean-Pierre

  130. Marc dit :

    Coupable de « trahison » !
    Je ne voudrais pas, Mesdames, vous donner l’impression que je soutiens – partialement – Michael ou Jean-Pierre, mais quel mal y a-t-il à embrasser une femme, même tendrement ? Une lectrice, en son temps, disait fort justement que le corps est l’instrument concret de la communication.
    Un baiser sur le front, qui apaise, un bécot sur les yeux, qui endort la souffrance, des lèvres qui effleurent une épaule, pour consoler, ou se posent sur la bouche, pour aider l’autre à se vider des tensions accumulées, des bisous piqués dans le cou, juste pour rire et s’émoustiller, allons même jusqu’aux globes des seins dans l’échancrure d’un corsage, pour dire à l’autre combien elle est désirable, où est réellement le mal ?
    Le mal est dans l’intention de profiter du « plaisir inavouable qu’elles y prennent toutes » afin d’aller plus loin : j’entends jusqu’à l’infidélité délibérée.
    Marc

  131. Nathalie dit :

    Innocent baiser
    Quel plaidoyer ! Ah, le bon apôtre de Marc : il embrasse et on devrait le remercier de tant de prévenance. Quel homme à ce compte ne s’inscrirait pas aussitôt à la Confrérie des Frères consolateurs ! Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Une partie de jambes en l’air pour la décoincer, lui calmer les nerfs, lui ôter son angoisse, lui ouvrir des horizons… et compter sur la gratitude du mari qui découvrira une femme « nouvelle » !
    Cela ressemble à s’y méprendre au roman : William trompe sa femme à l’occasion de soirées libertines ; grâce à son expérience acquise auprès de poulettes délurées, il éveille à son tour chez sa femme une sensualité qu’elle s’ignorait et qui deviendra exigeante ; laquelle Helen, forte d’appétits aiguisés, en fait bénéficier notre Michael un tantinet puceau, à qui Cathy n’aura pas le temps de dire merci !!! Quelle chaîne de dévouements !
    L’acte serait donc bon ou mauvais en fonction de la seule intention ? Éternelle question que je laisse aux philosophes. Mais parer l’inconduite du nom de vertu, je sais comment cela s’appelle : de l’hypocrisie ! et du cynisme.
    Nathalie

  132. Maurice dit :

    Baiser thérapeutique…
    J’aimerais ajouter aux réflexions de Marc, qui reflètent la mentalité la plus répandue, que pour preuve de l’insignifiance accordée aux baisers de la plage, tous deux « sur le chemin du retour, ne dirent rien de ce qui venait de se passer entre eux ». Michael est le premier étonné de son geste : « Depuis dix ans qu’ils se connaissaient ! Jamais il n’avait embrassé une autre femme que Cathy. Il n’y aurait pas même songé. » L’explication qu’il se donne : « L’émotion sans doute », un lot de « consolation ».
    Relisons bien l’épisode : l’initiative ne vient pas de lui ; « mais, le temps qu’il se rende compte de ce qui arrivait, sa bouche avait répondu » – « avec avidité » certes, mais n’oublions pas qu’il était sevré d’affection physique. Bien sûr, l’effet d’entraînement jouant, « il n’en finissait pas de prendre et de reprendre cette bouche abaissée sur la sienne ». Mais tandis qu’une flamme de victoire brille dans les yeux de Helen, lui, apaisé, reste étendu, un sourire « béat » sur les lèvres. Il semble que pour lui, ce ne soit qu’un épisode isolé, une parenthèse : mot qu’il prononcera un jour prochain
    Les présomptions de culpabilité sont faibles, non ? A défaut d’acquittement, je demande au jury féminin de ce blog …l’indulgence.
    Maurice

  133. Michèle dit :

    Insignifiant, un baiser ?
    Ah, mais si leur femme se permettait une telle privauté, quel scandale ! Ils y verraient, eux, une « vraie » trahison. Et je le dis tout net : de mon point de vue, ils n’auraient pas tout à fait tort ! car les femmes, en général, doivent avoir du sentiment avant de passer aux actes. Elles se laisseraient plutôt être « serrées de près » que de donner leurs lèvres à qui n’a pas ému leur coeur.
    La preuve la plus éclatante nous en est fournie par les prostituées, qui, pour « thérapeutiques » que soient leurs services, ne se laissent jamais embrasser par leurs clients !
    Michèle

  134. Isabelle dit :

    Baiser vivifiant
    « Tant qu’il l’embrassait, elle était en vie » : quand leurs lèvres se sépareraient, elle serait morte.
    Merveilleuse Cathy, si frêle en apparence mais vibrante d’un amour si total ! Toute femme se reconnaît instinctivement en elle, puisque même Helen, si différente, rêve d’être Cathy. Quelque part – je n’ai pas eu la patience de rechercher le passage ! – elle se dit : « aimer, je sais ce que c’est, mais être aimée ? » Et là, en réponse à son interrogation, l’image de Cathy traverse son esprit. Elle ira loin dans cette identification, nous le savons. Et comme les lèvres de Cathy n’ont connu que celles de Michael, elle ira même pour cela jusqu’à demander un baiser de la bouche de son amie. Sans en être consciente, elle rend ainsi hommage à l’amour véridique : ce baiser des lèvres de Cathy est une quête désespérée d’un souffle de vie.
    Isabelle

  135. Valentine dit :

    Baiser au féminin
    A croire que tous les hommes se sont donné le mot pour faire chorus : « Que d’histoires pour un baiser ! Juste une petite douceur au passage, sans gravité. Aussitôt donné qu’oublié ! » Tout juste s’ils n’ajoutent pas, comme Peterson quittant Jennifer : ma femme, sans le savoir, lui devra un regain de tendresse !
    Alors, voici ce que je suggère à nos lectrices en guise de pétard du 14 juillet.
    Essayez ce soir de dire à votre chéri en vous mettant à table : « Tu ne te douterais pas. Eh bien, mon patron, dans l’ascenseur, m’a embrassée. » Imaginez la réaction ! Incrédule : « Sur la bouche ? » Un léger hochement affirmatif de la tête. Outré : « Et tu t’es laissé faire ?! » Répondez alors : « Oh, c’est sans gravité, tu sais : aussitôt fait, aussitôt oublié. » Et, mine de rien, tout en lui remplissant son assiette, laissez tomber : « Ça n’a duré que le temps des trois étages…»
    Supposez maintenant que vous lui disiez, en inversant les rôles : « Tu sais, dans l’ascenseur, je n’ai pas pu résister, mon patron semblait si abattu, le pauvre : alors je l’ai embrassé.» D’abord, blessé dans son amour-propre, il répondra : « Quoi ? Tu as osé faire ça ! Mais c’est dégueulasse ! » Puis, passant à l’attaque : « Tu me vois, moi, aller pourlécher ma secrétaire ! Qu’est-ce que j’entendrais ! » Enfin, désorienté comme jamais : « Ah mais, qu’est-ce qui t’a pris ? T’es devenue folle ou quoi ? » Répondez alors : « Oh, c’est rien, juste une petite douceur au passage, pour le consoler ». Je vous le garantis, il ne tardera pas à conclure : « Tu ne m’aimes donc plus ? »
    Comme quoi la gent masculine témoigne contre son gré qu’il existe un rapport étroit entre l’amour et un baiser.
    Valentine

  136. Gérard dit :

    Baiser glacé
    Ce que j’aime dans ce roman, hormis que la psychologie serve de base à l’intrigue sans que celle-ci y perde son efficacité, c’est sa construction : ses échos, ses syméties. Par exemple, puisqu’on parle baisers :
    J’entends encore le rire taquin d’Helen au téléphone : « Parce que tu es comme une statue au lit ? » ; puis j’entends ses attaques moqueuses contre Michael : « Tu la regardes comme une icône, tu l’embrasses, comme un dévot une statue ! » ; je l’entends encore suggérer diaboliquement à son amant : « Je voudrais que tu poses tes lèvres sur ma peau… religieusement, comme si j’étais une statue à vénérer, à émouvoir touche par touche ». Et je me dis que, pour elle, un vrai baiser se devrait donc d’être sensuel, violent, érotique.
    Mais voilà, une fois la fièvre des étreintes tombée, la même femme souhaiterait « être aimée après l’amour », c’est-à-dire être « traitée comme il lui avait montré qu’il traitait Cathy », rêvant de chastes enlacements, de caresses presque imperceptibles, de baisers « si légers qu’ils eussent paru un geste de piété ».
    C’est ce qui rend tragique et si poignant son geste d’adieu déposé sur la nuque de Michael, « un ultime et long baiser : plein de tendresse, pudique à l’extrême, un baiser de dévote à une statue de marbre ».
    Quel renversement de symétrie ! et quelle profonde vérité d’un être ainsi dévoilée !
    Gérard

  137. Agnès dit :

    Baiser rituel
    Ah ! s’il est des baisers que je ne supporte pas, ce sont bien ces « baisers rituels » donnés du bout des lèvres, où ne se perçoit plus que l’habitude d’un geste « machinal » !
    Aucune émotion ne l’accompagne : on ne sent même plus la chaleur d’une haleine, la légère précipitation de la respiration, l’impatience des doigts étreignant l’épaule – je ne parle même pas de la main qui s’égare sous le chemisier ou se presse à la taille ! – Plus rien que deux lèvres indifférentes qui « déposent » un petit bruit mou sur les cheveux ou sur le front, les mains occupées à jouer avec les clés de contact ou la cigarette…
    A vous dégoûter de lire les commentaires enflammés sur les baisers qui font perdre la tête et… la virginité ! Arrive toujours un moment où ils ont « un petit quelque chose d’un peu fade ». Et c’est peu dire…
    Agnès

  138. Benjamin dit :

    Le goût du baiser
    Ma chère Agnès et vous autres, femmes…
    Sachez qu’il nous arrive aussi, à nous autres hommes, de trouver insipides certains baisers « accordés » avec tant de parcimonie d’une part et tant de préparatifs de notre côté qu’il nous paraît non seulement légitime mais quasi nécessaire d’aller nous ressourcer ailleurs quand l’occasion s’en présente. On dit qu’un petit flirt donne du piquant ou du piment à la vie : c’est que par trop souvent elle est « un peu fade » ! et c’est peu dire, je vous l’accorde.
    Notre baiser machinal répond au baiser inattentif entre deux courants d’air, ou – pire – à celui supporté avec résignation : « Tu vois bien que je suis occupée (à la cuisine, à la salle de bains, au téléphone, à la télé), que les enfants ne sont pas loin, que je viens juste de me mettre du rouge à lèvres… » Bref, à croire que nous choisissons toujours le mauvais moment.
    Mais, après le film, si l’on pense que c’est enfin le bon moment : « Attends au moins que je sois démaquillée ! », puis, au sortir de la salle de bains : « Ah, tu piques ! ». Au lit enfin : « Arrête, tu sais bien que je dois me lever tôt demain… », sous-entendu : « je sais bien où ça va nous mener tes soi-disant baisers ».
    Alors oui, à ce compte, je comprends Michael « répondant avec avidité » aux lèvres qui « s’offrent » à lui : c’est une manière de retrouver le goût du baiser. Et en cette nuit du 14 juillet, il y aura peut-être eu des « baisers volés »…
    Benjamin

  139. Jean-Pierre dit :

    Baiser de gratitude ?
    Il en faut peu à un homme pour que « la vie subitement retrouve des couleurs lumineuses ». Ainsi du pauvre Michael, lessivé et écoeuré de lui-même par deux heures de débauche amoureuse. Une douche, la belle Lisbeth qui sonne à la porte, et le voilà l’œil « intéressé », déshabillant du regard notre bombe incendiaire : il a suffi d’un jean moulant, d’une taille étranglée, d’un corsage entrouvert sur de douces perspectives, d’un pas chaloupé et d’une croupe dodue !
    L’entretien qui suit a de quoi cependant refroidir toutes ses ardeurs et les révélations que lui fait la secrétaire de quoi lui « ôter toute envie de badiner ». Et pourtant notre banquier ne peut s’empêcher de la détailler « en homme séduit par ses charmes » et de dire, même au mode de l’irréel du présent : « Hé ! Lisbeth, je vous embrasserais bien à mon tour ! »
    N’empêche, a-t-il senti que la femme le trouvait séduisant et avait « envie de l’embrasser », ou bien le désir a-t-il fait son chemin inconsciemment en lui ? Au moment de se séparer, en geste de gratitude, « il l’attira dans ses bras et l’embrassa ». A remarquer, Mesdames, que « Lisbeth s’abandonna à son enlacement et lui rendit son baiser ».
    L’émotion, est-il écrit, était leur excuse… A ce compte, je veux bien être « ému » !
    Jean-Pierre

  140. Hubert dit :

    Baiser enivrant
    C’est vrai qu’il y a une sorte d’enivrement à baiser les lèvres de celle qu’on aime et qu’on désire, « à prendre et à reprendre cette bouche » dont le contact « redonne vie » : c’est comme si on « buvait à une fontaine de Jouvence ». Difficile de s’arrêter, tant un baiser en appelle un autre.
    Il semble qu’on plonge si loin qu’il faille fermer les yeux « pour goûter l’émergence des profondeurs » en une lente remontée par paliers « comme celle des plongeurs sous-marins ». Est-ce parce qu’on a été privé d’oxygène ? on en a le tournis et on a l’impression d’avoir quitté le monde. Combien de temps, on ne peut le savoir : le temps a été aboli. Pendant la durée du baiser, on a été l’autre, comme Helen était Cathy durant la minute où elle a goûté sur les lèvres de son amie le souffle de vie de l’amour.
    Tel est son effet, et pourtant sitôt fini, il réclame d’être renouvelé. C’est une eau qui donne soif d’elle-même.
    Hubert

  141. Guy dit :

    Fantaisie et baisers
    Comme le dit notre auteur, des baisers, il y en a de toutes sortes et chacun les donne ou les reçoit différemment. Pour ma part, une fois passée l’étape des premiers baisers, les plus « enivrants », ceux qui montent les deux désirs au diapason l’un de l’autre, j’aime ces moments où la fantaisie est reine. Je pense à ces baisers piquetant la chevelure, la rondeur d’une épaule, remontent d’un coup aux paupières pour glisser insidieusement vers un lobe d’oreille particulièrement sensible ! Ceux-là déclenchent souvent des rires et font de l’approche amoureuse un jeu.
    Puis il y a ceux qui partent à l’exploration vagabonde du corps, qui procèdent par frôlements, qui zigzaguent au gré des formes rencontrées : ceux-là, « piqués aux endroits les plus inattendus », sont plutôt coquins, cherchent à surprendre et à griser. Ils ont la vivacité de l’allégresse.
    Enfin – mais y a-t-il une fin, mon cher Hubert ? – je passerai sous un silence pudique ceux qui, sensuels et langoureux, participent de la volupté, pour ne mentionner que ceux qui, une fois le couple rassasié de plaisir, sont comme les retombées d’un feu d’artifice, petites étincelles de couleurs diverses dispersées par le vent du caprice. Ils expriment le contentement, la joie profonde et apaisée, et la gratitude réciproque.
    Et je crois n’être resté qu’à « la surface des choses » !
    Guy

  142. Cyril dit :

    Baiser brûlant
    Sitôt fini, le baiser laisse sur sa faim, ou sur sa soif comme dit Hubert ; mais non assouvi, il s’apparente au supplice de Tantale. Un passage a retenu en cela mon attention : le moment où sur le quai d’embarquement, William et Jennifer vont se quitter.
    « S’embrasser, s’étreindre ? Chacun le désirait, mais ils craignaient de se faire encore plus mal en s’arrachant l’un à l’autre ». Conscients de l’emportement qui naîtrait d’un baiser, ils n’osent joindre leurs lèvres. « S’enflammer pour ne pas brûler ? n’était-ce pas pire souffrance que de se refuser à céder ? »
    Comme le dit Sophie, un baiser, c’est jouer avec le feu. Et il n’appartient pas qu’aux fillettes de se méfier ! On s’y brûle les ailes à tout âge…
    Cyril

  143. Paul dit :

    Baiser détonant
    Salut aux fans de ce polar ! Moi, je ne suis pas philosophe et je ne lis pas de romans policiers pour me casser la tête ! Quand il y a des passages croustillants, je me régale, ça détend du suspense. Dans la vie, on ne pense pas à tout ça quand on roule une pelle à une nana : on pense, comme dans le bouquin : Aïe, gaffe au rouge à lèvres ! ou bien, d’un air « mutin » (j’ai cherché dans le dico : malicieux), on dit « A demain » et on se voit déjà au lit. C’est pas compliqué : mon grand-père disait « Chauffe un marron, ça le fait péter » : et ça marche !
    Ce bouquin, j’ai aimé ! et je vais le faire lire à ma copine. Mais avant, je vais lui souligner certains passages… Et y en a des tas !
    Paul

  144. Christine dit :

    Baiser et complicité
    On ne dira jamais assez à quel point un baiser crée une relation différente avec quelqu’un. Plus rien désormais ne sera comme « avant ».
    J’en veux pour exemple le passage, p.166, où Helen, en présence de Cathy, se presse plus longtemps que de coutume pour dire bonjour à Michael. « Innocemment » – aussi bien selon moi pour tromper Cathy que pour tester Michael – elle lève le visage vers lui, « comme si elle lui tendait les lèvres ». Michael se trouble, et alors Helen est sûre « qu’il a repensé aux baisers échangés sur la grève ». Désormais « elle sait qu’il y repensera chaque fois qu’elle s’approchera de lui ». La suite immédiate le montrera : « Il acceptait le jeu, et, pour le lui faire comprendre, ce fut lui qui la serra étroitement dans ses bras, lorsqu’elle leur souhaita bonne nuit ». La suite du roman ne fera que le confirmer.
    De tels baisers ont donc établi entre eux une complicité, et je dirais même plus un lien physique, qui les lie plus qu’eux-mêmes ne s’en doutent.
    Christine

  145. Luc dit :

    Le baiser : un langage universel
    Assurément le soleil des vacances tourne la tête à nos lecteurs : à voir « la pluie de baisers » qui a inondé le blog, j’ai cru me trouver sur un site de magazine féminin plus que sur celui d’un roman policier !
    Mais soyons honnête : l’intrigue est si liée aux manœuvres amoureuses qu’il est difficile de les en séparer. Le couverture du reste annonce la « couleur » (c’est d’ailleurs elle qui a attiré mon attention en librairie) : le verbe aimer est au cœur du drame.
    Ma seule contribution en ce temps de détente et de rencontres interlopes sera un jeu de mots (forcément sur la langue) : le baiser est la forme la plus répandue du don des langues !
    Luc

  146. Hélène dit :

    Du baiser au baiser
    Lorsque vous rappelez, à propos de l’insufflation du souffle divin en Adam, qu’à notre tour partager notre souffle avec l’être aimé est propre à lui transfuser notre énergie vitale, capable de ressusciter un mort, j’ai aussitôt repensé au premier baiser donné à un Michael effondré, lequel « goûta ce contact qui lui redonnait vie » et à l’ultime baiser qu’Helen dépose sur sa nuque « comme si ce contact eût dû lui rendre la vie ».
    Comme Gérard, j’ai été frappée par l’écho des formules et par l’emboîtement du drame entre le premier et l’ultime baiser. Cela m’a rappelé les pièces de théâtre classique avec leur lente montée vers l’acmé, ce fameux point de déséquilibre au troisième acte où tout est encore possible, puis l’étincelle d’où jaillira la catastrophe, la pichenette qui provoquera l’écroulement « en chaîne » des dominos.
    Hélène

  147. Isabelle dit :

    Aimer…et mourir et la mythologie
    Dans la cosmogonie orphique – vous penserez qu’on est loin du roman, mais non ! – rien n’était à l’origine que la Nuit et le Vide, jusqu’au jour où la Nuit enfanta un œuf d’où est sorti l’Amour : la Terre et le Ciel se formèrent des moitiés de la coquille brisée. Ainsi l’Amour est-il à l’origine du monde, et il n’est pas étonnant que, depuis la Nuit des temps, il mène le monde ! et qu’il plonge en nous ses racines jusqu’aux ténèbres de l’inconscient.
    D’après une autre généalogie, il tire sa double nature, dit Platon dans Le Banquet, selon qu’il est le fils d’Aphrodite Pandemos, déesse du désir brutal, ou de l’Aphrodite Ourania, déesse des amours éthérées : on reconnaît là Helen et Cathy ! mais aussi les deux faces d’Helen.
    Toujours insatisfait dans la quête de son objet et plein de ruses pour parvenir à sa fin, on le dit symboliquement né de l’union de Poros, l’Expédient, et de Pénia, la Pauvreté ! Là encore, les chapitres narrant les manœuvres tortueuses ou machiavéliques de séduction en sont comme le naturel écho ! Appas et appâts…
    Avec mes affinités électives
    Isabelle

  148. Audrey dit :

    Eros aveugle
    Sensible moi aussi à certaines affinités – je les trouve plus facilement en littérature que dans ma vie quotidienne ! – j’aimerais, à la suite d’Isabelle, évoquer Eros, l’enfant symbolisant l’éternelle jeunesse de tout véritable amour, mais aussi suggérant la part d’irresponsabilité ou d’inconscience de certaines amours inconséquentes, mais lourdes de conséquences !
    Parmi l’attirail qu’on lui prête : arc, flèches, carquois, torche…signifiant que l’Amour se joue des hommes qu’il chasse et enflamme, je soulignerai le symbole que reprend à l’envi votre livre, celui des yeux bandés : l’amour « aveugle », mot que l’on peut prendre comme un adjectif ou comme un verbe !
    Mais comme il est difficile, si l’on veut garder quelque illusion sur l’amour rêvé, de garder les yeux ouverts ! A l’instar de Cathy, j’ai vu mon beau château s’écrouler comme sable sur la plage… et depuis, je lis des romans sur le sable ! Au retour, je me baigne dans ce blog avec des tas de gens qui deviennent des familiers inconnus.
    Audrey

  149. Jean-Pierre dit :

    La lecture du blog, par ces remps de vacances, m’a incité à répondre, sur ce même thème, à l’article « De quel amour blessée ». Mais je veux m’en faire l’écho ici, où il semble que l’effet boule de neige se produit plus qu »ailleurs.
    Les deux coquilles de l’oeuf originel, dont parle Isabelle, pourraient appliquer leur symbolisme aux antagonismes ou aux différences que l’amour tend à unifier. En effet l’amour peut aussi bien être un don de soi qu’une captation de l’autre.
    Mais il serait illusoire de penser que chacun n’est habité que par l’un de ces aspects. C’est en nous que cette distorsion a ses racines. Il faut donc, à mon sens, commencer par s’unifier soi-même si l’on veut réussir à assimiler les forces contraires du conjoint.
    Nombreux ont été les lecteurs à souligner combien les personnages, autant que nous-mêmes, sont des êtres « partagés ». S’aimer soi-même signifierait pacifier d’abord notre coeur : ce que fait Cathy ; et, quand il est blessé, comme celui de Jennifer, se réconcilier avec son passé.
    Jean-Pierre

  150. Charlotte dit :

    Concaténation…
    A propos de l’écroulement « en chaîne » des dominos évoqué par Hélène, avez-vous lu l’article sur les caractéristiques du roman policier ? J’y ai appris le terme de « concaténation » : les images de « chaîne » et de « cadenas » qu’il connote ont provoqué en moi un déclic qui d’un seul coup m’a fait non seulement comprendre l’engrenage fatal d’un drame mais aussi ce par quoi j’étais prise sans le savoir pendant mes lectures.
    J’avoue lire des polars principalement pour la sensation de ne pas pouvoir m’arrêter de tourner les pages. Mon vocabulaire, pour rendre compte de mon émotion, se contentait du mot global de « suspense » mais j’ai trouvé que ce mot latin de « cadena », renforcé par le préfixe « cum », est très éclairant et cela m’a mieux fait comprendre aussi les remarques de certains lecteurs, que j’estimais un peu trop intellos !
    Je me réserverai donc l’été pour relire votre roman, attentive cette fois à la rigueur de sa construction : parallélismes, échos et emboîtements, à sa gradation comme au théâtre, se développant en vase clos, ainsi qu’à la valeur symbolique des gestes et des situations.
    Ah ! si ma prof de français pouvait me lire, elle n’en reviendrait pas ! Comme quoi je suis d’accord avec votre conclusion : l’intérêt de faire lire des policiers aux élèves, mais en leur expliquant pourquoi ils restent scotchés à leur bouquin ou à leur film.
    Charlotte

  151. Luc dit :

    Au carrefour des possibles
    Bravo ! Il me semble que peu à peu on revienne à ce qui pour moi fait l’intérêt premier d’un roman policier : la complication de l’intrigue, je veux dire ce jeu de pistes qui suscite une interrogation permanente devant les choix ouverts à l’auteur et donc au lecteur.
    Pour rester dans le thème amoureux et en écho aux allusions mythologiques d’Isabelle et d’Audrey, je m’inspirerai du jeu de tarot. Le sixième arcane majeur représente l’Amoureux encadré de deux femmes, une blonde séduisante et une autre à l’air vieilli et sévère : à lui de faire le choix judicieux.
    Sa situation – qui évoque celle d’Hercule au carrefour, ayant à choisir entre le Vice et la Vertu – n’est pas sans rappeler le cas de William et celui de Michael, eux aussi face à deux femmes. Tous deux sont à la croisée des chemins : William optera pour une nouvelle vie ; Michael, empêtré dans des chemins de traverse, croira sortir de l’impasse par un choix qui, finalement, n’en est pas vraiment un.
    Après la mort, l’âme, dans la tradition orphique et pythagoricienne, parvient à une bifurcation qui, à gauche, conduit aux Enfers tandis qu’à droite la route mène aux Champs des Bienheureux. Notre auteur ne s’aventure pas à suivre nos deux hommes dans l’au-delà : à ce carrefour-là, chacun est libre d’imaginer la suite !
    Luc

  152. Jean-Pierre dit :

    Miroir à deux faces : on y revient !
    Encore moi ! Que voulez-vous, je suis l’incitation du dernier billet de notre auteur et je passe des vacances « romanesques » ! J’ai bien aimé le livre, et je trouve beaucoup d’intérêt à participer à ce blog.
    Vénus Uranie ou Vénus des carrefours, ange ou démon, amour vrai ou séductions illusoires, inspiratrice d’amour charnel ou de sentiments éthérés, la lame du tarot dont parle Luc symbolise aussi les valeurs affectives et la projection de la double image que l’homme se fait de la femme. Isabelle l’a bien vu : il n’y a pas que Helen et Cathy en vis-à-vis, mais les deux faces de Helen.
    A vrai dire, il y a bien de la simplification à réduire la femme (et tout être humain) à deux faces : elle ne cesse en effet de revêtir des formes multiples devant lesquelles l’homme hésite, parce qu’au fond il ne se connaît pas lui-même. Aussi Michael balance-t-il plus que son ami.
    Cette carte de l’Amoureux représente dans mon esprit ce moi affectif devant lequel viennent se poser et se résoudre tous nos choix. Ainsi en va-t-il tout naturellement des personnages de roman qui ne font que nous renvoyer notre image.
    Jean-Pierre

  153. Gérard dit :

    Le carrefour est la rencontre avec le destin
    Une histoire n’est pas un chemin tout tracé : l’auteur s’en explique dans Les caractéristiques du roman policier. Page blanche à l’origine, ouverte à tous les possibles, elle voit se réduire sa liberté à chaque bifurcation. Là se marque un temps d’arrêt, là s’exerce le réflexion, là se fixe une direction. A quoi tient le choix ? Parfois, ce sont les autres qui décident pour nous ; le plus souvent, l’intéressé est pris à la gorge et se détermine sur des critères d’urgence. Pour s’apercevoir, au bout du chemin, qu’à tel croisement sa vie a basculé à son insu.
    Pour nos férus de légendes grecques, je rappellerai que c’est à un carrefour qu’Œdipe rencontre et tue son père Laïos, et que sa tragédie commence. C’est au terme d’un long voyage – fait de multiples embranchements et qu’il n’avait entrepris que pour fuir son destin – que précisément, à un carrefour, ce destin s’impose à lui
    Ainsi chaque carrefour fait appel à notre libre arbitre, mais chaque décision finit par tracer un itinéraire : qu’il s’agisse de l’intrigue d’un roman, de notre vie, ou de l’histoire des nations.
    Gérard

  154. Valentine dit :

    Un carrefour ? Le blog !
    Passionnant ! Ce blog est bien l’interface du roman, lequel, à en juger par les commentaires approfondis qu’il suscite, a les lecteurs qu’il mérite.
    Je lis assidûment – c’est l’intérêt des vacances et de l’ordinateur portable ! – commentaires, articles et pages presque chaque jour : une mine de réflexions entrecroisées, un échange magnifique de culture et de points de vue ! Et une grande diversité de sensibilités.
    Car, au fond, si une société est à l’évidence un croisement de personnes différentes, chaque être en lui-même est aussi un « carrefour », où se croisent et se combattent les divers aspects de sa personne. Comme dans un roman policier, ça complique les choses, mais c’est ce qui enrichit les commentaires.
    Valentine

  155. Hélène dit :

    Valentine a raison : les contradictions que chacun porte en soi, ou du moins la complexité de la personne habitée de multiples personnages, c’est ce qui rend les rencontres passionnantes, encore que difficiles.
    C’est également ce qui, à mes yeux, rend le personnage d’Helen si humain. En elle – dans le prisme de mes chères études classiques – je vois la triple Aphrodite, déesse du ciel, de l’océan et de la terre : pudique, féconde et lubrique. N’est-il pas curieux du reste que le mot latin trivium qui signifie carrefour ait donné trivial ? et qu’ainsi les Aphrodite ou Vénus des carrefours symbolisent la séduction des amours de passage ?
    Comme les personnages du roman, nous sommes tous « des êtres partagés » – et que se disputent parfois d’autres personnes qui nous demandent de prendre parti ! – des êtres qui peinent à tracer un chemin droit et vertueux. Mais nous, qui participons à ce blog, savons qu’il constitue une chance parce que, de sa diversité, il fait sa richesse, dont chacun tire profit pour voir plus clair dans le roman et… en soi-même.
    Hélène

  156. Vincent dit :

    Trivial pursuit…
    Le prof d’histoire que je suis ne peut résister à apporter sa contribution en rappelant que les Romains rendaient un culte aux Lares des carrefours. Précisément pour ne point y rencontrer un destin néfaste. Ils y déposaient des offrandes pour se concilier les divinités locales dont la protection s’étendait de proche en proche aux foyers groupés autour des routes qui se croisent, aux champs du voisinage, et ainsi de villages en cités. Ils y élevaient des chapelles, ou tout au moins des autels, et y disposaient des bancs pour le repos du voyageur et la méditation.
    Vincent

  157. Hubert dit :

    Le carrefour de la nouvelle chance
    Oui ! Valentine, Hélène, Vincent : le carrefour, c’est bien comme ce blog : un lieu où l’on trouve les autres, un lieu d’échange et de commerce (entendez ici le commerce des esprits !).
    Mais c’est aussi l’endroit où l’éternel voyageur que nous sommes se retrouve confronté à lui-même : si le carrefour est une halte, c’est en même temps une invitation à aller au-delà. On y refait ses forces, on y délibère avant de se décider à poursuivre dans une direction.
    En somme, c’est un lieu d’espérance : on y découvre que la route suivie jusqu’ici n’était pas une impasse, qu’un nouveau carrefour est une nouvelle chance de prendre la bonne voie. Mais il a son prix, « le prix de ses choix » comme dit Burg.
    Certains sont irréversibles. Il existe des contes dans lesquels le carrefour lui-même s’efface, après le passage du héros. Un peu comme dans l’intrigue créée par l’auteur : par sa logique interne, au fur et à mesure qu’elle prend forme, elle conduit inexorablement à un dénouement qu’on croirait « écrit d’avance ».
    Hubert

  158. Roland dit :

    Le fil d’Ariane
    Le jeu de pistes auquel d’aucuns ont comparé la complexité d’une intrigue policière gagnerait, à mon sens, à s’enrichir du symbole du labyrinthe.
    En effet notre roman, sur une trajectoire apparemment linéaire, offre un lacis de pistes parsemées de voies sans issue. Le chemin plein de fantaisie de George, homme ondoyant et divers, s’achèvera sans crier gare en impasse ; celui de William, après plusieurs essais infructueux de changement de cap, se finira par un retour à la case départ ; celui de Michael donnera l’illusion d’ouvrir sur des horizons enchanteurs pour finalement se terminer en cul-de-sac.
    Helen s’aventurera hors des sentiers battus, « sur des chemins de traverse », croyant que son amour lui servirait de fil d’Ariane, mais il arrive que le fil casse et qu’il n’y ait plus de « sens ». Jennifer, après avoir une première fois buté contre un mur, croira déboucher enfin à la lumière, mais le tournant qu’elle juge décisif n’est pas encore le bon. Cathy, qui n’a pas quitté sa direction initiale, parviendra à un stade où plus aucune bifurcation ne s’offrira à elle : condamnée à tourner en rond, cherchera-t-elle encore un chemin ? Seule Lisbeth, la plus jeune, passera victorieusement l’épreuve et touchera à son but.
    Quant au lecteur, il suit chaque personnage à la trace, s’essayant à deviner les issues grâce à son GPS intérieur, nommé intuition.
    Un lecteur assidu de polars, qui a trouvé dans la construction « labyrinthique » de celui-ci un intérêt particulier. Mais qui en lit trop pour être aussi assidu à ce blog !
    Roland

  159. Valentine dit :

    Dans le dédale du cœur humain
    Roland parle très bien du labyrinthe des événements extérieurs qui constituent « l’aventure » des personnages, ce qui doit leur arriver au terme de leurs divers choix. Pour rejoindre ce dédale du cœur si cher à notre auteur, j’aimerais ajouter un mot sur le labyrinthe intérieur censé mener au sanctuaire caché de notre personne.
    Il s’agit ici de parvenir au centre de notre moi, à travers les mille chemins des sensations, des émotions et des idées, sans nous laisser prendre par les illusions et autres mirages qui s’offrent à nous.
    Qu’on descende, par de longs détours obscurs, aux profondeurs de l’inconscient ou à celles où le souffle divin nous habite, le débouché se traduit par une illumination où toute notre personne, qui s’était dispersée dans la multitude des désirs, se simplifie et retrouve l’unité perdue de son être.
    Je crois, pour ma part, que cette quête est celle de chacun des personnages de ce roman : une quête de sens. Ce qui, par delà l’intérêt propre de l’enquête, donne une réelle épaisseur humaine à cette histoire.
    Valentine

  160. Sophie dit :

    Miroir, médiateur docile ?
    Dans sa réponse à l’article sur le miroir, objet de réflexion(s), notre psy nous dit que se plaire est le fondement de la confiance en soi. Mais je suis persuadée que, dans une large mesure, nous ne sommes satisfaits de notre image que si nous sommes assurés de plaire à autrui.
    Si Cathy, avant son rendez-vous avec le maire et ayant dans ce but soigné sa toilette, peut « se contempler avec satisfaction et se plaire », n’est-ce pas parce que « elle sait qu’elle plaira » ?
    Si Helen, se séchant devant sa glace, se trouve des attraits, n’est-ce pas parce que, « imaginant le regard de Michael sur elle », elle sait qu’il sera séduit ?
    A contrario, ne se détourne-t-elle pas de son image devenue vide de sens dès lors que le regard de Michael ne s’y attachera plus ? Et Michael, après les révélations de Lisbeth, n’a-t-il pas un haut-le-cœur en s’apercevant en habit du soir, prêt à fêter un événement qui n’a plus de sens : l’image morale qu’il a de lui en cet instant ne coïncide plus avec celle que lui renvoie son miroir : il ne se plaît plus, alors même que la secrétaire le trouve séduisant.
    Aussi je suis bien d’accord avec l’auteur : l’image reflétée dans une glace n’a qu’une réalité matérielle : seul le regard porté sur elle lui donne une signification. Mais ce regard est conditionné par celui qu’on imagine posé par autrui sur nous. Sans cela, l’image retrouve sa réalité brute. La preuve ? Quand une femme est inquiète des marques du temps, combien n’est-elle pas experte à découvrir ne serait-ce que l’ombre d’une ride à venir ! Impitoyable miroir alors.
    Sophie

  161. Béatrix dit :

    Miroir d’exercice
    Le roman tout entier donne raison à Sophie : les femmes ont toujours en tête un regard extérieur à elles-mêmes, un regard « multiple » comme dit Valentine. Pour apprécier telle parure ou telle coiffure, elles en imaginent toujours l’effet sur les hommes, ou alors, lorsque c’est sur les femmes, c’est avec l’intention de les faire pâlir d’envie !
    Mais ce n’est pas à Jennifer et autres danseuses – je parle d’expérience – que vous pourrez raconter que le miroir est trompeur, elles qui passent tout leur temps d’entraînement devant leur glace à l’affût du moindre défaut de position ! Et je peux vous dire que c’est pire quand, dans cette même glace, vous apercevez le regard impitoyable du professeur se reflétant derrière votre silhouette !
    Béatrix

  162. Vincent dit :

    Histoire de miroir
    Connaissez-vous cette coutume significative vécue encore de nos jours en Perse, au Pakistan et en Afghanistan ? Dans le salon où a lieu la première rencontre entre le fiancé et l’épousée, un miroir est suspendu sur le mur du fond. Les fiancés, entrant par deux portes opposées, doivent se regarder de biais : ce faisant, ils se rencontrent comme au Paradis, voyant leurs visages redressés (l’œil droit à droite) et non inversés comme en ce monde.
    Qui eût pensé à cette faculté du miroir de redresser les images et de les faire voir selon leur réalité essentielle ?
    Vincent

  163. Valentine dit :

    Nos actes sont nos miroirs
    Le soleil, que le seul mot de « vacances » ou d’ « été » nous faisait miroiter, aura déçu bien des personnes, au point que l’on se demande si la météo télévisée qui nous l’annonce « pour bientôt » n’est pas un leurre incitatif venant au secours d’une économie touristique en péril ! Le roman, en fidèle miroir de la société, nous montre en quelque sorte que chacun se fait prendre au miroir à alouettes qui lui correspond.
    Je ne prendrai que l’exemple de William. Il se laisse attiré par de belles filles en qui il projette l’illusion d’un reste de jeunesse, par la drogue qui lui donne « l’illusion d’être plus performant », par la danse de Jennifer et la mise en scène savante des lumières qui jouent sur son imaginaire. On pourrait y ajouter, sans épuiser le personnage, l’ambition politique qui lui fait miroiter des perspectives gouvernementales.
    C’est d’ailleurs dans le miroir de leurs actes que nous connaissons le caractère des personnages de roman. Et c’est dans nos actes que nous nous révélons. Bien plus véridiquement que dans notre glace !
    Valentine

  164. Isabelle dit :

    Deux miroirs face à face
    Dans de nombreuses traditions, l’homme est décrit comme une synthèse du monde, un modèle réduit de l’univers, un microcosme. Ainsi l’homme et l’univers sont-ils dans la position respective de deux miroirs. En littérature, il n’est donc pas étonnant d’entendre dire que les paysages – lamartiniens entre autres – sont des états d’âme.
    On en a un « miroir » dans la promenade de George et de Lisbeth le long du Saxon Shore way. Un jour, vous en souvient-il, alors qu’ils regardaient canoter sur l’eau « miroitante » des couples d’amoureux, il lui avait dévoilé un coin secret de son âme, et elle avait découvert dans ses yeux – ces miroirs de l’âme – des profondeurs d’infini : ce jardin secret, qui se révélait à elle sous l’enchantement des mots, lui offrait l’image d’un homme ressemblant à « cette terre sauvage… sur laquelle le brise marine faisait naître d’imperceptibles frissons ». Le paysage, peint pour lui-même avec la Tamise, les joncs et les marais où « se réfléchit » la lumière dorée du soir, se transforme sous l’effet de l’amour en reflet du cœur des amants.
    La poésie ici à la fraîcheur d’une brise qui fait oublier sur l’instant les relents d’une relation adultère. Mais n’en dit-elle pas justement la part de beauté qui y est enclose ? Telle une fleur du mal…
    Isabelle

  165. Hubert dit :

    Le miroir des métaphores
    Tout mystère est caché derrière un voile. Le passage que note Isabelle lève un coin de voile sur un aspect de George méconnu de Lisbeth. Les amoureux qui canotent leur renvoient l’image de leur propre couple, et le miroitement de l’eau sous la brise associé aux frissons que donne la récitation du poème parfait l’identification : George devient cette terre dont la rudesse est attendrie par un souffle de romantisme.
    Grâce aux métaphores – dont c’est le rôle exact – deux réalités fusionnent entre elles. L’univers et l’homme étant plein de correspondances, comme le dit Isabelle sous une autre forme que Baudelaire, la métaphore empruntera à l’homme pour personnifier l’univers, et à l’univers pour qualifier l’homme : le paysage devient peinture d’un état d’âme et l’âme de George prend les traits du paysage.
    La métaphore agit comme un voile qui garde en partie caché le mystère de la réalité qu’il recouvre, mais en révèle par transparence la richesse insoupçonnée : ce double effet ouvre à l’imagination « des profondeurs d’infini », cet espace de projection que chacun – lecteur y compris – emplit de sa subjectivité.
    Hubert

  166. Sylvie dit :

    Images émouvantes
    Pour ma part, j’ai bien aimé les télescopages d’images qui s’ensuivront – mon prof employait l’expression « filer une métaphore » – lorsqu’à son tour le futur viendra se superposer sur les images du passé. « Ce chemin d’amour, s’enfonçant entre mer, ciel et marais dans une lande baignée d’eau, serait désormais un chemin baigné de larmes ». La régularité et l’immobilité du paysage seront synonymes de « sommeil de la mort ». « L’image de George étendu amoureusement dans l’herbe n’évoquera plus leurs étreintes mais la fixité de son cadavre ».
    Puisque le texte d’accueil demande si l’on a été ému et où, je dirai : dans ces pages où, durant toute la nuit, Lisbeth se débat entre le chagrin d’une mort subite qui la laisse abattue, et l’inquiétude de ce que l’enquête pourra révéler : d’où la construction par paragraphes alternés qui montre combien elle est ballottée.
    Mais l’émotion vous prend lorsque – par cette même alternance qui montre alors son déchirement – dans sa soudaine solitude (elle vient de faire une croix sur son mari, et elle n’a pas vingt-cinq ans, la pauvrette), elle va et vient entre les souvenirs amoureux et les lendemains solitaires : l’absence de l’être aimé lui fait chercher dans l’idéalisation des souvenirs heureux des images de consolation et même à s’inventer sa présence imaginaire contre son corps, mais, par retour de balancier, cette même absence impose à sa lucidité sa cruelle réalité. Tout cela baigné de poésie : c’est « déchirant ».
    Sylvie

  167. Xavier dit :

    Le miroir brisé
    A l’occasion des vacances, je débarque dans ce blog avec l’appréhension de me trouver sous le tir croisé des habitués : ça vole haut ! J’irai donc de ma première réflexion empruntée à mon quotidien (pas mon journal, mais ma vie !)
    Ne pourrait-on pas supposer que l’homme et la femme sont également deux miroirs face à face ?
    Bien sûr l’amour – surtout dans l’éblouissement des « premiers baisers » ! – fait que l’image qu’on a de soi est perçue dans les yeux de l’autre d’une façon idéalisée ; mais bien vite la vie remet à nu la réalité – certains appellent cela le miroir brisé ! – et dans les remarques plus ou moins acerbes de l’autre, on s’apparaît alors tout autrement !
    On ne se voit bien, paraît-il, que dans le regard des autres…
    Xavier

  168. Aurélie dit :

    A l’image l’un de l’autre
    A mon avis, il faudrait pousser l’analogie encore plus loin. Je suis d’accord : créés à l’image l’un de l’autre, l’homme et la femme peuvent, en cette ressemblance, se connaître à travers l’autre, par l’autre, dans le miroir des yeux de l’autre.
    Mais il arrive que l’amour, qui pousse à ne faire qu’un, ainsi que l’habitude de se refléter l’un dans l’autre font que, dans les vieux couples, les époux finissent par se ressembler et donner d’eux une « image de synthèse ».
    On le voit un peu dans le couple de William et d’Helen : à des signes imperceptibles aux autres, ils devinent le désir de l’autre, et ils finissent, quand ils font l’amour, par réagir de la même façon. Même s’ils se séparent, on sent chez eux une longue complicité : même dans cette séparation, ils réagissent de la même manière, naturelle, sans avoir à se parler.
    Xavier et moi, nous sommes loin de nous ressembler (façon de dire qu’on est très différents !) Mais bientôt on portera le même nom : c’est un début !
    Aurélie, (sa copine encore jeune !)

  169. Jean-Pierre dit :

    Chacun a son miroir
    Valentine, la théologienne (je suis bien son psy !), ajouterait à la suite d’Aurélie que, l’homme et la femme ayant été tous deux créés à l’image de Dieu, ils ont un dénominateur commun qui leur permet de transcender leurs différences pour « s’accorder » sur l’essentiel, je veux dire sur leur essence profonde.
    Je ne veux pas lui enlever tout son plaisir, mais qu’elle me permette de citer saint Paul : « Ici-bas nous ne connaissons que dans un miroir », en attendant l’immédiateté du face à face… Mais nous sommes loin du roman : encore que, apparemment, il serve de miroir de réflexion à beaucoup !
    Jean-Pierre

  170. Valentine dit :

    Dans tout miroir, on se cherche
    Je n’ai certes aucune compétence de psy, mais je sais que chaque lecteur, plus ou moins consciemment, se cherche dans ce qu’il lit : dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Voilà maintenant que je découvre dans ce blog qu’on me cherche! Eh bien, on me cherche : on me trouve
    Votre pique, Jean-Pierre, ne révèlerait-elle pas une quête inconsciente de ce qu’il y a derrière le miroir, mais dont vous pressentez l’existence dans les images qu’il réfracte en tout être ? et en vous… Si, comme il a été dit, le haut est vu comme le bas, en fouillant l’inconscient, vous rencontrerez le Très-Haut.
    Valentine

  171. Georges dit :

    Jeux de miroir
    Sensible, vous le savez, aux « échos ou aux « emboîtements » dans la construction de ce roman, j’y reviens en les qualifiant cette fois, dans la série des commentaires du mois, d’effets de miroir. Il y en a en abondance ; je n’en citerai qu’un exemple pour me faire comprendre.
    Michael, arrivant devant le perron du cottage, « imagine », c’est-à-dire projette en son miroir intérieur, la scène où George s’était approché de la même façon. Peterson à son tour, refaisant le même chemin, revoit la même scène, s’abstenant cependant d’envoyer un petit signe amical à Cathy de peur de s’attirer pareils ennuis. Si l’on ajoute à cela les photos prises par Lisbeth de cette même arrivée, on s’aperçoit que chaque personnage est comme une glace qui renvoie le même événement, mais vu chacun à sa façon.
    Georges

  172. Paul dit :

    Jeux de miroir… coquins !
    On ne dira jamais assez combien l’imaginaire se superpose aux images de la réalité : c’est la base même de l’érotisme. Comme j’aime bien dans les polars les passages croustillants, j’en prendrai pour témoins deux scènes au pouvoir érotique reconnu.
    La première, celle imaginée par William pour tromper Mr. Edouard au cas où il découvrirait le caméscope branché dans la chambre. Jeu de réfraction matérielle qui permet à la caméra de filmer, grâce à la glace, les angles morts de la pièce, mais qui épice le numéro de strip-tease improvisé. Jennifer, dont c’est le métier, s’apprête à dévoiler sa poitrine et surprend le regard de Burg essayant de capter dans le miroir l’image de ses seins dénudés : elle sourit en pensant : « ça marche à tous les coups ! »
    L’autre raconte les chauds ébats de Helen et Michael. Elle, transformée en cavale, « avait pu dans la glace, jouir de sa propre image » ; lui, pris de la même fièvre, l’empoigne et « la soulève, face au miroir ».
    Si, comme on l’a dit, le sexe et le désir sont de l’ordre du naturel, la séduction et l’érotisme ressortissent du rituel : et le miroir en fait partie !
    Paul

  173. Isabelle dit :

    Miroir double
    Un passage – émouvant du reste – raconte comment Helen se regarde dans la glace avant de s’élancer séduire celui qu’elle aime : l’examen de sa personne et de sa vêture emprunte alors le regard que posera sur elle l’amant désiré. L’image du miroir passe ainsi au double tamis de sa propre appréciation et de celle supputée de Michael.
    L’expérience se renouvellera – jeu de miroir dans la construction du roman – lorsqu’elle sera devant la même glace, portant les mêmes habits. Par coquetterie instinctive, elle fait une pirouette pour se contempler, mais aussitôt elle détourne son regard. Ce geste n’avait plus de sens, car « à ce moment, elle réalisa douloureusement que seul le regard de Mick lui donnait le goût d’elle-même. »
    L’image optique est identique ; l’image mentale a changé.
    Isabelle

  174. Hélène dit :

    La vérité du miroir n’est pas la nôtre
    Nombreuses et pertinentes sont les observations qui soulignent le rôle important du miroir, sous toutes ses formes, dans la perception que nous avons de nous-même. J’aimerais, pour ma part, redire combien nous avons besoin d’une représentation idéalisée de l’autre pour l’estimer et l’aimer, tout autant que nous réclamons à notre glace de nous renvoyer une image qui nous conforte dans l’estime que nous avons de notre personne.
    Helen est heureuse de savoir que l’image qu’elle se faisait de son mari, celle d’un homme droit, reste vraie à ses yeux. Jennifer est rassurée d’apprendre de la bouche (menteuse) de Peterson que celui qu’elle aime est ce même homme droit qu’elle imaginait. Enfin Cathy vivra – sur la foi du même Peterson qui ment par charité – avec le souvenir non terni de son mari et de sa meilleure amie.
    A l’inverse, lorsque Michael réalisera qu’il s’est fait une fausse image de Helen, ce sera la dégringolade totale : la chute de son « idole » entraînant la dépréciation de lui-même.
    Tout dépend donc si totalement du regard subjectif que chacun porte sur la réalité qu’on se demande s’il faut encore attacher de l’importance à la « vérité » reflétée par un miroir ou par nos yeux.
    Hélène

  175. Brigitte dit :

    Un miroir ? Le blog !
    Valentine va sourire de me voir reprendre – en image inversée, c’est l’occasion ou jamais ! – sa manière de titre : « Le blog ? Un carrefour ». Mais encore plus lorsqu’elle relira son commentaire du 12 déc. où elle se dit « avide de vérifier ses impressions au « miroir » des commentaires et des articles ». Elle ne se doutait pas alors que j’en renverrai l’image pour y ajouter mes « réflexions » du jour !
    Apparemment beaucoup de lecteurs ont trouvé matière à réflexion dans le roman, et le blog a pris une tournure de « jeux de miroirs ». Chaque avis se répercute sur un autre et apporte, en plus du plaisir à se compter parmi les fidèles, un approfondissement permanent.
    On peut aisément le constater : il suffit qu’un nouveau thème apparaisse – destin, baiser, miroir -, souvent par glissement d’un autre, pour que l’euphorie reprenne et déclenche une série de titres en cascade. Laquelle entraîne un article de l’auteur, qui participe lui aussi au « miroitement » de ces échanges. Preuve, s’il en était besoin, que – à défaut de nous admirer ?– nous nous mirons tous les uns dans les autres.
    Brigitte

  176. Isabelle dit :

    L’amour miroir

    Un jour, je relèverai quelques unes des phrases qui m’ont plu. Aujourd’hui, je voudrais dire, dans l’ « optique » du miroir, combien j’ai aimé la citation, écrite à propos du couple Helen/William, de Cesare Pavese dans son livre Le Métier de vivre : « L’amour a la vertu de dénuder non pas deux amants l’un en face de l’autre [voilà pour l’érotisme] mais chacun des deux devant soi-même [voilà pour la psychologie]».
    Le passage où s’inscrit cette citation est parlant de lui-même. Dans leur corps à corps, chacun prend conscience du ressort profond qui le meut : William veut exorciser le spectre de la mort qui le hante, tandis que Helen cherche l’absolu qui donnerait sens à sa vie.
    Ailleurs, sous les assauts luxurieux de son mari, Helen se découvrira telle qu’elle ne se soupçonnait pas : une femme impudique, à la chair exigeante, un animal aux appétits troubles et violents.
    Il en va de même pour Michael dans les bras de sa maîtresse. Lui qui se croit un homme maître de lui et sans concession, se voit, au miroir que lui tend Helen, vulnérable et faible, capable de transiger, d’abdiquer ses principes moraux, et de s’étourdir d’amour illégitime et bestial : cette image, ou cette mise à nu, on le sait, sera insupportable à son orgueil mais aussi, me semble-t-il, à sa conscience dans la mesure où le regard innocent de sa femme lui rappellerait sa duplicité.
    Ne serait-ce que pour mettre en évidence cette vérité psychologique, les passages érotiques – écrits selon moi avec une visée plus morale que charnelle – sont amplement justifiés à mes yeux.
    Isabelle

  177. Nathalie dit :

    L’amour, un miroir tragique
    J’apprécie l’analyse d’Isabelle et la « morale » qu’elle en tire. Faire l’amour nous révèle qui nous sommes, bien plus sûrement que qui est l’autre (lequel, hélas, peut toujours simuler…). Un passage, qui m’a marquée par le tragique de son expression et les souffrances qu’il sous-tend, le dira mieux que moi.
    « Ils roulèrent sur le tapis » : qu’importe alors ce « ils », j’y vois le symbole de tous les couples. « Ce fut une lutte sauvage où chacun exprima son être profond » : ce « chacun » montre combien « la quête d’une fusion est illusoire ». Chacun, corps pourtant entremêlés, fuit « ses » fantômes, veut faire taire « sa » conscience, oublier « ses » trahisons, « ses » combines…
    Alors éclate la vérité cruciale, que nous refoulons tant elle nous effraie : « Oublier qu’on est toujours seul, même quand on est dans les bras de l’autre, seul avec soi-même, seul face à soi-même, irrémédiablement seul. Seul avec ses démons, ses mensonges, ses ambitions, ses jalousies, ses peurs de vieillir et de… mourir ».
    Les Pensées de Pascal ne sont pas loin.
    Nathalie

  178. Jean-Claude dit :

    L’amour, un miroir trompeur
    « Lequel, hélas, peut toujours simuler » écrit Nathalie avec une amertume certaine. Trois fois hélas, ajouterai-je, chacun peut ne pas simuler le réel plaisir que l’autre lui donne, mais il est en pensée avec un autre.
    Dans l’embrassement et dans l’embrasement des corps, on croit naturellement ne faire qu’un, tels que l’image d’un miroir (« coquin » !) le montrerait. Mais on sait combien il ne faut pas se laisser prendre aux apparences. Témoin ce passage où d’aucuns se retrouveront sans doute : « Ils s’aimèrent avec une fougue inlassable : lui, pensait à Jennifer ; elle, à Michael. Ils furent très heureux. »
    On entend même affirmer que l’image d’un autre – un fantasme en quelque sorte – aide à mieux aimer la personne que l’on tient dans ses bras… Nous ne sommes pas loin d’une réflexion du livre, relevée par un lecteur : Madame Peterson devrait dire merci à la danseuse rousse du surcroît de tendresse de son mari. Qui dira jamais le nombre d’amants comblés grâce à cette tromperie imaginaire !
    Jean-Claude

  179. Xavier dit :

    La télé, miroir d’une société éclatée
    Les vacances finies, j’ai retrouvé avec plaisir ma télévision et son rythme rassurant. Mais aussi mes devoirs de père au regard de l’éducation de mes grands enfants : interdire, impossible ; réguler, c’est vite dit. J’ai tenté d’expliquer une des raisons de mes réticences. Je vous la livre : elle grossira les nombreuses réflexions sur les jeux de miroir.
    On ne peut contester que la télévision soit un miroir de la société, c’est son rôle propre : nous ne nous étonnerons pas de ses mille facettes. Mais on songe moins que la façon dont elle la montre soit également à son image : éclatée.
    Ce qu’elle montre, à moins de trucages malhonnêtes, est bien pris de la réalité : mais il s’agit d’une réalité fragmentaire, faite de tronçons pris dans une actualité qui chasse celle de la veille, triés selon un choix plus ou moins contestable, juxtaposés sans logique d’ensemble et sans proportion entre les éléments ; un agrégat d’informations disparates qui se veulent neutres par souci d’objectivité, et qui, pour éviter tout esprit de synthèse, laquelle serait ressentie comme arbitraire et exclusive d’autres systèmes, ne forment finalement pas le jugement , et même le mettent en péril.
    En ces temps de rentrée scolaire, il est bon d’y songer.
    Xavier

  180. Marc dit :

    Saute ! mouton
    Je serai plus sévère encore que Xavier. Cette livraison en vrac, « dans le temps imparti », crée des touche à tout qui, s’habituant à une vision sans forme définie et poussés par une curiosité de voyeurs, sautent d’une chaîne à une autre, d’une image à l’autre, guidés seulement par le sensationnel et par l’émotion du moment ou, pire, par le refus d’un effort de réflexion.
    Je le dis tout net : ce téléspectateur, dont la tête est bien pleine mais non point bien faite, est fin prêt pour être un mouton de Panurge, manipulé et gavé façon fast food. On ne lui demande même plus d’assimiler : on lui sert du prédigéré.
    Bêle, mon beau !
    Marc

  181. Isabelle dit :

    Les coq-à-l’âne de… marauds
    Le fourre-tout du Journal Télévisé, scandaleux parfois dans la proximité indécente d’événements sans commune mesure, ressemble à une suite incohérente de coq-à-l’âne – qui ne doivent rien aux épigrammes de Marot – à une mise bout à bout de dossiers compressés dont l’actualité ne peut être qu’éphémère.
    A ce sujet, K. Kastoriadis, philosophe franco-grec, écrivait en 1994 : « Le présent permanent forme une soupe-purée où tout est écrasé et ramené au même niveau d’importance et de signification ». On pourrait dire plutôt : d’insignifiance.
    De l’indifférencié à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Que j’ai franchi.
    Isabelle

  182. Aurélie dit :

    OTAN, suspends ton vol !
    J’ai remarqué, chez les jeunes que j’essaie de former, que la concentration entière de l’attention sur les événements qui se déroulent au moment même détruit la liaison avec le passé.
    La télévision, qui vit au jour le jour, en plongeant l’homme dans le flux de nouvelles toujours urgentes, rompt ainsi la chaîne du temps : elle crée un type de temps nouveau : le temps du spectacle. Temps volatile, atomisé, sans passé ni futur qu’immédiat. Le temps d’être « in » et il n’est plus !
    Aurélie

  183. Jean-Pierre dit :

    La faute à la télé ?
    Temps du spectacle, dit Aurélie ; j’ajouterai : et télé spectacle. Michael en fait l’expérience : « La mise en scène des dix premières minutes était réglée pour accrocher le plus large public : les cadrages, les lumières, les fonds de teint, le ballet flatteur des va-et-vient de la caméra faisaient de lui une sorte d’objet de vitrine ».
    Il en va de même à l’école où l’on demande à chaque professeur de se livrer, à tour de « rôle », à un numéro de séduction, l’applaudimètre se réduisant à « c’était vachement intéressant – ou nul – aujourd’hui ! ». Au suivant ! comme dirait Jacques Brel.
    Ce qui n’empêche pas, même applaudi, que, d’un cours à l’autre, aucun lien ne soit établi : sitôt que retentit la sonnerie, on chasse le passé. Et l’on parle de recoupements entre disciplines alors qu’au sein d’un même devoir l’orthographe d’un même mot varie : « aux questions, on n’est plus à la dictée ! », quand ce n’est pas à l’intérieur de la dictée, à deux lignes d’intervalle !
    Etonnez-vous qu’il soit devenu si difficile d’enseigner la proposition « relative » ! D’ailleurs chez les adultes, ne dit-on pas : « Tout est relatif », sans ajouter à quoi ! Absolument !
    Jean-Pierre

  184. Hélène dit :

    Les grimaces devant un miroir
    L’incidente de Xavier (6 sept.) : « à moins de trucages malhonnêtes » dit la confiance que nous faisons d’instinct à la véracité des informations diffusées à la télévision : pour les plus importantes, le mensonge serait trop visible tant les recoupements sont faciles.
    Mais si l’information – exposée, remarquons-le, par un professionnel expérimenté, donc habile, et de surcroît aux ordres – peut paraître objective en ce sens qu’elle ne contient ni approbation ni désapprobation, elle n’en subit pas moins un commentaire parallèle fait de compléments vocaux, comme une intonation ou une pause significative, accompagnés d’expressions faciales que le cadreur s’emploie à souligner.
    Demandez de quel bord est tel ou tel présentateur, personne n’hésitera : c’est dire que personne n’est dupe, ce qui ne veut pas dire qu’on n’est pas dupé.
    Hélène

  185. Valentine dit :

    Modérateur ou boutefeu ?
    « Le modérateur, qui avait laissé délibérément s’étendre l’empoignade à la limite du brouhaha, jugea le moment venu d’y mettre fin. » : la relative (n’est-ce pas Jean-Pierre ?) qui suit le mot « modérateur » ne manque ni d’humour ni de vérité.
    C’est que l’homme en question est un professionnel du marketing. Il lance un homme politique – ici Michael – « comme une savonnette », employant pour sa manoeuvre les méthodes de la publicité, « faisant de lui une sorte d’objet de vitrine » et des téléspectateurs « des clients potentiels ». Les badauds une fois attroupés devant la table ronde en forme d’arène, il laisse la foire d’empoigne s’installer pour créer « le spectacle » ; revient aux idées pour faire sérieux, mais bien vite, pour maintenir le suspense, donne un os à ronger à ses confrères – « dans la confrérie, il est de bon ton de se renvoyer l’ascenseur » – pour terminer, patelin, sur un constat de fair play, manière de faire applaudir sa propre impartialité.
    Tout est bon, insinuations et dérapages y compris, pourvu que l’audience soit au rendez-vous. Le plateau de télévision est l’estrade des nouveaux bateleurs en quête de gogos…
    Valentine

  186. Xavier dit :

    Impressionnante télé
    Dans le passage de Michael à la télévision, on voit bien que la vérité de l’homme importe peu : d’ailleurs personne ne le connaissait l’instant d’avant. Ce qui compte, c’est l’impression qu’auront de lui les téléspectateurs.
    La preuve en est la description des réactions contrastées des personnages du roman : chacun imterprète la prestation selon ses a priori et surtout selon son « ressenti ».
    C’est pourquoi, à part le moment de l’exposé des idées par l’intéressé, le reste de l’émission joue sur l’émotion : séduction initiale avec plans léchés sur ce qui est flatteur, affrontement des partis politiques, rivalité hommes/femmes, plans sexy sur la secrétaire, charivari au sein des journalistes… parfum de scandale financier, immobilier et de vie privée…
    Oui, tout est bon pour remuer les sensibilités et « impressionner ».
    Xavier

  187. Georges dit :

    Montreurs de marionnettes
    On appelle « montreur » une personne qui présente au public une attraction, un objet de curiosité, des animaux dressés ou des marionnettes dont il tire les ficelles…
    Ainsi pourrait-on nommer les présentateurs de télévision pour qui toute émission est l’occasion d’attirer le client, de le retenir par du sensationnel, de l’émouvant ou du scandaleux, de distribuer les rôles sur le plateau et de veiller à ce que chacun des invités obéisse aux règles imposées.
    Dans ce « show », chacun en effet a un « rôle », même de figurant ou de claque. C’est donc à qui aura la vedette et « se fera remarquer par son esprit ou ses réparties, le temps de briller, l’espace d’un instant, devant son public ».
    Le premier du reste à soigner son image est le présentateur, qui n’a aucun mal à solliciter les réactions d’un public acquis d’avance au numéro : tous les présents, et d’abord l’invité, lui servant à se faire mousser.
    Georges

  188. Vincent dit :

    De l’info en vrac à la culture mosaïque
    Prolongeant le type d’enseignement « à la carte » de l’école et de l’université – où les médias sont d’ailleurs de plus en plus utilisés – la télévision, démultipliée en une infinité de chaînes qui sollicitent de notre curiosité un zapping continu, ne transmet que des informations ponctuelles, inorganiques, détachées de la cohérence d’un ensemble qui seule permettrait de leur donner leur juste signification.
    Ce morcellement, j’en suis moi aussi convaincu, sous les dehors d’une culture mosaïque qui ne manque pas de brillant en société, mine la logique et favorise la manipulation. Professeur d’histoire, qui a vu répudier l’exigence d’une saine chronologie, je constate chaque jour que peu d’élèves parviennent à organiser une… mosaïque avec les tessons ramassés au gré des émissions ou des… cours !
    Vincent

  189. Marc dit :

    Bombardement cathodique
    Prise sous le bombardement que constitue le déversement bi ou triquotidien d’informations dont la présentation percutante et dramatique joue sur les impressions d’urgence, de révolte impuissante et de peur irraisonnée, assaillie par le tir croisé des stimuli les plus contrastés qui, pêle-mêle, visent la tête aussi bien que le ventre, la pauvre cible que nous sommes a bien du mal à s’échapper de la ligne de mire.
    Tous n’en mouraient pas, mais tous étaient atteints.
    Marc

  190. Jean-Claude dit :

    Tir de neutralisation
    Pour filer la métaphore militaire, j’ajouterai qu’auparavant, par de savants tirs de préparation, on a pris soin de neutraliser l’objectif en le pilonnant à petites doses répétées.
    En effet, devant l’écran, l’esprit, sollicité de partout, entasse des données brutes, dépareillées et sans proportion les unes avec les autres, en une sorte de copier/coller, se contentant de relations simples, voire simplistes, entraînées par le jeu de consonances et d’associations d’idées, elles-mêmes livrées toutes faites selon les principes éprouvés de la publicité, si bien que ces relations acquièrent une force d’accrochage bientôt plus puissante que celle du lien logique.
    Au bout d’un tel martèlement, l’esprit, assommé, assourdi, stressé, stupéfié, finit par ne plus penser par lui-même, et les échanges entre personnes interchangeables véhiculent à l’envi les thèmes et les clichés du jour lancés sur les ondes : ce que faisant, chacun devient à son insu un colporteur télé-guidé.
    Ainsi se forme la pensée unique. On disait, dans le temps de l’ORTF, la voix de son maître…
    Jean-Claude

  191. Valentine dit :

    Autocensure
    Information et manipulation sont indissociables certes, mais je voudrais ajouter – vous pouvez penser au vote ou à la consommation – que la manipulation n’est aboutie que lorsqu’elle commande des comportements.
    On vient de le voir, lors de la venue du Pape. Au nom d’une sacro-sainte laïcité – légitime dans son principe, mais intolérante dans ses applications – on reconnaît le droit de croire intérieurement, réduisant la religion à une affaire strictement privée. Socialement, tout signe extérieur en vient à être regardé comme une affirmation ostentatoire, une provocation indécente, un prosélytisme coupable. « Libre » à vous de penser telle ou telle chose, d’y mettre dans votre tête tel ou tel mot, mais rien ne doit se percevoir au-dehors, sinon coulé dans le moule encore toléré.
    Or, on le sait, sans pratique, sans affirmation d’une foi incarnée dans des actes ou des rites sociaux, sans mots précis et typés, la pensée s’amollit, dépérit et finit par être étouffée sous le carcan du qu’en dira-t-on..
    Dans quelque domaine que ce soit, la preuve en est donnée chaque jour par les médias eux-mêmes, la pensée unique génère, d’abord dans les mots puis dans les comportements, l’autocensure.
    Valentine

  192. Stéphane dit :

    Télé vampire
    Je lis avec grand intérêt les analyses sur l’influence pernicieuse de la télévision et sur les techniques de manipulation : effaré par la contagion qu’elle me révèle et rassuré qu’il y ait des personnes lucides et vigilantes.
    On peut effectivement voir l’action de la télévision – comme la décrit médicalement l’article « Plasma » – comme nous tenant sous sa dépendance hypnotique et profitant de notre somnolence pour nous faire ingérer, avec notre assentiment passif, « une soupe-purée », comme dit Isabelle, ou bien, si nous sommes récalcitrants, nous brancher un goutte-à-goutte pour transfuser insidieusement en nous ses anticorps.
    Mais on peut aussi souligner, en sens inverse, son pouvoir d’attraction et d’ingestion. Elle agit comme un aimant, fascine jusqu’à nous faire oublier tout le reste, nous scotche à l’écran comme une ventouse ou nous englue comme dans une toile d’araignée, pour finir par nous « absorber » et, tel un vampire, nous vider de notre substance, faisant de ses victimes, désormais inoffensives, des colporteurs contaminés qui s’ignorent.
    Ainsi fait le sorcier vaudou qui transforme les cadavres en zombis dociles à « la voix de son maître ».
    Stéphane

  193. Hélène dit :

    La télé, un miroir aux alouettes !
    Chaque jour un paysan franchissait le poste frontière, poussant devant lui un caddy plein d’herbe. Le douanier, néophyte assurément, avait beau piquer l’herbe de sa baïonnette, il ne trouvait rien de suspect et le laissait passer. Ses fonctions prenant fin, le douanier lui demanda, sous le sceau du secret, ce qu’il passait ainsi en fraude : les caddies, répondit notre homme.
    L’histoire du caddy est pleine d’enseignement : le douanier focalise son attention sur la charge transportée, alors que la fraude est le véhicule. Avec la télé, ce n’est pas le programme en soi qui est mauvais (encore que…), c’est le fait de s’hypnotiser pendant des heures devant n’importe quel programme.
    Hélène

  194. Michel dit :

    La TV : une amie qui vous veut du bien
    Les idéologues en général veulent notre bien, ou du moins ce qu’ils estiment être notre bien : jusque là on leur pardonne. Mais, pour éviter un avis qui pourrait être contraire, et dans leur esprit nocif donc, à leur programme ou à sa mise en oeuvre, ils déploient alors toute une technique pour nous mettre dans l’impossibilité d’en avoir un. Ainsi avons-nous vu, aux plus « beaux » moments de la Révolution française, les maîtres de l’heure priver les gens de liberté de peur qu’ils ne l’utilisent mal, mal évidemment selon la vision qu’ils en avaient.
    Aujourd’hui, on le fait remarquer, l’attaque n’est plus frontale : il s’agit de contourner habilement l’obstacle. Le relais des médias s’y emploie dans un ensemble si unanime qu’ils paraissent aux ordres, ou aux mains des mêmes groupes de pression. Comme l’ont fait les Encyclopédistes pour répandre leurs « lumières », leurs successeurs manipulent mots et images – avec, remarquons-le, un inlassable désir de gagner les masses, zèle qu’ils dénoncent chez leurs opposants sous le nom de prosélytisme ! –
    Tout pouvoir connaît cette tentation.
    Michel

  195. Jean-Pierre dit :

    Lecture et télévision
    En tout point d’accord avec « la volée de bois vert » qu’attendait depuis longtemps Hélène (et qui, depuis, s’est bien rattrapée !) On s’est éloigné de-ci de-là du roman, mais ça fait du bien de lire ces critiques. D’autant qu’elles ont entraîné « par concaténation » ! des articles « d’une insolence roborative » !!!
    Pour moi, c’est simple et c’est réglé : 30 minutes de télé et deux heures de lecture. Pourquoi ? Parce que devant la télé, on subit tandis que dans la lecture, on est coauteur.
    Voilà pourquoi je préfère aux séries télévisées les romans policiers, qui distraient en même temps qu’ils font « réfléchir », et la participation interactive du blog !
    Quittons donc les moutons de Panurge télé-guidés et… revenons à nos moutons !
    J-P

  196. Pascal dit :

    Le piège du langage
    Trente commentaires et cinq articles sur le pouvoir médiatique, intuitivement ressenti par chacun mais rarement analysé d’aussi près ! De quoi constituer un vade mecum à faire circuler. Merci à tous ceux qui ont attiré mon attention sur les méthodes « captieuses », comme dit notre auteur, des fabricants et vendeurs de formules « prêt-à-porter ».
    Je les résume ainsi : par la répétition et par la connivence plus ou moins concertée de tous les médias, on commence par faire adopter un vocabulaire branché, puis des structures grammaticales, puis des schèmes de pensée.
    On croirait voir appliquée la méthode traditionnelle : du mot à mot au langage global ! A l’inverse de l’école – mais ce n’est donc pas un hasard – où l’on s’emploie, comme en laboratoire, à tester les techniques de « siphonage des cerveaux ».
    Pascal

  197. Joël dit :

    La puissance des images
    Le conditionnement des esprits, qui ressemble plus ou moins à un gavage, trouve dans la puissance des images à pénétrer l’inconscient un allié de premier ordre.
    Les catalogues et les vitrines de magasins sont ainsi des étalages d’images porteuses d’une vision consommatrice, et, au-delà, d’un mode de vie qui s’adresse à l’imaginaire en attendant que le désir passe à la réalisation de l’achat. Les étiquettes à leur tour deviennent des signes de reconnaissance : qui s’en exclut est exclu du groupe, et qui les porte a son sésame et se fait « colporteur » de la mode !
    Les images, déjà efficaces par leur pouvoir de pénétration, acquièrent une force accrue dès qu’elles sont chargées d’un symbole, naturel ou artificiellement créé : elles se transforment alors en code social contraignant : porter une croix va du manque de discrétion au signe ostentatoire, mais malheur à celui qui ne porte pas le ruban rouge du SIDA : il se désolidarise du consensus, est montré du doigt, est bientôt regardé comme un pestiféré, un salaud aurait dit Sartre.
    Joël

  198. Isabelle dit :

    Manipulation et langage
    J’ai aimé ce roman, vous le savez, pour son intrigue où brillent d’un feu sombre des passions que nous partageons tous peu ou prou ; mais aussi parce qu’il est bien écrit. Au-delà de l’élégance du style et de sa distinction naturelle, il m’a surtout frappée par la vérité des mots, leur exacte propriété et leur densité. Je me ferai comprendre a contrario, en déplorant que le langage soit devenu trop souvent un simple instrument et soit ainsi instrumentalisé.
    Vous aurez remarqué que les mots des médias, choisis, à l’instar de la publicité, pour faire mouche sur des cibles identifiées, sont pratiquement vidés de leur personnalité pour n’être regardés que comme des vecteurs émotionnels : conséquence nécessaire de la vulgarisation et d’une société mercantile.
    Mais, par-delà leur appauvrissement sémantique qui les transforme en coques vides du sens commun, on les emplit subrepticement d’une signification autre, comme dans un langage codé et, ainsi camouflés, on les introduit systématiquement dans des emplois stéréotypés auxquels la répétition les lie automatiquement.
    Songez par exemple aux « jeunes », aux « droits de l’homme », aux « discriminations positives » ; mesurez le renversement de valeur qu’a subi le mot « colonisation », le changement de contenu de « tolérance » et d’« œcuménisme » ; voyez comment le sacré contenu dans le mot « charité » s’est évaporé en « solidarité », celui de « péché » en faiblesse, insuffisances ou limites ; celui d’« Eglise » en peuple de Dieu ; et constatez qu’en même temps qu’on fermait les séminaires, le terme a été transféré aux commerciaux.
    Il y a là une véritable manipulation, un détournement pernicieux autant qu’une confiscation insidieuse du langage.
    Isabelle

  199. Valentine dit :

    Comment on siphonne les mots
    Tout à fait d’accord avec Isabelle : la manipulation, et pas seulement chez les intellos du Monde ou autre Libération, passe par un détournement systématique et organisé du langage. Objectif prévu du reste par Lénine et repris par Mai 68. Le prêt-à-porter de la pensée commence par celui des mots.
    Je me contenterai d’un seul exemple pour montrer comment on siphonne un mot de sa substance pour finir par lui attribuer une contre-valeur. C’est celui du mot « avortement » – je ne discute pas ici du problème moral mais seulement du phénomène de distorsion subi par un mot au gré des changements de société – : devenu IVG, il a été vidé de toute connotation autre que médicale, puis à rebours s’est chargé de symboles, comme dit Joël : de conquête du féminisme, de liberté de choix, de droit des femmes, de dignité positive, jusqu’à faire prendre en contrepartie au mot avortement un aspect réactionnaire, moralisateur, répressif, ringard et provocateur.
    Si la loi n’en punit pas son emploi, elle pourchasse d’autres mots qui sentent – mais pour quels nez ? – leur homophobie, leur racisme, leur antisémitisme, leur nationalisme, leur fascisme, leur censure ou leur retour de la morale ! La liste étant loin d’être exhaustive, pour plus de précision, voir tous les « observatoires » de la police des mots.
    La pompon : L’ONU prétendant dissoudre la distinction homme/femme dans le « genre » humain, réintroduisant dans une grammaire qu’on prétend vouloir simplifier le genre « neutre » !
    Valentine

  200. Vincent dit :

    De l’emploi des formules toutes faites
    Un des moyens les plus ordinaires de la manipulation des esprits par le langage est, selon moi, la simplification d’une idée en formules facilement mémorisables.
    La pensée, ne se déployant plus dans la complexité et les nuances, se sclérose, se réduisant à une sorte de schéma au contenu flou, censé être rempli du même sens par tout le monde. Ce qui oblige chacun pour être compris de l’autre à employer ces formules, même à contrecœur. Or on le sait, quand l’ennemi prend votre langage, il a capitulé.
    La langue de bois est l’exemple typique d’un langage aux formules codées : mais l’expression « langue de bois » en est elle-même un exemple que je me suis senti obligé d’employer !
    Vincent

  201. Georges dit :

    Plus que siphonné : désossé !
    Je ne supposais pas l’esprit de mes co-lecteurs, tourné vers les énigmes policières, aussi attentif aux influences insidieuses des médias ni aussi pénétrant : les commentaires sont si pertinents qu’ils constituent une véritable anthologie critique des manipulations de l’opinion publique. On croirait presque à un plan, aussi machiavélique que savamment ourdi, de destruction, visant par la déstructuration du langage à s’emparer des esprits : matière à un roman policier !
    Il ne restera plus qu’à s’attaquer au dernier bastion riche d’histoire qu’est l’orthographe, à extraire le mot du « carcan orthographique », aidé dans ces basses manœuvres par le codage phonétique artificiel déjà en usage dans les « SMS »…
    Pauvres de nous ! Tous n’en mouraient pas, mais tous étaient atteints : voilà que moi aussi, je me suis cru obligé d’employer un sigle censé être compris de tous !
    Georges

  202. Thierry dit :

    Persuasion ou pression ?
    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’individualisme n’est pas une force de résistance, bien au contraire. Si déjà la société, elle-même atomisée, est privée de tout poids, l’individu, réduit à lui seul, pèse encore moins : on le voit à chaque vote ! Il cherche alors à entrer dans un groupe et, pour se faire, se moule sur autrui ; ce groupuscule à son tour, s’il veut avoir une représentativité reconnue, s’associe pour faire masse en se fondant avec un autre.
    Cette confusion en chaîne, où à chaque absorption on renonce à ses valeurs propres pour se couler dans un consensus émollient, s’arrêtera cependant à la bipolarisation, sans laquelle le leurre démocratique ne pourrait plus exister, la notion de majorité ayant disparu.
    On voit ainsi les Etats financer l’opposition à l’Etat, lui offrir « un statut » et prêter main-forte à ceux qui ont pour objectif de le détrôner, mais non de le détruire, car à leur tour ceux-ci auront besoin d’un opposant pour ne pas paraître totalitaires.
    Et chacun, « en conscience », de voter « utile » pour faire nombre. On comprend alors que le débat d’idées soit évacué comme inopportun : seule l’adhésion émotive ou intéressée subsiste. La persuasion logique a fait place à la pression des passions.
    C.Q.F.D.
    Thierry… « la Fronde », bien sûr !

  203. Isabelle dit :

    Passionnément contre
    Mon cher Thierry la Fronde, « Allons un peu plus loin, veux-tu ? » – pour reprendre un titre de Anny Dupérey – et osons reconnaître que faute de temps (à la télé, le fameux temps imparti) et de sérénité dans la réflexion, faute aussi de culture, la disputatio et ses distingo ont disparu : « On ne discute plus les opinions contraires, on se contente de les haïr ! »
    Isabelle

  204. Valentine dit :

    Persuasion ou contournement ?
    Quelqu’un nous rappelait la pensée de Pascal : avant de convaincre, il faut persuader. C’est humain certes, mais la porte, par là même, est ouverte aux feintes approbations, aux hypocrisies de toute sorte, aux concessions de forme ou de fait, aux manipulations les plus insidieuses et aux « pressions ».
    Et ne poussons pas de hauts cris contre « les autres » : n’en faisons-nous pas tous autant pour contourner l’obstacle d’une friction possible ou pour amadouer un opposant et tenter de se le mettre dans la poche ? Dès lors qu’autrui ne m’accepte pas tel que je suis, est-ce que je ne cherche pas à devenir en apparence tel qu’on me désire ? Et comment mieux se faire comprendre qu’en empruntant les mots de l’adversaire ?
    Disputer, persuader, convaincre, c’est un art ; mais – c’est Stendhal qui l’affirme – qui dit art dit artifices.
    Valentine

  205. Guillaume dit :

    Les mots ne causent pas que des maux !
    Je suis jeune certes et commence à me rendre compte que les mots – et les images – pénètrent insidieusement en nous, plus ou moins à notre insu, et ce jusqu’à l’inconscient. Et les commentaires, compliqués parfois mais très éclairants, m’ont alertée là-dessus. Mais n’est pas ce pouvoir même de pénétration qui permet aussi leur magie et notre enchantement ?
    Où serait le plaisir de lire si l’on devait se méfier sans cesse ? De même que nous avons des anti-corps naturels, n’avons-nous pas aussi un bon sens, chose la mieux partagée si l’on en croit Descartes, qui nous sert d’alerte et d’anti-virus ? La manipulation, lorsque nous en sommes complices comme dans un roman, policier ou non, est un jeu auquel l’intelligence prend plaisir. Qui de nous regrette les émotions ressenties alors même que ces effets relèvent d’artifices stylistiques ? On s’en réjouit d’autant.
    J’aimerais tant partager ici mon bonheur à me laisser prendre par les mots !
    Guillaume

  206. Nathalie dit :

    Au miroir des mots
    Les lecteurs que nous sommes savent l’impact des images, des comparaisons et des… métaphores qui s’adressent à l’imagination et à la sensibilité. Mais je voudrais souligner combien les mots, apparemment les plus anodins, font aussi leur chemin en nous et nous servent finalement de révélateurs.
    Nombreux ont été les commentaires sur le miroir : j’ajouterai que les mots, dès qu’ils font tilt – et ces mots sont différents pour chacun, différents aussi pour un même lecteur selon les moments – se transforment en miroir.
    Ils aident en effet les gens à les emplir de leurs sentiments, ce faisant à en être émus, et à s’interroger sur eux-mêmes : dès lors ils servent de médiateurs et d’accoucheurs.
    On le sait, Octavio Paz l’a écrit dans Léa, « la conscience des mots amène à la conscience de soi » : en eux je me connais et me reconnais. Par là – et c’est pourquoi j’apprécie tant la lecture et que je suis attachée à ce blog – le mot commun à tous devient unique : chacun s’approprie en quelque sorte ce qu’il lit.
    Nathalie

  207. Etienne dit :

    Les mots touchent au mystère des choses
    On sait avec Edmond Jabès que « écrire, c’est affronter un visage inconnu », c’est se pencher sur un moi indéchiffrable pour tenter de le rendre lisible à autrui et à soi-même, mais que le plus difficile reste encore de le couler dans des mots.
    Le mystère d’une personne peut-il être enfermé dans des mots communs ? La lettre tue l’esprit ; le langage fait écran à l’indicible des sentiments et des impressions. Comment saisir l’impalpable ? capter sans rendre captif ? fixer, figer, sans que s’évanouisse aussitôt la fugacité, la vie ?
    Avoir recours aux procédés rhétoriques, n’est-ce pas – comme le dit Valentine – tomber dans l’artifice ? mais un artifice nécessaire, qu’on appelle l’art.
    Etienne… un photographe qui rencontre le même problème !

  208. Hélène dit :

    Au plaisir des mots
    La plus humble chose contient sa vérité silencieuse, son identité : au mot de s’en saisir et de le révéler : c’est tout l’art de l’écrivain – que je ne suis pas – d’utiliser un mot commun en lui insufflant vibrations, tremblements, charme. Il y faut de l’art, mais aussi de l’inspiration.
    Mais celui qui aime lire – ce que je suis – sait d’expérience ce qu’exprime si bien Francis Ponge : « l’amour des mots est en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses ».
    Une façon de dire que j’ai goûté ce « polar littéraire » et que je fais mien le désir de partager avec Guillaume le plaisir de se laisser prendre aux charmes des mots.
    Hélène

  209. Brigitte dit :

    Rapprochement et confrontation
    C’est prodigieux ce pouvoir qu’ont les mots « de rapprocher et de confronter », de faire exister « ce qui sans eux resterait épars » écrit Claude Simon dans Les Corps conducteurs.
    C’’est passionnant aussi ce labyrinthe policier où, à chaque carrefour, s’ouvre une autre perspective et, quand un nouveau fait survient, « de rapprocher et de confronter » faits et hypothèses.
    C’est étonnant encore ces rapprochements et confrontations que suscite ce blog. Je vais de surprise en surprise : la politique y côtoie les baisers ; les médias sont éreintés mais la magie d’un roman nous charme ; les miroirs renvoient aux artifices et l’artifice à l’art ; les aléas du destin rencontrent la libre participation de nos actes ; aimer est un don qui nous dépossède de nous-même et lui qui devrait donner vie et sens conduit à la mort et au crime…
    Ah ! ces mots qui provoquent des maux, les maux des émotions, et les émotions des mots !
    Merci donc à chacun pour ce feu… d’artifice !
    Brigitte

  210. Martine dit :

    Un mot. Et après ?
    Si j’ai bien compris, un mot pour « vivre » vraiment, c’est-à-dire exprimer toute sa raison d’être, doit « mourir » et laisser la place au suivant. Plus même : si pour sa part il appelle une suite, le mot qui suit peut lui donner un sens différent de celui auquel on s’attendait.
    Il y a donc toujours un au-delà à atteindre : ce qui aiguise la perspicacité de l’esprit et participe à l’agrément du suspens. Le lecteur, par le phénomène même de la discursivité de notre intelligence, est conduit vers une découverte permanente qui, au fur et à mesure, donne forme et sens à une histoire, laquelle est en outre perçue par chacun, comme riche de potentialités multiples d’interprétation.
    Lire est bien un « processus vital » dont l’intérêt – par rapport à l’image en mouvement qu’on peine à anticiper et qu’on ne peut arrêter ou revoir – réside en partie dans cette possibilité que permet le livre de revenir sur un mot ou une phrase quand on veut et à son rythme. Je vérifie ainsi souvent tel détail lu cinquante pages avant, à la manière finalement de l’inspecteur qui relit sans cesse son calepin, à l’affût de « ces petits détails insignifiants en apparence et qui par recoupements finissent par dégager des contradictions ou des convergences… significatives !
    Martine

  211. Valentine dit :

    L’au-delà des mots
    Pour ma part, en plus de la magistrale leçon littéraire donnée dans l’article « Lire : un processus vital », je retiendrai la leçon de philosophie qui s’en dégage : une « harmonique » présente du reste dans bien des passages ! Il s’agit, ainsi que l’a dit Benoît XVI aux Bernardins, « de regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes, les seules pleinement vraies ». Une phrase qui s’applique pleinement à la lecture d’un roman policier !!
    Comprendre, c’est tenir les deux bouts de la chaîne, c’est aller de l’alpha à l’oméga, c’est faire le « point » en fin de phrase et à l’alinéa en fin de paragraphe – disait mon prof. de français ; c’est parcourir une mélodie grégorienne jusqu’à l’ultime thésis – dirait certain chef de chœur ! – elle qui en établit le mode avec certitude ; à l’image du fruit qui révèle la finalité des différents stades de la croissance d’un arbre ; ou de la mort qui signe une vie ; et encore comme, en religion, l’eschatologie qui donne « sens » – vecteur et signification ultime – au développement de notre histoire ; en somme, comme l’au-delà donne sa plénitude à l’ici-bas.
    Valentine

  212. Isabelle dit :

    La mort au quotidien
    A propos des « au-delà » que cite Valentine, de celui des mots qui meurent pour laisser la place au suivant (Martine) ou de ces « carrefours » qui constituent une fin d’itinéraire et une ouverture vers l’à venir, comment ne pas rappeler que la mort physique fait partie intégrante d’un roman policier – le nôtre en est l’illustration avec ses cadavres en série ?
    Au quotidien, il semble que l’on ait moins peur de la résorption finale et inéluctable dans le « néant » que de ces changements qui remettent en cause le passé et sa continuité et ouvrent sur une forme d’existence inconnue.
    Cette petite mort, inéluctable car elle conditionne le déroulement de toute vie, George lui trouve, avec quelque regret d’avoir à quitter Lisbeth, un parfum d’aventure ; Jennifer l’appréhende ; William s’en réjouit comme d’une libération ; Helen la provoque délibérément ; Cathy la ressent jusqu’à l’angoisse ; Michael la subit, écartelé.
    C’est que la vie est faite d’une tension permanente entre les forces de vie et de mort, Eros et Thanatos.
    Isabelle, qui a aimé ce bouquin et qui trouve ce blog passionnant !

  213. Hélène dit :

    Vers quel au-delà ?
    De même que l’instant doit finir pour qu’un nouveau existe, de même qu’un pas doit être achevé pour donner naissance à un autre et qu’un chemin prenne forme, ainsi « ces petites morts au quotidien », qui font du vieil homme un homme nouveau, se révèlent, une fois passée l’angoisse, comme une ouverture vers une vie autre.
    Pour la pauvre Cathy, chaque jour est une mort en suspens : seuls les souvenirs la font vivre. George croyait aller au paradis : sans doute est-il tombé en enfer. William projetait un avenir dans lequel s’aboliraient son âge et ses erreurs : son lit d’amour est devenu lit de mort. Helen, la passion d’aimer lui fait désirer mourir au passé et même au présent : qu’importe pour elle de mourir physiquement, si son cœur a battu ! Et pour Michael, malgré ses refus de s’engager sur une piste nouvelle, il se verra contraint d’aller de l’avant.
    En somme, comme dit Valentine, la mort, petite ou totale, n’est jamais un terme ultime : elle ouvre un accès vers quelque chose : mais quoi ? vers un au-delà : mais lequel ?
    Hélène

  214. Philippe dit :

    Signe et signifiant
    L’excellent entretien à la radio, retranscrit dans la Page « Les caractéristiques du roman policier », dit fort bien comment la lecture d’un polar peut former un élève et lui apprendre l’honnêteté intellectuelle. A lire Valentine, je dirais même plus : le conduire à une exigence morale.
    Les mots sont plus qu’un instrument de communication, ils sont une médiation qui pousse vers un au-delà d’eux-mêmes : ils ont une dynamique interne qui fait d’un signe un signifiant. Il faut donc toujours aller, par-delà la matérialité nécessaire des choses, vers leur dimension invisible : l’analogie, le symbole, l’intention, l’émotion, la présence…
    Dans la vie morale, il s’agit de découvrir, derrière l’apparence, l’être ; de chercher, derrière le provisoire, le définitif ; de passer des choses secondaires au principal ; du superflu à l’essentiel ; du doute à la certitude.
    En somme, être conscient que toute relativité suppose un absolu et n’a de sens et de valeur que par rapport à lui.
    Phil

  215. Nathalie dit :

    Un au-delà des mots : le symbole
    Comme je l’aime ce blog où se réfléchissent, où entrent en résonance, les points de vue littéraire, esthétique, philosophique, moral, et même religieux… à partir d’un roman policier ! Philippe, justement, me donne une envie irrésistible de rebondir sur un des au-delà de la littéralité : le symbole.
    En notre siècle de rationalisme exacerbé, la pensée symbolique me semble connaître par réaction un regain de faveur. L’imagination n’est plus regardée comme la folle du logis, mais comme une porte d’évasion, un espace de liberté et même de créativité.
    Les symboles puisent leur force jusque dans l’inconscient et se nourrissent de tout un apport culturel qui a laissé des traces dans notre langage, et particulièrement dans nos images. C’est pourquoi l’art et la littérature en sont les vecteurs privilégiés. La part de signification et d’énergie qu’ils contiennent peine à s’enfermer dans des mots qui, pour être communs à tous, deviennent, hélas, trop communs.
    A l’auteur donc, comme au lecteur, de réinvestir cette coque sonore de tout son potentiel.
    Nathalie

  216. Vincent dit :

    La richesse du symbole
    Merci à Nathalie de donner au prof d’histoire l’occasion de mettre un mot à propos du symbole, terme plein d’un élan qui nous projette vers un au-delà : discobole, parabole, hyperbole… Je me lance donc !
    Le symbole, à l’origine, est un objet coupé en deux, dont la réunion des parties est signe de reconnaissance. De la partie présente, on peut certes déduire par une logique de l’homogénéité quelque chose de la partie manquante : une partie de pièce de monnaie ne peut que se compléter par ce qui est monnaie, et un tesson de céramique ne sera pas par adjonction de la partie manquante une pièce de monnaie.
    Cependant cette partie complémentaire reste inconnue dans ce qu’elle a de particulière. La partie visible renvoie donc à de l’invisible, à un au-delà d’elle-même qui lui donne un sens plus complet et qu’elle n’aurait pas sans son complément. On en pressent obscurément la nature mais il reste inconnu en lui-même.
    Il y faut un certain flair : comme pour deviner les « surprises » d’une intrigue policière !
    Vincent

  217. Georges dit :

    Un blog symbolique !
    La richesse du symbole, j’en conviens, est dans le dépassement du connu vers l’inconnu, de l’exprimé vers l’ineffable. Mais elle est aussi dans le fait que le tout appréhendé par la pensée symbolique n’est pas une simple somme : il dégage de sa totalité un sens supplémentaire, un peu comme le miel dépasse la somme des pollens que butine l’abeille.
    Le jour où le tout serait reconstitué, le symbole mourrait, il n’y aurait plus qu’une réalité plénière identifiée. Reste à savoir quand on parvient à la « com-préhension » totale !
    En somme, à l’image d’un roman policier qui, une fois l’énigme livrée, se prolonge en nous par des résonances qui le dépassent : émotions, réflexions générales, désir de lire un autre livre… ou de participer à cet échange sur le blog. Ce dernier est lui-même la preuve qu’un roman n’e s’achève pas à la lecture de la dernière page.
    Georges

  218. Catherine dit :

    L’apport précieux du symbole
    Notre club de lecture qui, jusqu’à Noël, planche sur ce roman, m’a chargée de cet article sur le symbole. Mon premier commentaire sera pour dire avec ceux qui m’ont précédée combien nous trouvons de richesse à la vision symbolique.
    La mythologie est là pour en attester : le symbole, loin de supprimer ou de rendre insignifiant la réalité – la partie visible, historique : le signe – lui ajoute une dimension plus vaste, en lui ouvrant des potentialités presque infinies.
    Les images en effet étant puisées dans l’univers – songeons au ciel, à la mer, au soleil, à l’eau ou au feu – il se gonfle de résonances cosmiques et même divines.
    Ses apports sont donc aussi divers qu’enrichissants :
    - grâce à lui, l’homme apprend à dépasser le simple cognitif rationnel et à aller au-delà de la simple matérialité des choses.
    - il exerce son imagination et se découvre dans ce qu’il y met de lui.
    - il prend conscience de sa place dans un univers à l’extension infinie
    - il se sent intégré dans une communauté d’hommes qui, à partir d’une même expérience, quoique dans des temps différents et dans des cultures particulières, se sont élevés à une vision semblable.
    Catherine

  219. Jean-Pierre dit :

    Subjectivité des symboles
    La perception d’un symbole est éminemment personnelle, chacun y apportant l’héritage des millénaires dont sa culture est pénétrée en même temps que, dans l’expérience qu’il vit hic et nunc, il y projette ses idéaux comme ses anxiétés.
    Voilà pourquoi le choix des images, des comparaisons et des métaphores éclairent en profondeur la personnalité de son auteur et la vision globale et unifiante qu’il a de l’univers.
    De son côté, le lecteur peut en faire plusieurs lectures car le symbole reste en lui-même indéfiniment suggestif.
    Ainsi chacun, selon la puissance de son imagination, et en fonction de ses centres d’intérêt, peut percevoir en tout symbole des réalités surnaturelles, métaphysiques, religieuses, voire extra-rationnelles, qui lui servent de… miroir.
    Jean-Pierre

  220. Hubert dit :

    Parmi les symboles forts que j’ai appréciés dans le roman figure celui du bandeau sur les yeux. Chacun prétend avoir les siens bien ouverts et y voir clair. Quand bien même la parabole de la paille et de la poutre est présente dans tous les esprits.
    Mais au-delà de cet aspect lié à la connaissance du vrai, il représente un jeu d’une puissance érotique incontestable. Fermer les yeux permet de rêver, d’imaginer, de transformer la réalité. Certains rêvent même avec les yeux ouverts !
    Helen n’a pas appris ce jeu auprès de William, pourtant grand connaisseur d’érotisme : avec son intuition féminine, elle l’a inventé d’elle-même, donnant ainsi du piquant à ses ébats en même temps qu’elle en fait un stratagème efficace. Redoutable femme !
    Hubert

  221. Richard dit :

    La femme et l’érotisme
    La vie intérieure intense de la femme engendre chez elle un érotisme particulier. Comme chez l’homme, il tire sa puissance de la force instinctive agissant dans l’inconscient, mais la sexualité de la femme, soumise à un intense processus de sublimation est plus spiritualisée que celle de l’homme. Cependant Cathy et Helen représentent deux femmes suffisamment différentes pour constituer deux types généralisables dans leur opposition.
    Helen est une femme charnelle, qui semble à l’aise avec sa sexualité, sachant provoquer le désir, l’attiser et s’y donner totalement. Pourtant on sent chez elle comme un besoin d’amour platonique, le seul apte à lui donner le bonheur. Michael incarne cette attente érotique d’un amour idéal, d’un amour érotique extatique qui soit en même temps l’expérience de la grande passion rêvée.
    Cathy semble plutôt faire partie de ces femmes qui subordonnent strictement la sensualité à l’amour ou au désir de l’amour. Elle est une de ces femmes chez qui l’imagination sensuelle et l’envie de son accomplissement peuvent pendant longtemps se montrer plus satisfaisantes que toute réalisation, et même plus aptes à donner le bonheur.
    Que pensez-vous de mon analyse ?
    Richard

  222. Gilles dit :

    Le narcissisme féminin
    Devant son miroir, Cathy se plaît et en tire l’assurance tranquille qu’elle plaira : « Elle contemplait avec satisfaction l’ovale de son visage… elle se plaisait ainsi et savait qu’elle plairait. » Chez elle, point d’artifices compliqués : plutôt un sens inné de la robe, de la couleur ou du parfum qui sied à sa personnalité.
    Devant le sien, Lisbeth, qui se sait belle, avec toute l’assurance que lui donne sa jeunesse, prend cependant des poses et s’étudie. On sent chez elle le besoin d’un regard d’homme ou d’une caméra pour mesurer en permanence l’effet érotique de son sex-appeal sur son entourage et en jouir.
    Le public est le miroir de Jennifer : son métier est en lui-même un exercice de narcissisme sans cesse soumis à l’applaudimètre : on la sent cependant sans inquiétude sur la puissance érotique qu’elle dégage, aidée qu’elle est par la magie de la danse.
    Avec Helen, nous sommes dans une telle complexité que je demande l’aide de co-lecteurs pour en faire le tour !
    Gilles

  223. Georges dit :

    L’inquiétude narcissique de Helen
    Si les remarques sur les jeux de miroir et les femmes ont été si nombreuses, c’est que le narcissisme leur est inhérent. Or il y a au fond de tout narcissisme une inquiétude, un sentiment d’insécurité, un manque de confiance, lesquels demandent avec insistance au monde extérieur une réponse affirmative sous forme d’admiration manifestée.
    Cette inquiétude, je la sens plus forte chez Helen que chez les autres. Il faut dire que ce regard porté sur soi conditionne sa stratégie de séduction : en conséquence il doit être pesé. D’où les tâtonnements pour choisir sa lingerie, par exemple. En revanche, si son numéro de danse devant Michael est étonnant d’assurance, c’est qu’elle peut en vérifier les effets au fur et à mesure par ses réactions.
    C’est donc plutôt avant la rencontre qu’elle tremble, mais dès qu’elle constate son empire sur Michael ou sur son mari, elle a toute latitude pour calculer son jeu érotique et savoir même le moment où elle peut se laisser aller avec naturel jusqu’à perdre la tête.
    Georges

  224. Brigitte dit :

    Passivité attractive
    Il me semble pouvoir relever chez Cathy plus que chez Helen un tempérament que j’appellerai « passif », mais d’une passivité à comprendre comme « une activité dirigée vers l’intérieur », exempte de toute connotation d’inactivité, de manque et d’immobilisme.
    Pour moi, Cathy est toute attente, mais cette attente est attractive : elle est comme un feu qui invite à s’en approcher, même si parfois elle donne l’impression qu’il faille l’exciter, et en même temps qui irradie, qui dégage une chaleur qui pacifie ceux qui en bénéficient (même le flegmatique Peterson y est sensible !)
    J’ajouterai que cette passivité active crée en elle une aptitude à s’identifier à l’homme de la façon la plus favorable au bonheur des deux. Ce don de savoir « épouser » est pour moi un modèle de féminité.
    Brigitte

  225. Christine dit :

    S’adapter et rester soi-même
    Coucou ! me revoilà pour la nouvelle année. Juste pour dire qu’en aimant, on ne perd pas sa personnalité ! et que les femmes le savent depuis toujours…
    Les femmes en effet, plus que les hommes, ont le talent de savoir s’adapter et celui de garder en soi, dans son intégrité, le centre immuable de leur être.
    A l’exemple de Cathy, nombreuses sont celles qui font preuve d’une tendance fort typique à renoncer à leur propre jugement et à adopter par identification les opinions de ceux qu’elles aiment, s’enthousiasmant souvent pour des idées qu’elles ont reçues d’autrui.
    Mais, à y regarder de plus près, ces idées avaient été conçues et nourries auparavant dans leur imagination ; et c’est en les voyant chez d’autres personnes qu’elles les adoptent et les réalisent ! On le voit bien avec Cathy : si elle s’emballe pour le stratagème que lui propose Helen, il y a bien longtemps qu’elle ne pense qu’à mettre en valeur Michael et William. Pour elle, aimer signifie mettre ses qualités au service de ceux qu’elle aime : on appelle cela la générosité.
    Christine

  226. Chantal dit :

    Se réaliser dans l’autre
    Je suis tout à fait d’accord avec Christine, et mon mari (qui n’a pas lu le bouquin !) encore plus !
    Il me semble qu’il y a, dans cette combinaison remarquable de projection et d’identification, une caractéristique féminine en relation avec l’attitude généralement « passive » de la femme, laquelle, dirait notre psy qui ne se manifeste plus guère, s’enracine profondément dans ce besoin d’être fécondée de l’extérieur pour pouvoir créer.
    Ces femmes pensent : « Comme cet homme que j’aime est remarquable ! » et mettent leurs qualités à le servir : elles préfèrent goûter leurs propres qualités dans les autres. Elles trouvent leur bonheur à faire s’épanouir l’autre et à le voir heureux.
    Ainsi de Cathy cherchant à réaliser le plan de son amie, à servir la carrière de son époux, à aider à l’enquête, à soutenir les projets de William, à se réjouir de la candidature de Michael comme de sa décision de se retirer.
    Chantal

  227. Valentine dit :

    Générosité féminine
    Je veux bien qu’il soit plus naturel à une femme d’être généreuse et de « se donner ». Du reste dans le livre, à part Michael qui prétend être candidat uniquement par générosité, je ne vois pas d’homme généreux. N’est-ce pas pour cette raison qu’on en réserve l’usage « naturel » aux femmes ?!
    Sur ce point, nos « héros » semblent de parfaits égocentristes : George, qui a bien profité de sa jeune maîtresse, l’oublie aussitôt qu’une autre occasion se présente : c’est la vie ! William – question d’homme vieillissant ? – est obnubilé par son mal existentiel. Carl se replie dans la rancœur et l’agressivité. Lawson ne pense qu’à son usine et sa femme lui sert de béni-oui-oui. Mr. Edouard roule pour lui. Le dealer veut rattraper le temps perdu en profitant de tout. L’Indonésien n’a pas d’entrailles. L’adjoint au maire semble plus altruiste ? Reste Peterson dont le métier est en soi tourné vers autrui.
    Il est vrai que les « héroïnes », hormis Cathy, ne valent guère mieux. J’en laisse le commentaire… aux hommes !
    Faut-il conclure : Match nul ? ou bien : Les humains sont tous égoïstes par « nature » et les généreux exception ?
    Tous mes vœux à chacun et le souhait de voir un autre livre sortir de la plume de notre auteur !
    Valentine

  228. Nathalie dit :

    Facilité d’adaptation féminine
    Je sens que le reproche sera vite là : la facilité des femmes à l’identification peut conduire certaines d’entre elles à renoncer entièrement à leur personnalité en s’assimilant complètement à l’homme qu’elles admirent. Toute qualité a son défaut.
    La conséquence qui s’ensuit se constate dans les couples en crise : en prenant conscience de cette aliénation, ces femmes, par réaction, retournent contre l’homme ce qu’elles lui ont emprunté – un peu comme l’élève qui peut enfin se passer du maître et le renvoie pour montrer qu’il peut désormais se gouverner seul.
    Tout au contraire, je constate bien plus souvent que plus une femme préserve sa personnalité, plus elle s’adapte facilement à un homme. Comme si la façade était faite d’une matière souple qui s’adapte parfaitement à la réalité tandis que ce qui est au-dessous est aussi dur et non modelable que le marbre !
    Il apparaît d’ailleurs dans notre roman, comme le souligne Valentine, que les héroïnes aient une personnalité plus marquée et moins changeante – en bien ou en mal – que les hommes.
    Tous mes voeux donc pour que notre blog, en gardant fondamentalement son caractère, se modèle au gré de l’inspiration… des lecteurs !
    Nathalie

  229. Luc dit :

    L’habileté d’Helen et des autres…
    Petit détour pour souhaiter mes voeux à ceux qui restent fidèles au blog. J’en profite pour y aller d’une réflexion « cum grano salis » !
    Force est de constater que la facilité avec laquelle les femmes s’identifient les expose au reproche, souvent justifié, d’hypocrisie. Ces femmes avisées – disons Helen pour ne froisser personne ! – devinent habilement quel aspect d’elles-mêmes il leur faut montrer à un homme pour qu’il se sente important.
    Le plus amusant, selon moi, est que ce qu’elles disent à l’un, elles le tirent d’un autre : « Michael, dis merci à William ! » Les maris trompés ne sauront jamais ce qu’ils doivent de joies à « l’autre » ! et pareil pour les femmes…
    Lesquelles jouent ainsi à donner à l’homme une satisfaction narcissique – car ces messieurs aiment aussi les regards admirateurs et les compliments – de telle sorte que l’homme se sente remarquable et… qu’il admire du même coup son admiratrice !
    Question de miroir à nouveau ! ou de dominos…
    Luc

  230. Jean-Pierre dit :

    Ambivalence et ambiguïté
    Des commentaires qui précèdent – toujours fournis et denses : compliments et tous mes vœux de continuité – je tire la leçon que l’aptitude de la femme à l’identification recèle toute une gamme de possibilités, parfois même contraires selon qu’elle vient de la source froide d’un calcul – désir de conquête quelque peu virile, ou désir d’être « comme lui » et autant que lui – ou de la source chaude de la féminité – désir de le comprendre en « se sentant » comme lui – grâce à l’intuition, à la sympathie, aux antennes !
    Dans les étreintes amoureuses – et elles sont aussi nombreuses que diverses dans le livre – alternent passivité et activité, soumission et combat, abandon et agressivité, montée au septième ciel et sentiment d’anéantissement.
    Moralité : c’est quand même moins compliqué chez les hommes !
    Le psy… de retour pour les beaux yeux de Chantal (4/1/09) !

  231. Richard dit :

    Intuition et narcissisme
    Notre psy serait-il d’accord là-dessus : l’intuition, que l’on reconnaît comme inhérente à la féminité, dérive selon moi de l’auto-observation narcissique des fillettes qui, dès la puberté, s’interrogent sur le mystère de leur différence anatomique, et s’angoissent contre des dangers qu’elles pressentent venant aussi bien de leur monde intérieur que du dehors, pareilles à quelqu’un qui écoute anxieusement dans l’obscurité et perçoit chaque bruit avec une intensité accrue.
    Cette observation intense de soi chez la fillette, liée la plupart du temps à une vie imaginative importante, l’habitue à la subjectivité, au regard tourné vers l’intérieur. Cette attitude donne naissance à l’intuition – percevoir au-dedans et du dedans – élément de ce que Goethe appelait « l’éternel féminin », laquelle, si elle ne se dévoie pas en amour-propre, dote la femme d’une qualité puissante qui fait aux yeux des hommes son charme et son mystère.
    Richard

  232. Vincent dit :

    Les antennes de Cathy
    Ce que je trouve de fantastique chez une femme – et chez la mienne particulièrement ! – c’est cet art de la divination qu’on appelle l’intuition, par laquelle elle fait sienne par analogie l’expérience subjective d’autrui et le comprend ainsi « immédiatement ».
    Dans ce type de connaissance, nous ne trouvons pas d’enchaînement logique d’impressions ni de reconstruction intellectuelle dans l’élaboration du jugement qui en résulte. L’état mental de l’autre semble émotionnellement et inconsciemment réexpérimenté du dedans, c’est-à-dire senti comme sien.
    Ce processus suppose évidemment de la sympathie, de l’amour (on ne voit bien qu’avec le cœur) et de l’affinité spirituelle (quelques lectrices ont employé ce terme à l’égard de l’auteur) ressentie pour l’autre personne. Ce que les Allemands nomment Einfühlung et les Anglais empathy. Et Cathy, ses antennes !
    Vincent

  233. Laurence dit :

    Sensiblerie et sentiment
    Ne trouvez-vous pas bizarre qu’à l’heure où l’on privilégie l’intellectualité et les savoir-faire techniques, on assiste en même temps à une perte réelle d’une vie affective profonde ?
    Bien au contraire, on se laisse prendre par l’irrationnel : les médias, qui sont à la fois notre reflet et l’incitateur de nos comportements, jouent sur les emportements passionnés, transforment tout en duel, en lutte des classes, des sexes, des âges, et mettent de l’huile sur le feu en exacerbant les heurts… Le catastrophisme fait audience. La sensiblerie prévaut sur le sentiment : l’art de faire pleurer dans les chaumières s’est perfectionné et… rapporte !
    Dans le même temps, on ne sait plus vivre en harmonie : les couples, bâtis sur le sable mouvant des envies du moment, craquent de partout ; on n’est « civique » et « engagé » que si l’on est « contre ». C’est à … pleurer !
    Autant dire que, quand on ne sait plus « aimer », il reste à « mourir ».
    Laurence

  234. Guillaume dit :

    Irritabilité émotionnelle
    Pour ma part, je ne parlerais ni de sensiblerie à la guimauve, qui existe et qui est le fonds de commerce de bien des émissions ou articles people, ni d’inertie émotionnelle, qui s’apparente à une indifférence de saturation ou d’égoïsme, mais plutôt d’irritabilité émotionnelle.
    L’amour ne dure que le temps de l’émotion. La générosité, que celui de l’actualité télévisée. Le ressentiment, lui, cuit plus longtemps ! Les joies elles-mêmes perdent vite leur durée au profit de leur renouvellement incessant, ce qui fait de la vie une course éperdue aux plaisirs et qui se traduit par un besoin effréné d’activité accompagné de la peur panique de toute habitude.
    On ne cherche pas tant à vivre sereinement qu’à avoir l’impression de vivre, impression qu’il faut attiser pour la ressentir. Voilà pourquoi, lorsque les informations ne donnent pas dans le catastrophisme pleurard, il joue sur l’angoisse et sur l’envie, ces deux plaies à vif qu’il faut sans cesse gratter pour enlever au quotidien son « insipidité ». A côté de cela, l’émotion d’un roman policier est une simple gâterie, inoffensive !
    Guillaume

  235. Jean-Baptiste dit :

    Choc émotionnel et pauvreté intérieure
    D’accord avec Guillaume : les envies sont le baromètre de l’impression de vivre à fond. Comme pour une drogue, la dose du choc émotionnel réclame l’accélération de changement et l’accroissement permanent de son intensité. Pour certains, c’est ce qui signe la fureur de vivre – mot agressif s’il en est – pour d’autres, dont je suis, c’est la marque d’une pauvreté intérieure affligeante.
    A l’inverse de Cathy dont les sentiments sont profonds et durables, et passeraient aux yeux de certains pour mièvres, Helen séduit par ce qui ressemble à de la force passionnelle : je dois avouer qu’elle m’a fait rêver un moment. Mais je me suis aperçu que, au cours même de son déchaînement, cette rage d’aimer montrait déjà des signes d’épuisement, qu’un fond d’agressivité y était toujours perceptible, contre l’autre et contre soi. Et quand, à tête reposée, j’ai réalisé que son aventure n’avait duré qu’une semaine, préparatifs inclus, je me suis dit comme elle : et tout ça pour ça !
    Jean-Baptiste

  236. Valentine dit :

    Michael, enfant gâté ?
    Stéphanie, à l’article sur l’éternel féminin, note que les adultes ont aujourd’hui des comportements qui relèvent de l’adolescence : je suis bien d’accord avec elle, au vu de ces Tanguy, étudiants plus que prolongés qui squattent chez les parents ! Je voudrais seulement faire remarquer que le personnage de Michael en porte trace.
    On le sait, dès l’âge le plus tendre, le besoin d’être considéré comme un adulte se fait fortement sentir, et la lutte pour le satisfaire est difficile, pénible même, car la jeune personne, dans son sentiment d’insécurité et son envie d’être protégée, désire inconsciemment rester enfant.
    Je retrouve de ces traces chez Michael, un homme qui semble ne pas avoir eu à se remettre en question : aimé depuis la Fac, à la tête d’une banque dont il a dû hériter, muni de relations mondaines, il est « gâté » par la vie et a des réactions d’enfant gâté !
    Je passe sur sa réaction infantile à l’émission télévisée. Regardons-le plutôt lorsque surgit la première bourrasque, en la personne de Helen, et qu’il se découvre fragile et incertain de ses désirs profonds : il connaît ces craintes, replis et poussées d’agressivité contre lui-même qui marquent l’adolescence.
    Mis au pied du mur, il lui faut choisir : ce qui signifie se détacher des dépendances antérieures (principes moraux, fidélité, amitié…) et lutter contre tout ce qui lui apparaît comme autant de freins. Mais en même temps il en veut à Helen de le mettre en demeure de se décider une bonne fois pour toutes, car il aimerait bien, comme elle le lui reproche, jouer sur les deux tableaux.
    D’où sa fuite finale devant l’ultimatum du mot « définitif ».
    Valentine

  237. Isabelle dit :

    Au secours de Michael
    Certes notre ami Michael ressemble à un ado prolongé qui en veut aux autres de ses comportements contradictoires et contrariants : « Tu prends et tu laisses, tu reprends et tu délaisses, tu veux et tu te repens, tu te repens et cela ne t’empêche pas de recommencer. » Combien de parents ont dit de telles choses à leurs grands !
    Mais ce que nous jugeons si négatif parce que nous sommes nous-mêmes contrariés, émane tout compte fait des forces positives de la croissance – ce que dit fort exactement l’article sur « la vie : un roman à suspense » : c’est le temps nécessaire à la délibération qui précède la décision. En elles-mêmes, cette « ligne brisée » et ces hésitations, faites « de replis et d’offensives », n’ont rien de la marque d’un progrès ou d’une maturité – et je comprends l’impatience de Helen et son inquiétude – mais ils y visent.
    Il faut comprendre que plus on se sent jugé incapable, ou regardé avec pitié, voire seulement avec indulgence, plus on a hâte de prouver le contraire. Devant ce regard que pose sur lui Helen, « autant – il est vrai – pour lui redonner de la hauteur que pour pouvoir encore l’admirer », mais qu’il ressent autrement : « il y lut tant de commisération qu’il en fut comme fouetté dans son orgueil », Michael a une réaction brutale, à laquelle Helen aurait dû s’attendre, le connaissant aussi susceptible et chatouilleux sur son image.
    Isabelle

  238. Jean-Pierre dit :

    Narcissisme positif
    Cette susceptibilité sur l’image qu’on a de soi – que relève Isabelle à propos de Michael – n’est donc pas que le fait des femmes devant leur miroir : il est d’autres miroirs que les glaces !
    Mais j’aimerais souligner à mon tour que, tout comme les velléités adolescentes, les forces narcissiques du Moi jouent un rôle important dans le processus de maturation, alors que nous le regardons souvent comme un symptôme négatif. Disons par exemple que, en tournant les forces affectives vers le Moi comme en un point focal, elles participent à unifier la personnalité qui, manquant de point clair à viser, risquerait de se dissoudre en multiples identifications successives.
    Grâce à ce regard sur soi, l’identification avec les autres modèles diminue au profit de l’identification avec soi-même : gnoti seauton, disait le fronton de Delphes : connais-toi toi-même. Grâce à ce narcissisme s’affirme peu à peu la conscience du « Je suis moi ».
    Ce stade comble ainsi – de façon bien sûr imparfaite – le vide entre un monde qui disparaît et un autre qui n’est pas encore. Est-ce la raison pour laquelle les filles, très tôt portées à l’introspection, sont plus vite mûres que les garçons ?
    S’il évite le nombrilisme, le narcissisme bien conduit participe efficacement à la construction de notre identité.
    Le psy !

  239. Nathalie dit :

    Crise de passage
    Le débat ouvert par les replis, offensives, contre-attaques et autres formes d’agressivité n’est pas réservé, comme on pourrait le penser, à la crise d’adolescence, plus ou moins prolongée où elle atteint son acuité maximale.
    Toute période « entre deux mondes » la renouvelle à chaque nouvelle étape de l’existence : en particulier à l’âge de la ménopause ou de la préretraite ! Chez Helen par exemple, le cap de la trentaine semble marquer sa course effrénée au bonheur, d’autant plus qu’elle perçoit le vieillissement de son mari. Attendre que Michael sorte de prison ? « Il ne lui resterait qu’un William vieillissant… Toutes ces années de plénitude, dont elle entrevoyait la courte durée… Son cœur aussi se riderait… Inexorable fuite du temps…»
    La tension provient essentiellement du contraste qui existe entre ce qui est regardé en arrière comme une réalité médiocre et insatisfaisante, et l’intensité subjective de toutes les projections les plus confuses sur ce que devrait offrir l’avenir.
    Pris entre la nécessité de quitter le monde connu du passé pour se lancer dans un avenir non défini, le présent est vécu comme un écartèlement douloureux où forces régressives et forces progressives cherchent leur équilibre.
    Nathalie

  240. Georges dit :

    Narcissisme idéalisant
    A l’appui de la réflexion de Jean-Pierre, j’apporterai le témoignage d’un éminent philosophe : G. Bachelard.
    La chute de Narcisse dans les eaux où il se mire avec complaisance explique qu’on en ait fait l’emblème de la vanité, de l’égocentrisme, de l’amour et de la satisfaction de soi-même. Mais Gaston Bachelard a montré que le narcissisme n’est pas toujours névrosant. Il joue, selon lui, un rôle positif dans l’œuvre esthétique, mais aussi dans la sublimation du désir, dans l’idéalisation dont nous avons besoin pour espérer en nous-même comme en l’autre.
    Lorsqu’une femme est devant son miroir ou penchée sur les profondeurs mystérieuses de son Moi, le reflet qu’elle y guette trahit une quête de sa perfection : elle sent que sa beauté continue – et s’inquiète en même temps qu’elle ne se fane – qu’elle n’est pas achevée, qu’il faut l’achever.
    A mon avis tous les personnages du roman montrent un besoin vital d’idéaliser la réalité. Y a-t-il là un reflet de notre auteur ?!
    Georges

  241. Luc dit :

    Se pencher est dangereux !
    Reste, mes chers amis qui jouez aux psy, que c’est le parfum du narcisse qui envoûta Perséphone, quand Hadès, séduit par sa beauté, l’emmena aux Enfers avec lui.
    Méfiez-vous donc, vous qui vous penchez sur votre psyché ou dans les yeux enamourés d’autrui pour y chercher une image idéale de votre moi, qu’un tel parfum ne vous monte à la tête : ce n’est que trop souvent pour mieux vous précipiter dans les tourments infernaux de l’angoisse !
    Luc

  242. Stéphanie dit :

    Narcissisme exaspérant
    Peut-être que le narcissisme est une étape d’un être en construction – il faudrait alors en déduire que peu parviennent à maturité ! – mais il n’en est moins difficile à supporter par l’entourage !
    L’autolâtre, l’égocentrique, qui se prend pour le nombril du monde, exaspère autrui et provoque des réactions fort naturelles du type : « Mais pour qui se prend-il ? Quelle arrogance, quelle vanité, quelle fatuité ! Et avec ça il prend la mouche pour un rien ! »
    Car non seulement le narcissique ne supporte aucune remarque – mon Dieu, que la susceptibilité est répandue ! – mais il a un besoin impérieux, pour subsister et s’auto-justifier, de marques continues d’admiration : gare à celui qui mesure son approbation au strict minimum ! c’est lui l’aveugle.
    Je veux bien que l’ado et les ados prolongés aient besoin d’être mis en confiance : mais passer sans cesse la brosse à reluire dans le sens du poil finit par hérisser ! Na !
    Stéphanie

  243. Albert dit :

    Le droit à l’image !
    Stéphanie dit bien l’impossibilité où est le narcissique d’accepter la critique. De là son retranchement dans une solitude dont il se plaindra d’ailleurs ! à moins qu’elle n’exacerbe sa superbe.
    Car pour se renvoyer une image idéale de soi, il veut toujours se prouver qu’il vaut davantage que les autres, que ceux-ci ne savent pas le voir, et que, par jalousie ou incompréhension, ils l’empêchent de s’affirmer et le briment : « Je suis un incompris, mon individualité est menacée, étouffée ; j’ai pourtant le droit de vivre ma vie et d’être moi-même ! »
    A quoi bon devant cette mauvaise foi faire preuve de tolérance et de compréhension : même cela sera reproché comme de la condescendance… ou de la commisération !
    En temps de « crise », que voulez-vous, il ne reste qu’à supporter et attendre que ça passe…
    Albert

  244. Brigitte dit :

    Le narcissisme : en sortir !
    A mon avis, le narcissisme présente bien des côtés négatifs : on ne peut lui reconnaître quelque bénéfice que s’il parvient à déboucher de sa subjectivité de repli pour parvenir à l’acceptation d’une réalité objective pleinement reconnue comme telle.
    Or chez beaucoup, ce débouché sur la réalité extérieure n’est pas couronné de succès, soit qu’il y ait incapacité à l’affronter – comme chez Michael – ou rejet par autrui de nos prétentions à l’autonomie ; soit que le monde paraisse si vivant, si riche de potentialités, que la réalité en devient pâle et décevante en comparaison – ce qui n’aurait pas manqué d’arriver à Helen devant la réalité d’un Michael tombé de son piédestal.
    Brigitte

  245. Richard dit :

    A propos d’érotisme
    J’ai bien aimé les articles et commentaires sur le premier baiser, mais il me semble qu’on a oublié d’évoquer le stade qui précède même les préliminaires.
    L’exemple de George est typique : « Il s’imaginait complaisamment les premières approches, les gestes qui réclament tant de tact, les mots qui disent sans dire ! » : de tels mots supposent une certaine maturité et la réflexion est peut-être plus juste à son âge que pour des tout jeunes. « A leur âge, bien sûr, ils savaient tous deux ce que chacun attendait, mais il y a, dans ces prémisses de la conquête, une excitation qui à elle seule vous met le feu au sang. » : voilà l’essentiel !
    Avant même que de commencer sa « cour », l’homme projette en lui des images de conquête qui à la fois le dopent en lui donnant l’aplomb nécessaire, et l’excitent par avance en le rendant impatient. La femme, elle – les exemples ne manquent pas dans le roman – se prépare devant sa glace… toute aussi impatiente, je veux l’espérer !
    Richard

  246. Jean-Claude dit :

    Plaisir d’anticipation
    Bien vu, Richard ! On ne dira jamais assez la part de l’imaginaire dans les prémisses amoureuses. L’attrait de l’inconnu, l’appréhension des réactions de l’autre, le jeu des complicités supposées, l’imminence du moment où « rien ne sera plus comme avant »…
    Quand on croit que les choses sont dans la poche, on est même prêt à retarder – de quelques minutes seulement ! – le moment de la rencontre décisive : on déguste par avance ! À la manière de George : « Il voulait retarder le plaisir qu’il savait maintenant si proche : pour lui, le désir avait autant d’importance que la satisfaction du désir. »
    Cette dernière réflexion me rappelle Gide : elle traduit en effet un certain stade qui a dépassé celui du jeune chien fou qui se jette sur son os ! Les femmes, qui le sentent, s’en amusent et font « su-sucre ! », attendant que nous fassions le beau.
    Et ça marche !!!
    Jean-Claude

  247. Vincent dit :

    Su-sucre !
    Les femmes, c’est connu, ont des antennes : elles devinent infailliblement qu’un homme est hameçonné, avant même que l’intéressé n’en soit convaincu. C’est pourquoi elles se permettent de « jouer » de leur(s) charme(s) et parfois de se jouer de nous !
    Toute innocente qu’elle soit, Cathy est femme et, ma foi, fort habile au jeu de la séduction. Pour l’invitation : « Gantée, chapeautée, parfumée » : voilà pour appâter. Au dîner, look soigné (anglicisme approprié !) et recherche d’attitudes : « roucoulements… minauderies… décolleté outrageant… aparté… » : voilà qui fait miroiter les appas ! Puis la touche : « cheveux au vent… ensemble pastel… main abandonnée… rondeur de genoux dévoilés… parfum… ». Et pour bien ferrer la proie, la promesse d’une rencontre au bord de la Tamise romantique.
    Choisir l’endroit approprié, appâter, s’assurer que le poisson « a mordu à l’hameçon, le ferrer et l’amener doucement dans l’épuisette » : bien joué ! Et quel régal narcissique en prime !
    Vincent

  248. Gilles dit :

    Su-sucre : suite
    Je ne résiste pas, pour le seul plaisir de feuilleter à nouveau le roman, de relever le dernier acte du jeu de la séduction de Cathy.
    Comme il faut bien lâcher du lest à chaque stade, elle a commencé donc par se laisser prendre la main, par montrer ses genoux, par supporter un baisemain appuyé ; sur les bords de la Tamise, il lui avait bien fallu consentir à des « baisers pudiques » et à tous ces petits gestes comme être la main dans la main ou appuyer son bras pour franchir un fossé, tendre ses épaules à deux mains enveloppantes qui aident à assujettir le mantelet… Anodins certes, comme en jugera Peterson, mais qui, dans l’esprit de Cathy, sont liés à la séduction : la preuve en est la crainte que son mari ne voie ces photos.
    Le coup de grâce – mot que l’on peut entendre comme la gracieuseté suprême d’un total abandon – sera le rendez-vous, « seule à seul », « dans un cottage… où nous serons tranquilles ». Pas étonnant à ce compte que le beau George en conclue : « Dès demain, la place sera prise ! » et qu’il se fasse beau en attendant de faire le beau !
    Gilles

  249. Dominique dit :

    Ivre d’avance
    Quel homme n’aurait pas perdu la tête devant le manège de Cathy, cette femme qui joue de ses airs de Madone qui la rendent inaccessible et manœuvre de telle sorte qu’elle vous fait croire que sa conquête n’est possible que parce que c’est vous !
    Je me mets dans la peau de George qui, avec en outre l’assurance que lui donnent d’autres conquêtes, ne doute pas, au vu des marques prodiguées par Cathy, de son succès. L’ivresse qu’il vit est intensifiée par l’imminence du moment rêvé et le plaisir aigu du temps d’avance qu’il goûte. Il a beau s’efforcer, « pour n’en rien déflorer par avance », de refuser les images de possession qui l’enflamment, lesquelles se font si précises qu’il n’en peut plus d’être à demain, il se repaît cependant de tout ce que Cathy lui a délibérément laissé entrevoir : « sa peau satinée… sa gorge palpitante… sa taille svelte… sa chevelure parfumée… »
    Que voulez-vous ! quand « l’air sent déjà la violette » et que se profilent « de verts pâturages « , comment ne pas trôner sur son petit nuage !
    Dominique

  250. Gérard dit :

    Incertitude excitante
    Me revoici après quelques interventions estivales… dans la continuité des baisers, carrefours du destin et jeux de miroir. J’ai seulement raté le coche du narcissisme, pourtant hautement lié à la séduction.
    J’aime quand approche le moment où l’on croit parvenir à ses fins : l’excitation y est à son plus haut point.
    La femme désirée apparaît à l’homme avec toute la densité de sa réalité physique, « charnelle comme une promesse savoureuse » : vous remarquerez cet adjectif de dégustation qui dénote un gourmet et non un glouton, mais aussi l’ombre d’incertitude que projette le mot de promesse. Car il reste toujours l’éventualité que notre espoir ne se volatilise : Cathy, dans le même instant, est « volatile comme un rêve ».
    Cette image anticipée a l’attrait chatoyant et la fragilité d’une bulle irisée par le soleil. Même si on se dit toujours qu’en amour, c’est trop beau pour être vrai, pour aller au bout, ou pour durer… on ne peut s’empêcher d’avoir des frissons comme si déjà toutes les promesses seraient tenues !
    Délicieux, palpitant, ce moment où le bonheur semble à portée de main : rares sont ceux qui résistent à l’ivresse, même si l’on sait qu’il y a loin de la coupe aux lèvres !
    Gérard

  251. Jean-Pierre dit :

    Trouble jeu ou jeu troublant ?
    A tout jeu, le joueur risque de se faire prendre. On l’a déjà noté, lors des manœuvres de séduction, les forces narcissiques s’en donnent à cœur joie ; mais, comme pour le premier baiser, il faut remarquer que ces préparatifs influent sur les profondeurs inconscientes de notre être.
    Rappelons-nous que Cathy, à l’idée d’un tel jeu, s’écrie : « En tout cas, c’est très excitant ! » ; qu’elle a certainement été flattée de plaire et de voir George émoustillé ; qu’en travaillant « son look » devant sa glace, elle éprouve une satisfaction personnelle : « elle se plaît », mais elle sait qu’elle plaira et que dans ce verbe se glisse la conscience d’être « désirable ».
    J’ai bien l’impression qu’elle ne se sait pas encore troublée, mais dans le plaisir qu’elle y prend, je sens une sorte de flirt inavoué avec des désirs inavouables !
    Jean-Pierre dit le psy

  252. Paul dit :

    Je n’avais rien écrit depuis la fin août et l’envie m’a pris de me plonger à nouveau dans le blog. Quelles surprises ! Un foisonnement d’idées et de réactions ! A quand un classement par thèmes ?
    Mais surtout, cher auteur, à quand un dossier sur l’art de la séduction comme celui sur le baiser ?
    Encore bravo pour vos articles qui reprennent les centres d’intérêt des lecteurs : on ne se sent pas seul ! et vos interventions régulières montrent qu’un livre ne se limite pas dans votre esprit à sa vente : chose si rare à notre époque mercantile.
    Séduit donc, je l’ai été par votre roman et je le suis par ce blog. A vous lire bientôt. Fidèlement.
    Paul

  253. Valentine dit :

    Séductrice séduite ?
    D’accord avec Jean-Pierre pour dire qu’on ne ressort jamais indemne du jeu de la séduction : se savoir désiré(e) provoque des vagues d’émotions qui témoignent de notre trouble physique. J’en veux pour exemple la réaction de Cathy à l’arrivée de George au cottage.
    On a dit avec quel soin extrême elle s’est préparée, mais sans parler de cette onde de chaleur qui l’émeut à la vue de cet homme dont, d’un coup, elle mesure qu’il est « effectivement séduisant ». La voilà prise ‘quelque part’, comme on dit aujourd’hui.
    Elle admire, « malgré elle » c’est à souligner, alors qu’elle aurait aimé « se le cacher », sa prestance, son allure sportive et son chic so british ; les cheveux grisonnants prennent subitement une distinction juvénile, le sourire devient attendrissant : elle le sait amoureux et ne manque pas de repérer le bouquet de fleurs.
    Mais ce qu’elle prend alors, venant d’elle, comme un élan de sympathie et un geste amical, pourrait n’être que le prélude à des moments plus troublants et plus troubles. Après son évanouissement, ne prendra-t-elle pas conscience qu’elle l’appelle « spontanément » George ?
    Pascal écrivait : mets-toi à genoux et tu finiras par croire… Les comédiens disent : à force de jouer un personnage, on le devient. Au jeu de la séduction, les rôles s’interpénètrent et finissent par s’échanger.
    Valentine

  254. Luc dit :

    Séduire : la recette d’Helen.
    Cathy et Helen, deux tempéraments bien différents, on le sait. Il m’est donc venu à l’idée de rechercher comment Helen avait elle aussi commencé son jeu de la séduction.
    1- Une invitation, en amie attentionnée, à prendre l’air pour se changer les idées : « je m’occupe de tout ! » Puis l’habillement – une jupe ample balnéaire et un tee-shirt moulant mettant en évidence ses formes pleines – qui lui communique l’image d’une femme ardente « qui se grise de plaisirs ».
    2- Sur la plage, elle remonte la jupe « tout en haut des cuisses » – pour profiter au maximum du soleil, évidemment ! – Puis elle lui fait poser la tête sur ses cuisses, « la nuque calée contre son ventre », lui ferme les paupières, tout en prolongeant sa caresse sur le front : je note ce grignotage qui, à chaque fois, peut s’interpréter honnêtement, « maternellement ». Faisant celle qui ne veut rien entendre, elle le pousse aux confidences douloureuses, qui justifieront sa main sur le front, sur les yeux, sur les lèvres.
    3- Laissez mijoter quelques temps à feu doux : chaleur du soleil, roulement des vagues, cris des mouettes et… la pression conjuguée de la respiration du ventre et de la nudité des cuisses. Prêt pour l’initiative qui mettra le feu aux poudres : un baiser-surprise incitatif, doux mais suffisamment « impérieux », suivi d’un autre, plus fougueux et tout à fait conscient !
    C’est sans doute moins subtil que chez Cathy, mais simple, rapide et efficace !
    Luc

  255. Georges dit :

    Cuire à l’étouffée
    On dit que les hommes s’y entendent en cuisine. En ce dimanche – où j’ai oeuvré autour d’un veau Marengo préparé de la veille – j’ajoute mon grain de sel aux recettes de la séduction tirées du roman.
    Pour passer au stade suivant, Helen laisse « mijoter ». Remarquons comment elle se garde de la moindre allusion au baiser échangé sur la plage : il faut laisser reposer la pâte pour que le levain fasse son effet ! Mais, un soir, elle se gare intentionnellement sur un chemin de traverse : rien de mieux qu’une voiture dans un endroit isolé pour « cuire à l’étouffée ».
    Là, jouant sur la jalousie de Michael, qu’elle attise habilement, Helen profite de l’émotion. A un moment – est-ce calculé ? – elle a une moue telle que Michael la prend pour une invite à l’embrasser. Or ce mot d’invite dit « une manière adroite d’incitation, un appel plus ou moins déguisé ». Reste à Helen à répondre avec passion aux baisers de Michael pour que ce dernier s’enflamme et passe à des caresses plus intimes.
    Le voilà désormais comme de l’amadou : prêt à s’enflammer au moindre souffle. Des baisers à l’étreinte des corps – contre la carrosserie et dans l’ascenseur ! – il n’y aura qu’à attendre la fin de la balade nocturne : une demi-heure !
    Georges

  256. Gilles dit :

    Auto…cuiseur !
    Je trouve la comparaison de la cuisson à l’étouffée tout à fait adéquate. Un passage au chapitre 27 la justifie pleinement. Cette fois, c’est Michael qui prend l’initiative : il lui suffit de poser la main sur le bras de la conductrice pour qu’elle se range à l’écart et qu’ils se serrent « à étouffer ». L’image de Cathy cependant lui traverse l’esprit et lui donne mauvaise conscience, mais il se rend compte que l’auto d’Helen est « comme un vase clos », un monde à part « sous cloche » où, immergé, il est… ‘cuit’ !
    Dans les ‘vapeurs’ de la passion, et la buée sur les vitres !, il est amené ‘à point !’ jusqu’à en être ‘réduit’ à oublier tout ce qui n’est pas la satisfaction immédiate de son désir.
    Gilles

  257. Paul dit :

    Début des grandes manoeuvres
    Dans le jeu de la séduction, la grande différence d’attitude entre les deux amies est que Helen veut parvenir « à ses fins », en l’occurrence aller jusqu’au bout.
    Les commentaires précédents ont judicieusement montré les premiers stades de séduction et de captation. Comme le dit l’auteur dans un de ses articles, la fin d’un chapitre marque une arrivée et prépare un nouveau départ. Selon moi, le chapitre 27, d’ailleurs intitulé ‘Engrenage fatal’, est à la fois le terme des étapes préliminaires pour conquérir Michael – résumées p. 269 : « leurs premiers baisers sur la plage, les frissons quand ils s’étaient enlacés corps à corps, les émois sensuels quand il l’avait caressée dans la voiture » – et le commencement des grandes manœuvres qui devraient signer la victoire « définitive » : « Elle en voyait poindre l’aboutissement ».
    Ce qu’on pourrait appeler un flirt est dépassé : on arrive au « vif » du sujet !
    Paul

  258. Gérard dit :

    Ce qui s’appelle forcer la main !
    A mon avis aussi, c’est au chapitre 27 que la bascule a lieu, ou du moins que le rythme de conquête s’accentue, par un geste proprement sexuel.
    Que s’y passe-t-il ? A l’initiative de Michael à l’aller répond celle de Helen au retour. Elle se range « exprès au même emplacement » : les choses sont claires. Cette fois, elle déboutonne son corsage et dénude sa poitrine, « forçant » la main de Mick à la caresser, et « à force » de baisers lui fait perdre sa maîtrise.
    L’autre a bien des velléités de reprendre son sang-froid, mais elle le replonge dans un tourbillon où il perd toute notion de lieu – l’auto le met hors du monde « en vase clos ». Ici se situe le geste qui enclenche les relations intimes visées par Helen : elle guide « impérieusement » la main de l’homme entre ses propres cuisses jusqu’au spasme.
    Un fameux « point de non-retour ! » que la lucidité de Michael se refusait quelques instants plus tôt à franchir, mais que l’incitative volonté de Helen a obtenu par effet d’entraînement. La séduction est devenue, à proprement parler, ‘mani’pulation !
    Gérard

  259. Nathalie dit :

    Femme fatale
    Avez-vous remarqué que tous les commentaires sur la séduction sont signés de « main » d’homme ?! Richard, Jean-Claude, Vincent, Gilles, Dominique, Gérard, Jean-Pierre, Paul, Luc, Georges…
    L’image de la femme fatale est tenace. Manière sans doute pour les mâles de se déculpabiliser : « C’est la femme que tu m’as donnée » se dédouane Adam ; et pour Mick « Helen était devenue la tentatrice, la Circé aux charmes maléfiques, l’ensorceleuse, qui l’avait dépossédé de sa liberté ».
    Mais au moins, chères consoeurs, savons-nous désormais que ces messieurs sont bien conscients du choix de nos attitudes et de nos manœuvres les plus « innocentes ». Ce blog me plaît !
    Nathalie

  260. Brigitte dit :

    Au secours d’Helen
    Femme, je viens au secours d’Helen. Car, dans son comportement, tout n’est pas calcul.
    Il y a, chez elle aussi, l’emportement des sens qui la pousse, l’entraîne, la précipite, la surprend, la tenaille, l’affame… et parallèlement l’abandon de William.
    Il y a encore la conscience que sa jeunesse ne durera plus très longtemps, la crainte que « son corps de femme mûre » ne perde son attrait, que ses dernières « années de plénitude ne soient de courte durée » et que « l’exigence sensuelle » qu’elle s’est découverte soit bientôt privée de satisfaction.
    Il y a plus : un cœur assoiffé de tendresse, qui prend des rides.
    Il y a enfin ce qui contient toutes les raisons : elle a toujours été amoureuse de Michael.
    Accuse-t-on de manœuvres stratégiques une amoureuse prise entre les feux de sa passion et les « trop réelles perspectives d’inexorable fuite du temps » ?
    Brigitte

  261. Claude dit :

    Les détours ont leur charme
    L’occasion fait le larron, surtout s’il rôde depuis longtemps à l’affût. Or une occasion inespérée se présente à Helen de passer la nuit avec Michael.
    Les moyens classiques de séduction ne sont pas oubliés : elle change trois fois de lingerie, revêt une robe légère d’été, vaporise sa chevelure d’un parfum musqué. Son plan, car elle en a un, repose sur deux points : son instinct la guiderait, et ce serait lui qui supplierait.
    A l’apéritif, on la voit patienter : « attendre accélère parfois les choses », lui donner les lèvres mais échapper à ses mains baladeuses. Bref les agaceries habituelles de… mise en bouche.
    Puis, pendant le dîner, de « ces petits contacts multipliés qui habituent à se toucher » : une main qui se crispe sur un poignet, une nuque qui vient s’appuyer incidemment contre celui qui verse à boire, des seins qui effleurent une épaule pour passer un plat.
    Au salon, des genoux dévoilés et même des cuisses entrouvertes, jusqu’au moment où l’on met de la musique pour danser et où les étreintes se font de plus en plus étroites : jusqu’ici, « elle a tissé sa toile avec patience ».
    A partir de là, l’offre se fait plus explicite : les corps se plaquent l’un contre l’autre et progressivement s’encastrent l’un dans l’autre. Quand le désir viril se fait sentir, Helen, après avoir murmuré une invitation détournée : « Tu es seul ce soir… il se fait tard », demande enfin, en se cambrant davantage : « Veux-tu que je reste avec toi ? ».
    Les détours ont leur charme !
    Claude

  262. Luc dit :

    Les grands moyens
    Si les gestes de Helen sont de plus en plus osés, c’est-à-dire sexuellement explicites, c’est que les moyens de séduction diffèrent selon qu’on veut obtenir une danse, un rendez-vous, un baiser ou… autre chose !
    Coupée dans ses manœuvres par un malencontreux coup de téléphone qui la rappelle au bercail, Helen, qui a explicitement proposé à Michael de passer la nuit avec lui, veut lui arracher la promesse pour le lendemain. Ce n’est plus l’heure des détours mais des grands moyens : avant de partir, elle se met à genoux entre ses jambes, le ceinture des deux bras et enfouissant sa tête contre son ventre, lui souffle à travers l’étoffe une haleine de feu et se caresse le visage contre son ventre.
    Que croyez-vous qu’il arriva ? Michael répondit : « oui… demain » !
    Luc

  263. Isabelle dit :

    Qui partage ma séduction ?
    Enfin le blog revit ! Je commençais à être en manque. Que voulez-vous : il m’a séduite !
    Il ? Pas seulement cet espace où je retrouve des lecteurs sympathiques et dont je me suis fait une image à travers leurs commentaires. Figurez-vous que je les ai regroupés par prénoms : c’est fou le profil qui finit par s’en dégager !
    Il, c’est aussi ce roman dans lequel je replonge sans fin pour aller y chercher, comme un orpailleur, des pépites qui m’auraient échappé : la mine ? c’est justement le blog où les thèmes se succèdent et m’ouvrent un nouveau filon quand je crois avoir tout épuisé.
    Il, c’est enfin et surtout l’auteur dont les articles ont une gravité de fond et une allégresse de forme qui font tilt sur mon intelligence et sur ma sensibilité. Séduite par le roman, j’avoue un faible pour la personne qui se révèle dans la quarantaine de ses interventions. Allons, disons-le tout net puisque les réponses au dossier sur la séduction ont été données, j’avoue mon faible pour… l’homme !
    Isabelle

  264. Jean-Pierre dit :

    Chère Isabelle
    6 juin oblige : je débarque… et je réponds à votre question.
    Ce que vous avouez, vous êtes sans doute la dernière à en avoir pris conscience. Moi aussi, séduit (!) par la qualité de vos interventions, je n’ai pas mis en fiches tous les prénoms, mais mon attention a été éveillée, et, figurez-vous, je m’étais rendu compte de ce petit faible qui passe entre vos lignes ! Un frémissement… un je ne sais quoi… Et je parierais que V… sera jalouse !
    Mais rassurez-vous, quoique homme, je trouve également l’homme sympathique : mon intelligence apprécie sa culture et son style ; ma sensibilité sa faculté d’empathie.
    Le psy

  265. Valentine dit :

    V… jalouse ?
    Honni soit qui mal y pense ! Mais je trouve ce simili anonymat du V… bien transparent : il suffit de taper cette lettre dans la case « rechercher » au-dessus des 27 pages de commentaires pour voir un seul prénom s’y afficher. Débusquée, j’avoue !
    Comme Phèdre face à Hippolyte, je crie : J’aime !
    V… n’exercera pas d’autre Vindicte à l’égard du … (dommage que je ne dispose pas de la lettre grecque Psi !) que de me précipiter pour établir, sur l’excellent conseil d’Isabelle, la fiche du psy et de son double J-P.
    Sans rancune
    Valentine

  266. Luc dit :

    Un rien canaille ?
    Séduire, dit le dictionnaire, a des affinités avec l’idée de corrompre. L’Eden, auquel fait référence le dernier article de l’auteur, a laissé des traces ! En langage moderne, on y mettrait une pointe de sexy.
    Pourtant, me direz-vous, rappelons-nous cette vérité exprimée par Helen : « Tous les hommes étaient-ils ainsi, partagés entre une animalité qui trouvait son exutoire chez les putains – dont elle avait joué le rôle – et une humanité pleine de délicatesse pour peu que la femme leur parût inaccessible et presque éthérée comme Cathy ? »
    S’il est parfaitement vrai qu’il faille garder une part de mystère, et ne pas tout « dévoiler !» dès l’abord, il n’en reste pas moins qu’un petit air sexy, et même quelque peu canaille, plaît aux hommes, même ou surtout cérébraux. Disons que c’est la première fusée d’allumage !
    Luc

  267. Sophie dit :

    Suggérer
    Les femmes ont une façon de séduire plus passive(?) que celle des hommes. Plus subtile peut-être aussi. Et somme toute efficace !
    Tout est dans la suggestion. Pour cela, nous usons d’attitudes gestuelles, allant des jeux de regard, à une posture cambrée ou encore à des coudes en appui qui créent une perspective irrésistible sur des « profondeurs insondables » !
    Le silence, le voilé(!), le geste inachevé agissent sur l’imaginaire : à nous par la suite à ne pas décevoir !
    Sophie

  268. Stéphanie dit :

    A chacun sa manière
    D’accord avec Sophie, mais quand la femme a exprimé sa réceptivité, elle s’attend à ce que l’homme démontre son « intrusivité ».
    Il n’est pas interdit aux femmes de prendre certaines initiatives – Helen sur ce point le démontre amplement – mais on attend généralement des hommes qu’ils usent davantage de la parole et – si j’ose m’exprimer ainsi – qu’ils «prennent les choses en mains…»
    Stéphanie

  269. Laure dit :

    A chacun son rôle ?
    C’est ici mon premier commentaire, pardonnez ma vision qui paraîtra peut-être trop traditionnelle, mais il faut bien se lancer ! J’ose !
    Selon mon mari, ce qui plaît chez une femme c’est un physique symétrique, certains sons de la voix, le maquillage des yeux, une aisance dans les gestes. Au moral, les vieilles recettes de pudeur, qui ne cache pas l’émotivité, exercent toujours leur attraction secrète : c’est pourquoi la timidité n’est pas synonyme de repoussoir. Argument pro domo…
    A mon avis, chez l’homme – le mien par exemple ! – à condition que son corps soit proportionné, les imperfections de symétrie sont même perçues comme un charme. Autrement, il est surtout regardé pour ses capacités sociales, sa dominance, son leadership, son assurance, son humour, le fait qu’il aime les enfants aussi.
    Pour moi en tout cas, je crois que l’homme attend toujours d’une femme des qualités d’écoute, des signes de douceur et un éclat d’admiration pour lui dans les yeux et que la femme attend de lui, quelle que soit sa position sociale, qu’il montre sa capacité à faire front.
    Laure

  270. Antoine dit :

    Le contrôle tue l’attraction
    Vous me direz qu’une seconde apparition après cinq mois de silence est bizarre. Mais le thème abordé me touche de près, vous le comprendrez (cf. au 13 janvier)
    De plus en plus de femmes, aujourd’hui où elles ont acquis une certaine position sociale, n’ont de cesse de contrôler l’image de ce qu’elles veulent renvoyer d’elles-mêmes. Elles pensent que la séduction passe par la pertinence de leur discours, par leur réussite professionnelle, leur capacité à s’assumer matériellement et même affectivement.
    Le risque d’une telle attitude est grand, à mes yeux. Le contrôle tue l’attraction. On peut penser que les femmes qui s’exhibent beaucoup sont très attirantes, je les crois seulement « éblouissantes », mais les hommes en prennent facilement « ombrage », ont moins confiance en leur féminité et prennent avec elles des manières de camarades.
    Antoine

  271. Olivier dit :

    Tout jeu a ses règles
    Au risque de détoner dans ce beau concert de musique ancienne, je dis haut et fort que le jeu de la séduction est un jeu de comédie. Et qu’il faut apprendre … à en jouer. Ce qui est vrai des comédiens – même l’austère Pascal est d’accord là-dessus ! – est valable pour tous les Don et Dona Juan : à force de jouer un rôle, on passe du faux au vrai.
    En bref, Mademoiselle, et encore plus Madame que l’âge rend inquiète, il ne faut pas être naturelle dans le jeu de séduction. Il faut de l’artifice, du maquillage, travailler son allure, apprendre à avoir de beaux gestes. Le regard lui aussi s’étudie. Entraînez-vous à baisser les paupières, juste ce qu’il faut pour laisser filtrer un signe d’intérêt ; à rouler des yeux afin d’avoir un regard périphérique qui ne fixe pas sa cible : au contraire, quand vous regardez un homme, jetez un regard par-dessus son épaule, comme une caresse donnée par inadvertance, et si vous vous retournez sur son passage, tournez le moins possible la tête. Vous vous heurtez volontairement à lui ? feignez la surprise.
    Vous l’avez compris, ce qui vaut du jeu vaut du costume et du décor. Il paraît que l’émotion éprouvée au théâtre ou à la lecture d’un roman est plus intense que dans la réalité quotidienne. A ce jeu, peu de hasard, mais que de calculs !
    Olivier

  272. communressac dit :

    c’est vrai que la balade dans l’annuaire de unblog.fr devenait fastidieuse.
    Cette addition de singularités, ce galiamatias de sincérités,
    talentueuses ou maladroites, ça devenait pénible.
    Il fallait, comme sur TF1, une bonne page de pub
    merci à vous d’avoir remédié à ce manque flagrant

    cordialement

  273. aimeretmourir dit :

    1- L’image que l’on a de soi se double toujours d’un regard subjectif.
    Cela va du simple petit coup d’œil machinal, et prudent !, que donne Helen dans la glace de l’entrée pour rectifier l’ordonnance de sa coiffure dérangée par ses effusions dans l’ascenseur, au regard exigeant de Jennifer à sa barre d’exercices de danse ; de celui de William cherchant sur son visage les traces d’affaissement à celui, aussi inquiet, de sa femme scrutant les premiers signes de l’âge.
    Mais l’image prend d’autres connotations chez Cathy se préparant au rendez-vous avec le maire : elle se plaît et sait qu’elle plaira, chez Helen jaugeant les effets de sa lingerie sur Michael, ou chez Lisbeth étudiant ses poses en s’imaginant devant les caméras.
    Cependant ces images qui se projettent dans l’avenir se croisent parfois, comme un choc en retour, avec celles du passé. Helen en fait la cruelle expérience lorsque, après la mort de son amant, elle se revoit alors que, habillée à l’identique, elle partait à sa conquête : seul le regard de Michael donnait un sens à son image ; mais Jennifer y trouve motif de fierté : la danse l’a reconstruite et lui a redonné une image d’elle plus acceptable.
    Nathalie, Sophie, Martin, Hugues, Valérie…

  274. aimeretmourir dit :

    2 – L’image d’autrui subit aussi ce même dédoublement entre sa matérialité et son interprétation.
    Vous insistez surtout sur les images mentales qui, selon vous, gouvernent notre vie psychique, nos sentiments, nos jugements et souvent nos actes. D’où leur importance, notez-vous, dans un roman policier qui fouille les motivations des personnages.
    Le Lieutenant Peterson passe son temps à faire ce va-et-vient permanent entre ce que ses yeux lui montrent et ce que révèlent ces images. Inspectant le studio de Jennifer, il en déduit rationnellement sa personnalité ordonnée : le décor est à l’image de sa vie rangée ; mais lorsqu’il se trouve face à Helen et à Cathy, par qui il est troublé, il doit faire effort pour rester objectif.
    Suite à leur drame respectif, Helen garde de son mari l’image d’un homme droit, Cathy reste effondrée devant l’image de son château de sable écroulé ; mais devant la même réalité de Michael, Helen voit l’image idéalisée qu’elle s’était faite de lui pendant dix mise en pièces, tandis que Cathy vivra – tout comme Jennifer – sur une fausse image de leur amour sain et sauf.
    Il n’y a donc pas que dans les studios que les images subissent un « traitement » !
    Jean-Christophe, Valérie, Natacha, Marie-Christine…

  275. aimeretmourir dit :

    3 – Le choc de la réalité sur les images.
    Autant George demeure fidèle à son image d’infidèle, encore que Cathy cherche à la gommer pour ne pas anéantir le souvenir qu’elle garde de lui, autant, lorsque la vérité des êtres éclate, l’image ancienne a du mal à s’effacer. Ainsi fait-on remarquer ce passage où Helen avoue à son mari ce qu’elle a fait : William marque un temps relativement court pour faire coïncider la nouvelle image car il l’avait quelque peu, sinon pressentie, du moins vite reliée avec ce qu’il connaît d’elle ; tandis qu’à l’inverse, Helen peine à réaliser que l’homme empâté qui est devant elle ait pu agir comme il l’a fait : elle sait pourtant que ce qu’il lui raconte est vrai, mais elle a bien du mal à superposer la nouvelle image sur celle qu’elle s’était faite avec le temps.
    A l’inverse, William se demande comment l’image qu’il donne de lui à Jennifer peut être si trompeuse, puisque sa femme, qui le connaît mieux, ne s’est pas laissé prendre aux apparences, et il s’étonne d’autant plus que, malgré les vilenies qu’il confesse à Jennifer, celle-ci le regarde toujours avec des yeux confiants et admiratifs.
    Roland, Isabelle, Jean-Christophe, Michèle, Aurélie…

  276. aimeretmourir dit :

    4 -L’image médiatique
    Nombreux êtes-vous à revenir à cette occasion sur l’image que donnent ou fabriquent les médias. On souligne combien les moyens techniques permettent de travailler l’image et combien elle est reçue différemment selon les a priori. Le passage de Michael devant la télévision a marqué les esprits.
    La manière de filmer conditionne en grande part notre regard qui ne peut voir que ce qu’on lui montre, sous tel angle, dans tel ordre et dans telle durée de plan. « Le problème avec l’objectif est de rester objectif ! »
    Que perçoit-on de la réalité, vous interrogez-vous ? Car les spectateurs ont beau savoir qu’« on vendait son image – associée au slogan d’homme providentiel – comme dans un spot publicitaire », au point que la réalité semblait « s’être dissoute dans l’image qu’on donnait de lui », chacun, en l’occurrence chaque personnage intéressé jusqu’à Mr. Edouard, réagit à sa façon : l’une adore, puis se méfie, l’autre admire puis se révolte, tel se félicite que les affaires reprendront, tel autre se réjouit d’avoir berné son monde ; et là-dessus on apprend que la BBC a reçu des ordres : ce qu’on appelle un communiqué officiel…
    Et encore, dites-vous, quand l’image passe. Car il suffit qu’on ne la montre pas et sa simple disparition plonge les intervenants dans le néant.
    Angèle, Dominique, Marianne, Luc, Hugues…

  277. aimeretmourir dit :

    5 -La mémoire est une boîte à images.
    Vos remarques là-dessus ne manquent pas d’intérêt. En effet, soulignent deux lectrices, la mémoire emmagasine des images qui continuent à vivre, plus ou moins déformées et remodelées. Par elles, le passé perdure et influence notre comportement.
    « Ça va mieux, répond Helen à la suite de la mort de son mari, mais les images me poursuivent ». C’est pourquoi, de son côté, Jennifer craint de regarder la vidéo, témoin de l’agression nocturne qu’elle a subie, non seulement à cause de leur violence mais de peur de découvrir une réalité insupportable concernant William : ce n’est que rassurée sur l’intégrité morale de son amant qu’elle dit : « Maintenant, je crois que je vais pouvoir regarder ces images ».
    Différence de tempérament : Helen, devant cette même vidéo, ne bronche pas, se concentre sur chaque image et y cherche une explication logique des faits.
    A chacun son regard en fonction de son passé ou en fonction du dernier vécu.
    Valentine, Agnès, Philippe, Pierrick, Patricia…

  278. aimeretmourir dit :

    6 -L’imagination, cette folle du logis.
    Tous les manipulateurs, et donc les séducteurs précisez-vous, savent jouer sur l’imaginaire de leurs dupes. Helen semble maîtresse dans ce rôle. Dans le fameux passage où elle manœuvre le pauvre Michael, elle remue en lui ce qu’elle sait être ses désirs refoulés : elle danse, joue à superposer l’image de Cathy sur elle-même, puis, disparaissant à sa vue, lui envoie : « Tu vois que je suis un rêve, l’image fugitive de tes fantasmes ». De même elle joue sur la concupiscence de Mr. Edouard, lui suggérant le tableau du sbire la dévoilant nue, jusqu’à ce que ce dernier la déshabille du même regard.
    Lisbeth aussi connaît les hommes : pour être appréciée d’eux, dit-elle, « il suffit d’aller dans le sens du poil et de les rassurer sur leur image de mâles ! »
    Certains d’entre vous insistent pour dire que ces images mentales ont parfois plus de force que la réalité. L’expérience leur a enseigné que, « dans les ténèbres, comme l’écrivait Kant, l’imagination travaille plus activement qu’en pleine lumière ». A ce propos, ils relèvent ce passage où Michael, allongé dans le noir auprès de Cathy qu’il se refuse à toucher, se fait un cinéma tel que les images qu’il se projette acquièrent une consistance hallucinatoire tant elles ont de réalité à ses yeux.
    D’aucuns à ce propos de rappeler Madame Bovary « intoxiquée » par la lecture de romans qui créent en elle une fausse image de la réalité. Serait-ce une pierre dans mon jardin d’écrivain ?!
    Jean-Claude, Marc, Julien, Anne, Charlotte…

  279. sophie dit :

    Je viens de finir ton livre « aimer et mourir », maman me l’avait prêté.

    Dans le jeu de la séduction, les hommes sont souvent les premiers à craquer à cause d’un geste, d’un regard, d’une parole, et nous les femmes nous avons très souvent ce petit « truc » qui vous fait craquer.
    Ce roman « Aimer et Mourir » le montre assez bien à travers le personnage de Michael qui aime Cathy mais se laisse séduire par Hélène à cause d’une stupide jalousie due à un quiproquo.
    Mais ce jeu de séduction est parfois très destructeur! C’est ce qui arrive à Hélène et à Lisbeth.

    J’ai beaucoup aimé. A quand le prochain ?
    Sophie

  280. Isabelle dit :

    Impossible de passer cette fin d’année, sans vous souhaitez mes voeux de bonnes fêtes de Noël avec votre nombreuse famille.
    Depuis un certain temps, je n’envoie plus de commentaire : il faut dire que ma lecture remonte maintenant à deux ans. Mais j’en ai gardé un excellent souvenir et ce blog m’a passionnée.
    Je vois qu’après la grande synthèse sur la place de l’amour dans l’intrigue, à laquelle je n’ai pu résister de participer, un nouveau sujet apparaît : les emprunts de l’écrivain à la réalité. Le temps de rouvrir le roman et… internet, et je pourrai peut-être apporter ma contribution.
    Amicalement
    Isabelle

  281. Michèle dit :

    J’adore cette idée de pointer tous les détails concrets parsemés dans le roman. Mais je m’aperçois que cela constitue un bon quart du livre !
    Je vais m’attaquer aux North Down, histoire de découvrir le coeur du Kent. A mon tour de sortir le compas de Peterson et d’essayer de positionner Whitehorse.
    Ce jeu me permettra de reprendre contact avec ce blog qui n’en finit pas de me surprendre par ses rebondissements : un vrai roman !
    A bientôt donc : le temps de relire… les pages qui s’y rapportent.
    Michèle

  282. David dit :

    Newham : un passage pour le moins …dessalé !
    Bravo !
    et pour votre documentation effectivement « fouillée »
    et pour cet appel à « fouiller » à notre tour.
    ça, c’est de l’interactif ! amusant et instructif.
    Cordialement vôtre
    David

  283. Pour alimenter la rubrique des réalités britanniques qui forment la toile de fond du roman, je joins quelques remarques de mon correspndant anglais qui connaît bien le coin.
    A cette occasion, j’applaudis à cette idée de revisiter l’histoire policière de cette manière originale. J’avoue avoir été trop pris par l’intrigue pour avoir donné mon attention au « décor ». Je retiensdrai la leçon !
    François-Xavier

  284. Isabelle dit :

    Chose promise, chose due : voici ma petite participation aux recherches « locales ». Elle porte sur la protection des marais autour de Gravesend.
    Cette idée d’être attentif au décor, entendu au sens large, est originale et nous sort du climat proprement policier pour nous faire prendre conscience du travail de documentation qui donne corps à une histoire. A lire les articles déjà fournis par les lecteurs, je m’attends à une mine d’exploitation des plus riches !
    Vous comprendrez que je me tienne moins à ce blog car d’autres lectures m’attendent, mais je vous redis combien votre roman m’a marquée, grâce à ce blog qui m’a poussée à aller plus loin dans ma lecteur que la simple émotion d’un polar.
    Toujours en amitié d’esprit avec vous.
    Isabelle

  285. Rémi dit :

    Suivre les personnages à la trace est fort amusant : on se promène avec eux dans un décor dont on peut constater la réalité géographique : encore faut-il en avoir l’idée !
    Merci de m’en avoir donné l’occasion. Cela m’a permis un flash back sentimental…
    Rémi

  286. Valentine dit :

    Cher Monsieur
    Ce m’est un plaisir d’apporter ma contribution sous cette forme de jeu qui joint au plaisir d’une lecture renouvelée celui de recherches documentaires.
    Quelle bonne idée d’avoir situé la déclaration d’ « amour éternel » dans ce petit paradis de l’île de Jersey ! Cela n’en rend que plus poignante la crise que passe Michael.
    Et je ne suis pas surprise qu’en contrepoint il se laisse surprendre par le baiser de Helen sur une plage de Douvres au charme similaire. D’aucuns avaient déjà signalé ce jeu d’échos dans votre livre : en voilà un de plus !
    Très cordialement vôtre
    Valentine

  287. Pierre dit :

    Il me restait à glaner mais, paradoxalement, la collecte a été fructueuse : je vous la livre à l’article de Gravesend. Mais laissez-moi vous dire combien passionnante se révèle cette plongée dans le Kent !
    Je me suis amusé à fouiller le plan de la ville de Gravesend/Southland au fur et à mesure que je glanais un détail du roman qui me mettait sur une piste : ça, c’est de la lecture interactive, comme on devrait en proposer davantage aux élèves et… aux adultes ! On se rend mieux compte du travail de documentation de l’auteur d’un livre et de la nécessité de tels détails vrais pour rendre l’histoire vrai…semblable.
    Mes remerciements vont à tous ceux qui ont été les premiers à entrer dans le jeu. Qu’il continue !
    Pierre

  288. Fred dit :

    Je vous ai envoyé directement un petit article sur des machines qui combinent gaz et énergie du vent en Irlande. Je profite de ce dimanche pour vous féliciter de la tenue de ce blog qui « vit ». On s’éloigne parfois du roman proprement dit, mais c’est aussi l’intérêt du « direct » avec les lecteurs.
    En tout cas, cette recherche de la situation effective sur les bords de la Tamise côté Kent a attiré mon attention, comme chez beaucoup apparemment, sur la documentation qui sous-tend votre histoire.
    Au cours d’une lecture, surtout d’intrigue policière ou sentimentale, on est tellement pris par le drame qu’on en oublie le décor, ou plutôt qu’il s’intègre peu à peu à l’histoire de façon si naturelle qu’il va comme de soi. Je retiendrai la leçon !
    Fred

  289. Jean-Michel dit :

    Passionné d’écologie, j’ai découvert par un ami les premiers chapitres de votre roman Aimer… et mourir. Le face-à-face des deux conceptions du développement des berges de la Tamise prend à mes yeux valeur d’exemple.
    On sacrifie trop souvent à la technique, pour la seule raison qu’elle nous donne un pouvoir dont on ne voit pas pourquoi on n’userait pas. Mais l’intervention humaine sur la nature, comme dans tout acte humain, doit prendre en considération les conséquences que cet acte entraînera.
    A cet égard, votre intrigue illustre cet aspect : toute pichenette sur des dominos est suivie, à nos risques et périls, de son cortège de conséquences.
    Avant donc d’accuser la fatalité ou le destin, interrogeons-nous sur notre propre responsabilité. Je compte bien reprendre contact avec ce blog une fois ma lecture terminée !
    Pour aujourd’hui cet article sur l’énergie sous-marine.
    Jean-Michel

  290. A la suite de ce nouveau jeu consistant à chercher la trame du réel qui sous-tend un roman de fiction, notre club de lecture s’est à nouveau penché sur votre roman : nous l’avions bien aimé et c’est une occasion de le relire en changeant de point de vue, ce qui est original.
    Nous avons commencé par noter les points qui pourraient nous indiquer sa date limite de composition et nous vous envoyons nos conclusions.
    Comme nous sommes six fidèles, nous nous sommes assignées la mission de relever TOUS les détails d’ameublement de la maison des Brown, et nous serions très heureuses si d’autres lectrices faisaient de même avec l’appartement des Burg.
    Bien à vous
    Catherine

  291. Sabine dit :

    Votre roman m’avait plu par sa force d’entraînement : pas tant dans l’énigme policière, que constitue souvent l’identité du criminel, facilement identifiable, mais par le jeu des passions qui inexorablement conduisent à un destin, qui semble mené par une fatalité, laquelle n’est autre que celle des conséquences de nos choix. Ce qui m’a parfois fait trembler !
    Mais je dois dire combien aussi j’ai été sensible à l’ambiance : cet intérieur typiquement britanique, chez gens argentés !, n’est qu’un petit passage parmi d’autres : on le croirait écrit par une femme de goût !!! Je pense en particulier à l’atmosphère poétique -il y a même du Lamatine !- ainsi qu’à l’aspect théâtral de la mise en scène des face-à-face entre les personnages.
    Veuillez trouver, avec mes compliments, quelques modèles de meubles d’époque pour illustrer mon commentaire.
    Sabine

  292. Jean-Pierre dit :

    Permettez-moi, cher Monsieur, en reprenant contact avec ce blog dont j’ai été un fidèle pendant plus d’un an, de m’étonner de sa longévité et de l’intérêt que lui portent vos lecteurs. Celui qui aurait la patience de lire les 30 pages de commentaires, les 70 articles, et autres pages serait ahuri de la somme de réflexions accumulées.
    Je crois que je vais réunir moi aussi une petite équipe, du genre club de lecture 44, qui se donnera comme objectif de fouiller tout ce qui a trait au cottage de Whitehorse. Avis donc à Isabelle et à Valentine, qu’il m’est arrivé d’égratigner !, nous nous réservons ce point bien précis du roman : le lieu de crime !!!
    Rendez-vous donc d’ici trois semaines : pour ceux qui veulent se joindre à moi, veuillez passer par l’auteur, merci.
    Jean-Pierre

  293. Comme promis, je vous adresse la reconstitution de la maison de Michael et de Cathy, que nous avons réalisée à partir des détails descriptifs relevés au cours des multiples pages qui en parlent.
    Notre plaisir a été immense : d’abord, parce que la recherche minutieuse des indices a montré que, même avec la plus grande attention, nous oubliions tel détail, que la voisine, de son côté, avait noté. Dommage que nous n’ayons pas su vous faire parvenir le plan d’architecte (!) dressé par l’une d’entre nous ! Ensuite, parce que cette étude nous a poussées à ouvrir des tas de documents tant sur l’architecture que sur le mobilier, ce qui nous a appris bien des choses sur l’art de vivre anglais.
    Je veux ajouter que la relecture du roman a été l’occasion d’une grande surprise : non seulement l’histoire n’avait pas pris une ride, mais, de l’avis unanime, l’émotion a été plus forte. Nous pensons que, l’intrigue étant connue, notre coeur féminin s’est trouvé plus libre de ressentir et de se projeter dans celui des personnages. La conclusion est donc que, dans un roman tel que celui-là, l’énigme n’est pas première, et que l’on peut connaître la fin de l’histoire sans pour autant trouver fatisdieuse une relecture.
    Je dirais même, pour mon compte personnel, que cette seconde lecture m’a fait goûter plus intensément les vibrations de la sensibilité et m’a mieux fait percevoir la profondeur de certaines réflexions. Ce qui rejoint un passage de votre étude sur « l’art de lire »… et de relire ! classé dans les Pages.
    Bien cordialement de la part du Club de lecture 44
    Catherine

  294. Annick dit :

    Ma contribution sera modeste, mais comme j’habite moi-même, en célibataire, un petit studio, l’idée m’a plu de relever les indications décrivant celui de Jennifer qui y vit également seule.
    Je voulais vous dire à cette occasion, non seulement l’intérêt « passionné » que j’ai pris à votre roman : pour moi, un roman de « passion » avec le piquant de l’intrigue policière, mais aussi l’amusement d’une lecture que je dirais « à l’envers » : occulter la fiction et noter le réel : ce qui, du reste, est un excellent exercice pour ne rien laisser échapper en vue de trouver la solution de l’énigme.
    Une suggestion : pourriez-vous mieux indiquer où mettre nos commentaires : j’ai mis longtemps à repérer l’endroit ! et peut-être n’est-ce pas le bon !
    Cordialement
    Annick

  295. Robert D. dit :

    Il m’a été relativement facile de retrouver les pages qui parlent de l’appartement des Wilson et du mini studio de Jennifer grâce aux titres des chapitres.
    J’ai pu ainsi relire la nuit agitée de Lisbeth se préparant à l’interrogatoire du lendemain et aux souvenirs de ses promenades amoureuses le long de la Tamise. De belles pages où se mêlent la lucidité et la poésie onirique.
    Le personnage de la secrétaire est attachant dans la mesure où les calculs de cette femme n’ont d’autre ambition première que l’amour ! Son mari « visé » étant mort, on la voit devenir plus réaliste, mais sans noirceur aucune. L’innocence n’est jamais bien loin.
    La danseuse est d’une fragilité touchante, encore qu’elle sache défendre sa vertu : ce qui n’est pas aisé dans son milieu de cabaret. A cette occasion, je vous dis mon émotion devant la lettre de témoignage de Vicky : je ne supposais pas autant de sensibilité chez une strip-teaseuse. A croire qu’elles gardent bien secret leur jardin intérieur. C’est dire aussi comment votre roman a touché juste.
    Ma récolte de détails concernant ces deux petits appartements est maigre, mais cela me paraît justifié par le statut social des intéressés. La différence est patente avec les habitations du banquier et du politicien !
    Robert

  296. Jean-Pierre dit :

    Finalement six lecteurs sont venus m’épauler dans la quête des détails descriptifs de Whitehorse, le lieu du crime. La bâtisse en elle-même a vite trouvé ses rédacteurs : Dominique, de Vannes, et Martin… de Tours !
    Les autres, pour la situer sur la carte, se sont disputés à coups d’arguments, dont le même souci de convergence a abouti à deux localisations différentes ! Je vous envoie ce jour la première copie et deux illustrations ; le reste sera pour samedi prochain.
    Il me reste à vous dire tout le plaisir que nous avons pris à nos échanges de messages : il nous semblait être des Peterson en herbe ! Comme lui, nous avons exploré la carte des North Downs, compas en main pour déterminer la distance, épluché le réseau routier, lu et annoté les articles qui parlent du relief, de l’habitat et de la végétation… Il ne nous manquait qu’un chimiste pour nous préciser la nature du sol propre aux collines et ce qui la différencie de celui des bords de la Tamise.
    Pour ma stricte part, je n’ai fait que collecter les avis de mes six « collaborateurs », heureux de me dégager pour une fois de l’étiquette de « psy » ! Croyez en ma considération distinguée et au grand plaisir que j’ai pris tant à la rédaction qu’à la lecture des commentaires tout au long de l’an passé.
    Jean-Pierre… de Bordeaux

  297. J-Pierre dit :

    Comme promis, je vous fais suivre l’article de la deuxième équipe d’enquêteurs, en l’occurrence Michèle et Corinne. Pour ma part, je ne partage pas leur point de vue, mais la démonstration ne manque pas d’intérêt.
    J’ai ainsi surpris sur le vif le travail policier en collaboration, comme ont dû le vivre Peterson et son équipe. Cela a ravivé ma fringale de romans policiers ; mais, sans flagornerie, j’affirme être déçu par le « style » des auteurs à gros tirage. On tourne pitoyablement sur cinq cents mots et l’on chercherait en vain la coquetterie d’un subjonctif imparfait ! C’est dire combien je partage l’avis de l’article placé en présentation du vôtre : votre style est un régal littéraire, en anglais : le must !
    J-Pierre

  298. Jean-Pierre dit :

    Comme vous le verrez, la troisième équipe constituée de Pierrick et d’Annie, en s’en tenant à l’aspect cartographique, au relief, à la flore, à l’habitat, a situé votre cottage dans la partie centrale des Downs.
    Vous pourrez vous vanter d’avoir, une fois encore, « enseigné » : et, comme je le disais, non seulement la géographie, mais aussi l’art de lire et celui d’interpréter, en somme formé l’esprit critique.
    Soyez assuré de l’intérêt que je porte à ce blog « et ce pour plusieurs raisons » ! Sa profondeur, sa tenue littéraire, son orthographe impeccable (au sens latin du terme), sa variété… entre autres qualités. Sa longévité en témoigne : je n’ai du reste jamais rencontré d’auteur qui suive ainsi son livre aussi longtemps.
    Un seul regret : la taille vraiment trop petite des caractères.
    J-P33

  299. Matthieu dit :

    Les enjeux économiques
    chapitre 2 Bravo pour vos recherches sur la situation économique de la Thames Valley et du nord ouest du Kent. Le passage qui lui est consacré dans le face-à-face télévisé entre deux tenants d’une politique différente traduit fort bien les enjeux qui opposent un développement « en douceur », dans la continuité des traditions locales, et une dynamique de rupture.
    p.43 J’ai quelque peu regretté que vous ne donniez pas plus de descriptions des collines des North Downs où il fait si bon vivre dans la sérénité de paysages bucoliques très doux Dans cette douceur « presque ! » angevine, pourvu qu’y fume la cheminée, Cathy a très bien fait d’y couler « le reste de son âge » !
    Matthieu

  300. Isabelle dit :

    Cher Monsieur
    Malgré l’objet de mon message, qui répond au souhait de voir les femmes « parler chiffons », ma coquetterie ici ne sera pas vestimentaire : elle est de signer le 300ème commentaire de cette page !
    A ce propos, je rejoins le souci de lecteurs qui disent ne pas trop savoir où inscrire le leur : pourriez-vous donner la marche à suivre ?
    A mon grand regret, je n’ai pas pu être là pour guetter le 10.000ème, mais je tiens à vous redire ici mes vifs remerciements pour m’avoir cependant envoyé un exemplaire de votre Voyage en République Dominicaine. Je vous donnerai en son temps mon « sentiment » (!) hors de ce blogue (graphie francisée qui semble se propager).
    Amitiés
    Isabelle et Marie

  301. Valentine dit :

    Puisque provocation il y a, de la part de notre fidèle Jean-Pierre, Isabelle et moi avons relevé le défi. A mon tour donc après elle, de dresser, avec le concours de ma fille et d’une amie, le portrait vestimentaire de « la meilleure amie » de Cathy, Helen la femme fatale.
    Il va de soi que pour mieux saisir l’adéquation entre ses tenues et sa personnalité, il aurait fallu commencer par un portrait physique plus détaillé et surtout remettre ces tenues dans leur situation.
    Néanmoins les changements parlent d’eux-mêmes, surtout à ceux qui ont lu le livre et ont pu, grâce au blog, pénétrer dans les arcanes du coeur de l’intéressée.
    Je profite de l’occasion pour me rappeler à votre bon souvenir, confiante que les liens tissés par cette correspondance sauront se prolonger… jusqu’à votre prochain roman. A ce que vous m’en avez dit, il avoisinerait les mille pages ! La Brière et les marais salants de Guérande n’auront plus aucun secret pour vos lecteurs, tout en gardant, j’en suis persuadée, toute leur poésie.
    Amitiés
    Valentine, Léa, Claire

  302. Véronique dit :

    Avec mes amies, Mireille, Sabine et Odette, à qui j’ai fait connaître votre roman, nous nous sommes penchées sur le personnage de Jennifer. Une jeune femme attachante, qui a su se préserver de l’ambiance délétère des boîtes comme le Darling.
    On la sent jeune et fraîche, quoique avertie, et ses manières de s’habiller expriment son caractère enjoué, fantaisiste et plein de naturel. Elle ne cherche pas, comme Helen, à séduire. Ses tenues sont variées, adaptées à la situation, avec cette pointe d’originalité qui nous paraît en France un peu excentrique mais en fait est très english !
    Ce fut un plaisir de relire les passages où elle apparaît, toujours émouvante et féminine, presque romantique. Et pour moi, de retrouver, à cette occasion de « parler chiffons », des prénoms de fidèles du blogue.
    Véronique

  303. Nathalie dit :

    A notre tour de parler chiffons en suivant les différentes tenues revêtues par Lisbeth, cette jeune secrétaire incendiaire. Sans doute va-t-elle travailler à la mairie et dîner avec son amant en robe de ville ; mais l’auteur nous la montre plutôt en décontracté : tenue de sport pour se promener le long de la Tamise, peignoir de bain, jean et corsage.
    On sent qu’elle fait entièrement confiance aux charmes de sa jeunesse, sans s’encombrer …encore ! de se faire valoir par son habillement. On peut supposer que, quoi qu’elle porte, elle laisse à voir sa poitrine et ses jambes dont elle sait l’attrait sur les hommes.
    Joue-t-elle à la vamp ? peut-être devant un public, télévision ou autre cérémonie. Mais nous la croyons plutôt naturelle, bien dans sa peau et pleine d’énergie : du feu ardent !
    Nathalie, Julia et Francine

  304. Patrice dit :

    Hélas, je n’ai pas été le dix millième visiteur, mais j’ai du moins la consolation de voir que la concurrence est serrée ! Bravo à tous les acharnés de ce blogue qui, grâce à eux, vit : surprenant de diversité, clair dans sa thématique ; tantôt léger et souriant, tantôt grave et émouvant.
    Mais personne n’en oublie le roman, qui toujours reste la source vive des impressions. Ebloui par les recherches méticuleuses des lectrices suivant, détail après détail, les toilettes de ces dames, je me suis lancé à mon tour à la poursuite des hommes !
    Ma conclusion : la séduction masculine (cf. l’article : les six atouts des hommes) ne tient pas d’abord à la recherche vestimentaire : la silhouette reste première : élégance, allure sportive, sveltesse, carrure… Par ces temps de crise, c’est rassurant ! Messieurs, surveillez donc vos abdominaux…
    Patrice et mes deux amis, Stéphane et Joël.

  305. Vanessa dit :

    J’ai apprécié l’ambiguïté de certains “compliments” (allusions qui ne sont pas sans rappeler des situations actuelles…) lorsque l’un d’eux par exemple pratique “l’ouverture” : ” Sans doute, admettait-il, il passerait aux yeux de certains pour un retourne veste ou un opportuniste voulant mordre sur l’électorat de l’opposition ; mais il répondait que ce choix montrait son honnêteté à reconnaître les avis objectifs.” ou bien ” Un coriace ! pensa-t-il, avec une certaine estime. Pas étonnant qu’il survive au milieu des requins de la politique et de la finance !” ou encore :” Son sens politique avait repris le dessus : des compromis sont toujours possibles, il suffit de savoir négocier.” J’ai souri aux remarques plus claires : “Il disait qu’on ne pouvait jamais compter sur les promesses de ces politiciens qui n’étaient que calculs électoraux du moment, qu’il était évident que ses atermoiements cachaient une probable reculade !” ou encore : “Voyez-vous ça, comme l’intérêt financier ramène les hommes à plus de réalisme ! ” Puis j’ai applaudi lorsque le tir se fait plus précis : “Si le maire trafiquait pour ses besoins personnels, on devrait plutôt en trouver des traces dans les comptes de gestion de la ville, genre passations de marché camouflant des pots de vin. A chaque fonction ses combines !” et ” Tu sais que le milieu politique n’est jamais très propre et que pour remplir les caisses, on te propose parfois de l’argent de provenance douteuse en contrepartie de futurs arrangements.” Et approuvé vos assertions, hélas trop vraies : “Je pense qu’en politique tous les coups bas sont permis et que personne n’échappe aux éclaboussures !” ” Et comme l’autre camp n’est pas très propre non plus…” ” Plus une chose est affirmée avec aplomb, plus elle est reçue comme indubitable. C’est le secret des politiciens !” : ” Tout cela, c’étaient des manigances politiques ! Les honnêtes gens comme lui en faisaient toujours les frais.” Enfin comment ne pas partager l’estocade finale : ” Le monde politique est un monde pourri, où même les plus honnêtes se brûlent les ailes.”

  306. estcepossible dit :

    Bon anniversaire au blog !
    Polar ?
    Un livre qui détend…un style apprécié puisque adopté par A. Christie reine du crime, des ventes, des adaptations et traductions !
    Bonne continuation !

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